Au­se­cours ! LesC­ra­dos­re­viennent

Enorme suc­cès dans les cours d’école au dé­but des an­nées 1990, ses cartes à col­lec­tion­ner et leurs per­son­nages po­li­ti­que­ment in­cor­rects ont fait scan­dale. Les voi­là de re­tour en kiosques.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - CH­RIS­TINE MATEUS

avoir en­va­hi les cours de ré­cré, ils re­viennent et ils sont tou­jours aus­si sales… C’est même leur prin­ci­pale par­ti­cu­la­ri­té à ces Cra­dos dont les cartes à col­lec­tion­ner sont de re­tour de­puis quelques jours chez les mar­chands de jour­naux, sus­ci­tant une énorme bouf­fée de nos­tal­gie chez les tren­te­naires.

Sur les ré­seaux so­ciaux, ils sa­luent en ef­fet la ré­ap­pa­ri­tion de Ma­thieu le Dé­gueu, Gu­dule Pus­tule, Géo Ger­be­tout ou Ho­no­ré Va­pé­té. Tous ces vieux co­pains qui fai­saient hur­ler les pa­rents à l’aube des an­nées 1990 re­prennent du ser­vice, tou­jours dé­cli­nés en sous-ca­té­go­ries : les De­gueu­los (dont Ma­thieu le Dé­gueu est d’ailleurs le chef), les Ani­mos (avec Simon le Co­chon comme pa­tron de la bande), les Gra­vos (chez eux, c’est Franck le Cancre le boss) ou encore les Cre­vos (avec Fré­dé­ric Ato­mic à sa tête). Su r Tw it t e r no­tam­ment, c’est la dé­fer­lante : « Trop co­ol de re­trou­ver les Cra­dos ! Tant de sou­ve­nirs d’en­fance » ; « Et toi c’était quoi ton nom cra­do ? » ; « J’ai encore un pe­tit pa­quet de cartes au­to­col­lantes, que je garde en sou­ve­nir ». Le ma­ga­zine char­gé d’ac­cueillir la fu­ture col­lec­tion a été ti­ré à 100 000 exem­plaires par l’Av­ven­tu­ra Edi­tions, « et ça dé­marre très fort », té­moigne un re­pré­sen­tant de la so­cié­té é di­trice. Ins­pi­rées en 1985 d’une série amé­ri­caine, « Gar­bage Pail Kids » — des ga­mins cha­hu­teurs vi­vant dans des pou­belles —, les cartes Cra­dos à col­lec­tion­ner sortent dans la fou­lée. La pre­mière série a été com­mer­cia­li­sée en France en jan­vier 1989. A l’époque, elles étaient ven­dues par po­chettes de quatre et coû­taient 2,50 F (3,75 € contre dix­huit cartes pour 4,99 € au­jourd’hui). Le suc­cès est ful­gu­rant. Il s’est ain­si ven­du 500 000 al­bums et 48 mil­lions de vi­gnettes dans l’Hexa­gone rien que pour l’an­née 1989 qui marque la fin de la guerre froide et le dé­but d’une autre, dans les fa­milles. Si l’hu­mour gros­sier « pi­pi-ca­ca-morve » des Cra­dos ré­jouit les en­fants, il di­vise les adultes et c’est peu de le dire. A la tête des « anti », rien moins que le cé­lèbre com­man­dant Cous­teau qui en ava­le­rait son bon­net rouge. Dans un com­mu­ni­qué de presse, da­tant de mars 1989, il in­ter­pelle avec vé­hé­mence : « Pa­rents ! Si vous ne ré­agis­sez pas im­mé­dia­te­ment et éner­gi­que­ment contre cette pol­lu­tion des es­prits, ne vous éton­nez pas si vos en­fants partent à la dé­rive et fi­nissent à la co­caïne. Ne vous éton­nez pas si la to­lé­rance abu­sive de l’Oc­ci­dent pro­voque le suc­cès des fa­na­tismes. La dis­ci­pline reste le rem­part de la li­ber­té. »

A la suite de cette mis­sive, les hommes po­li­tiques Michel Ro­card et Lio­nel Jos­pin ex­priment aus­si leur mé­con­ten­te­ment et les Cra­dos sont même in­ter­dits dans cer­taines écoles.

Les en­fants d’hier, fans de ces hé­ros pas po­li­ti­que­ment cor­rects, de­ve­nus pa­rents à leur tour, ver­ront-ils avec bien­veillance leur pro­gé­ni­ture ré­cla­mer à cor et à cri l’image man­quante de Mau­vaise Hé­lène ? Au dos de la carte, son CV pré­cise qu’elle a été sau­vée par les Al­coo­liques ano­nymes de son ad­dic­tion à la bois­son, mais ne peut rien faire, en re­vanche, contre son en­vie de fu­mer (trois pa­quets par jour). En plus d’in­toxi­quer ses pou­mons et ses proches, elle pue de la bouche bien sûr, au point qu’au­cun gar­çon ne sou­haite l’em­bras­ser…

Vous ache­tez ou vous hur­lez comme vos pa­rents l’ont fait ? DES HÉ­ROS TOUT SAUF PO­LI­TI­QUE­MENT COR­RECTS PAR TRENTE ANS APRÈS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.