Les poules en bat­te­rie n’ont plus la cote

CONSOM­MA­TION De plus en plus d’en­seignes se dé­tournent des oeufs d’éle­vages trop in­ten­sifs. Der­nière en date, Au­chan.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR FRÉDÉRICMOUCHON

PRE­NEZ une sur­face équi­va­lant à une feuille de pa­pier A4, en­tou­rez-la de grilles puis en­fer­mez-y une poule. Elle ne ver­ra ja­mais le so­leil. C’est ce que vivent 68 % des 47 mil­lions de poules pon­deuses fran­çaises, main­te­nues dans des cages à rai­son de 18 vo­la­tiles au mètre car­ré ! Long­temps sourdes à la souf­france des ani­maux éle­vés en bat­te­rie, les en­seignes de la grande dis­tri­bu­tion se sont presque toutes en­ga­gées au­jourd’hui à ne plus vendre d’oeufs de poules éle­vées en cage. Le groupe Au­chan vient ain­si d’an­non­cer qu’il n’en com­mer­cia­li­se­rait plus sous sa marque propre d’ici à 2022.

Une vic­toire pour l’as­so­cia­tion éco­lo­giste L214, qui dé­nonce de­puis plu­sieurs an­nées, à grand ren­fort de vi­déos, la cruau­té des éle­vages en bat­te­rie. « Une page est en train de se tour­ner, es­time Brigitte Go­thière, sa porte-pa­role. La grande dis­tri­bu­tion et l’in­dus­trie agroa­li­men­taire ont fi­ni par prendre conscience de leur res­pon­sa­bi­li­té vis-à-vis de la condi­tion des ani­maux et font à pré­sent mas­si­ve­ment le choix d’aban­don­ner les oeufs en bat­te­rie. Nous avons dé­sor­mais la cer­ti­tude que l’éle­vage des poules en cage est voué à dis­pa­raître. »

Dès 2013, Ca­si­no avait été le premier groupe à sup­pri­mer la vente d’oeufs is­sus de poules éle­vées en cage sous sa marque Mo­no­prix, au pro­fit d’oeufs de plein air ou bio­lo­giques.

Si les grandes sur­faces ont toutes sui­vi ce mou­ve­ment, c’est pour ré­pondre à la de­mande des consom­ma­teurs. « Se­lon un son­dage réa­li­sé en sep­tembre 2014 par Opi­nion­Way, 84 % des Fran­çais se di­saient fa­vo­rables à la sup­pres­sion dans les su­per­mar­chés des oeufs de poules éle­vées en cage », sou­ligne L214.

EN­CORE FAUT-IL QUE LES ÉLE­VEURS SUIVENT

« Il y a un mou­ve­ment na­tu­rel des consom­ma­teurs vers des pro­duits plus sains et qui res­pectent da­van­tage le bien-être ani­mal », confirme-t-on au sein du groupe Ca­si­no. Mais en­core faut-il que les éle­veurs suivent la ca­dence alors que la France est au­jourd’hui le premier pro­duc­teur eu­ro­péen, avec 12 mil­liards d’oeufs chaque an­née.

« On ne peut pas de­man­der en deux ans à l’en­semble de la fi­lière avi­cole de s’adap­ter car il faut no­tam­ment trou­ver de la place pour pas­ser à des éle­vages en plein air, sou­ligne Thier­ry De­souches, le porte-pa­role du groupe Sys­tème U. Si tous les dis­tri­bu­teurs veulent te­nir en même temps l’en­ga­ge­ment de ne plus vendre d’oeufs de poules éle­vées en cage, on risque de de­voir im­por­ter de l’étran­ger et, fi­na­le­ment, ce sont les pro­duc­teurs fran­çais qui vont en pâ­tir. »

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