Et si la baie du Mont-Saint-Michel chan­geait de vi­sage

Se­lon une étude pu­bliée hier, le dé­rè­gle­ment cli­ma­tique pour­rait re­mo­de­ler notre lit­to­ral. Ex­pli­ca­tions.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ -

qui de­mandent pour­quoi la mer se re­tire, on ré­pond que c’est sous l’ef­fet de la force de gra­vi­ta­tion de la Lune. Il fau­dra désormais ajou­ter que les ma­rées sont in­fluen­cées par le chan­ge­ment cli­ma­tique. C’est ce qu’ex­plique un ar­ticle pu­blié hier par le bu­reau de re­cherche géo­lo­gique et mi­nière (BRGM).

« Dans cer­taines zones, les écarts entre pleine mer et basse mer ( se­ront ren­for­cés, par exemple de la pointe du Co­ten­tin jus­qu’à Ca­lais, dé­taille l’étude. Dans d’autres, le mar­nage se­ra plus faible, no­tam­ment dans la baie du Mont-Saint-Michel. » Là où la mer mon­te­ra moins, le BRGM es­time que l’im­pact pour­rait être vi­suel. « Le chan­ge­ment cli­ma­tique ne joue­ra pas seule­ment sur le ni­veau d’eau mais aus­si sur les cou­rants qui se­ront plus faibles, dé­taille De­bo­rah Idier, res­pon­sable scien­ti­fique au BRGM. Ce qui tou­che­ra par exemple, dans la baie du Mont-Saint-Michel, le trans­port de sé­di­ments et donc la to­po­gra­phie des lieux. » Les cher­cheurs es­timent que les hau­teurs de la pleine mer et de la basse mer pour­raient va­rier de plus ou moins 15 cm par rap­port à au­jourd’hui, si le ni­veau moyen monte de 1 m. Un scé­na­rio que les cli­ma­to­logues jugent plau­sible d’ici à la fin du siècle. « Quinze cen­ti­mètres, contrai­re­ment à ce qu’on pour­rait pen­ser, ce n’est pas du tout né­gli­geable », souligne De­bo­rah Idier. A Ca­lais, par exemple, le BRGM es­time que l’aug­men­ta­tion du mar­nage abou­ti­rait à un « risque ac­cru en termes d’éro­sion et de sub­mer­sion ».

Les côtes sont dé­jà victimes d’un lent mais iné­luc­table re­cul. C’est que le rythme d’élé­va­tion du ni­veau de la mer s’ac­cé­lère. Alors qu’elle mon­tait au XXe siècle de 1,7 mm par an, elle grimpe désormais de 3,2 mm par an. « Au sud de l’île d’Olé­ron, l’éro­sion at­teint des ni­veaux re­cords en Eu­rope, le trait de côte re­cu­lant de 25 à 50 m par an », ex­plique Eric Chau­mil­lon, cher­cheur au CNRS et pro­fes­seur de géo­lo­gie ma­rine à l’uni­ver­si­té de La Ro­chelle. Un autre phé­no­mène, in­quié­tant cette fois pour les pê­cheurs et na­vi­ga­teurs, se dé­roule le long de la fa­çade nord-est at­lan­tique. Au large, les vagues ont gran­di de plus d’un mètre en l’es­pace d’un siècle ! Là encore, la cause pour­rait être le chan­ge­ment cli­ma­tique.

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