« Je ne se­rai plus dans la vie politique dans vingt ans »

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR -

GILLESCASAUBON Cette cam­pagne est aty­pique. Qu’en res­te­ra-t-il, se­lon vous, dans vingt ans ?

EM­MA­NUEL MA­CRON. Je ne sais pas dire ce qu’il res­te­ra de cette cam­pagne, qui au­ra été mar­quée par les af­faires, par un cli­mat dé­lé­tère, par le doute pro­fond que notre pays a sur lui-même. C’est dans ces mo­ments­là que la France sait se re­dres­ser avec vi­gueur. Je ne crois pas du tout à l’ef­fon­dre­ment mo­ral et psy­cho­lo­gique du pays.

GILLESCASAUBON Si vous êtes au se­cond tour, pré­fé­rez-vous af­fron­ter M. Mé­len­chon, Mme Le Pen ou M. Fillon ?

Je n’ai pas de pronostic sur le se­cond tour. Il faut prendre ce que le peuple fran­çais donne. Il faut, dans les dix jours qui viennent, convaincre po­si­ti­ve­ment sur les pro­jets. En même temps, il faut sor­tir des fa­ci­li­tés. Quand j’en­tends les dis­cours de Mme Le Pen, sur la fier­té d’être fran- çais… Per­sonne ne parle de l’ina­ni­té de son pro­gramme éco­no­mique, du drame qu’il consti­tue­rait, et d’abord pour les ou­vriers et les classes moyennes, de l’état bel­li­queux dans le­quel ce­la plon­ge­rait toute l’Eu­rope. Quand j’en­tends M. Mé­len­chon dire qu’il est le can­di­dat de la paix… Per­sonne ne réa­lise que ce qu’il pro­pose, c’est un désar­me­ment fran­çais face au ter­ro­risme. En quelque sorte, l’état de la paix qu’il aime, c’est l’état de la guerre de M. Pou­tine. Ces deux offres po­li­tiques re­pré­sentent au­jourd’hui près de 45 % des Fran­çais qui s’ex­priment. Mais ce sont juste des offres de ca­tas­trophe.

ANNE-SOPHIEBARDIN-LAHALLE Vous nous ex­pli­quez ce que vous fe­rez si vous êtes élu. Mais si vous per­dez, com­ment voyez-vous votre ave­nir ?

Je res­te­rai dans la vie politique. J’y res­te­rai un temps. Le temps de ce que j’es­time être la mis­sion qui est la mienne. Mais je ne se­rai plus dans la vie politique dans vingt ans. Je ne me pré­sen­te­rai pas aux élec­tions lé­gis­la­tives parce que ce n’est pas mon sou­hait. Mais je conti­nue­rai à pré­si­der En Marche ! et je dé­fen­drai les cou­leurs des can­di­dats aux lé­gis­la­tives dans toutes les cir­cons­crip­tions.

GILLESCASAUBON La ru­meur est quelque chose d’hor­rible. Celle qui a cir­cu­lé sur votre vie pri­vée vous a fait sou­rire… mais vous a-t-elle vrai­ment amu­sé ?

Non, elle ne m’a pas amu­sé. Je l’ai trai­tée avec hu­mour, parce que c’est la meilleure ma­nière de trai­ter les ru­meurs. On di­sait dans les dî­ners pa­ri­siens que j’étais ho­mo­sexuel. C’est dé­sta­bi­li­sant pour vos proches, pour vous-même. Mais ce­la en dit sur­tout long sur la dé­gra­da­tion pro- fonde des moeurs po­li­tiques, sur l’ho­mo­pho­bie et la mi­so­gy­nie ram­pantes. Si j’avais eu 20 ans de plus que mon épouse, per­sonne n’au­rait pen­sé que nous puis­sions être un couple illé­gi­time.

ANNE-SOPHIEBARDIN-LAHALLE Vous vous y at­ten­diez ?

Per­sonne ne m’a for­cé. Il ne faut s’at­tendre à rien, n’être sur­pris par rien et se faire une cui­rasse. Moi, je suis un guer­rier. Par contre, je ne lais­se­rai per­sonne être ir­res­pec­tueux avec mes proches ou ma fa­mille, parce qu’eux n’ont pas choi­si. Ce que je trouve dé­plai­sant, et je pense que ça l’est pour beau­coup, c’est que l’on passe plus de temps à fer­railler sur les af­faires et autres qu’à par­ler du fond. Les af­faires, j’es­père que dans onze jours et deux se­maines (NDLR :

à l’is­sue du se­cond tour), on n’en par­le­ra plus. Les deux personnes que ce­la concerne, elles en par­le­ront beau­coup avec leurs juges et leurs avo­cats. Mais elles n’em­bê­te­ront plus les Fran­çais avec.

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