CONTRA­CEP­TION LA PI­LULE NE PASSE PLUS

De plus en plus de femmes aban­donnent la pi­lule pour des mé­thodes al­ter­na­tives pas tou­jours très fiables.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR CH­RIS­TINE MATEUS

UNE RÉ­VO­LU­TION est-elle en marche sous les couettes ? Elles ont 25, 30 ou 40 ans, et si elles re­con­naissent que la loi Lu­cien Neu­wirth au­to­ri­sant la contra­cep­tion en 1967 a été une avan­cée fon­da­men­tale pour l’éman­ci­pa­tion des femmes, elles ont choi­si comme contra­cep­tion les mé­thodes dites « na­tu­relles », sou­vent après plu­sieurs an­nées sous pi­lule. Sur les ré­seaux so- ciaux, les fo­rums, les blogs, on ne parle que de ça. Re­tour au na­tu­rel, crainte des hor­mones, voire mode de contra­cep­tion qui as­so­cie le couple dans sa glo­ba­li­té, les rai­sons qui sont mises en avant ne manquent pas.

En Suède, Eli­na Ber­glund, une scien­ti­fique nu­cléaire ti­tu­laire d’un prix No­bel de phy­sique en 2013, a mis au point une ap­pli­ca­tion, Na­tu­ral Cycles, cen­sée rem­pla­cer les contra­cep­tifs et qui vient d’ob­te­nir l’ap­pro­ba­tion pour un mar­quage CE (lire ci-contre). Un mode de contra­cep­tion ba­sé sur le cal­cul de la pé­riode d’ovu­la­tion, ça vous rap­pelle quelque chose ? Ogi­no bien sûr, mais ver­sion 2.0. Ogi­no, du nom du mé­de­cin ja­po­nais, qui a po­pu­la­ri­sés a mé­thode, très ré­pan­due après-guerre, ain­si que ses ra­tés d’ailleurs qui don­nèrent à nombre d’ en­fants le sur­nom de« bé­béO­gi no ».

Gad­get ? Que nen­ni. Signe des temps plu­tôt. En France, se­lon une étude Ined-In­serm de 2014, près d’une femme sur dix opte pour ces tech­niques d’ob­ser­va­tion du cycle d’ovu­la­tion ou pour le re­trait. Ain­si, entre 2010 et 2013, chez les 1549 ans, la pi­lule a re­cu­lé de 9 points (de 50 % à 41 %). Em­bo­lie, ac­ci­dent vas­cu­laire, throm­bose… Les risques liés aux pi­lules de 3e et 4e gé­né­ra­tions, qui ont été ré­vé­lés en 2012, n’y sont pas pour rien.

Le sté­ri­let a lui ga­gné 1,9 point, le pré­ser­va­tif 3,2. Mais la plus forte hausse (3,4 points) est en­re­gis­trée par les mé­thodes na­tu­relles, dé­sor­mais choi­sies par 9,5 % des femmes. En 2000, le taux s’éle­vait à 5,5 %. Une ten­dance à la hausse qui in­quiète sé­rieu­se­ment le Collège na­tio­nal des gy­né­co­logues et obs­té­tri­ciens fran­çais (CNGOF) qui craint une aug­men­ta­tion des in­ter­rup­tions vo­lon­taires de gros­sesse. « Nous sommes dans une époque où l’on re­met tout en cause, où tout de­vient sus­pi­cieux. Il se passe exac­te­ment la même chose avec les vaccins », re­grette le doc­teur Syl­vain Mimoun, gynécologue et sexologue. Com­ment ce­la se ma­ni­feste dans son ca­bi­net ? « On ne me dit pas fran­che­ment qu’on uti­lise les mé­thodes na­tu­relles. C’est la pa­tiente qui an­nonce qu’el­le­ne­veut­pas de pi­lule, pas de sté­ri­let et qui conclut par un je me dé­brouille. Je sais alors ce que ça veut dire… »

Toutes ne le font pas par choix, rap­pellent les études. Ces modes de contra­cep­tion sont, en­core, es­sen­tiel­le­ment adop­tés par celles qui sont en si­tua­tion pré­caire et pour qui avan­cer le prix d’une consul­ta­tion est un frein, même si un grand nombre de contra­cep­tifs sont rem­bour­sés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.