Mais quel pré­sident est vrai­ment Trump ?

Sy­rie, Rus­sie, Otan, Chine… Le pré­sident amé­ri­cain ne cesse de faire marche ar­rière sur la « vi­sion du monde » qui était la sienne comme can­di­dat. Ex­pli­ca­tions.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR JANNICK ALIMI @Jan­ni­ckA­li­mi1

TRUMP EST-IL vrai­ment l’an­tiO­ba­ma ? Si cette af­fir­ma­tion pou­vait s’avé­rer fon­dée lorsque Do­nald Trump n’était que can­di­dat à la pré­si­dence, elle l’ap­pa­raît beau­coup moins avec Trump à la Mai­son-Blanche. No­tam­ment en ma­tière de po­li­tique étran­gère. On se sou­vient des dé­cla­ra­tions du mil­liar­daire à l’égard du pré­sident russe. « Pou­tine fait du bon bou­lot », « Pou­tine est beau­coup plus fort qu’Oba­ma », ré­pé­tait à l’en­vi le can­di­dat ré­pu­bli­cain. Ses pro­pos frô­laient même par­fois l’apo­lo­gie du chef du Krem­lin, de sa po­li­tique en Sy­rie à l’an­nexion de la Cri­mée en pas­sant par sa vo­lon­té de fra­gi­li­ser l’Otan, l’or­ga­ni­sa­tion de dé­fense mise en place après la Se­conde Guerre mon­diale par Wa­shing­ton et ses al­liés eu­ro­péens. Les soup­çons des ser­vices secrets amé­ri­cains quant à une éven­tuelle in­gé­rence de la Rus­sie en fa­veur du can­di­dat Tr um p n’é t a i e n t - i l s pa s , d’ailleurs, de na­ture à confor­ter ces in­ter­ro­ga­tions ?

IL SOUFFLE LE FROID AVEC LA RUS­SIE…

Au­jourd’hui, le gant est re­tour­né. De­puis l’at­taque aux armes chi­miques contre des ci­vils, la se­maine der­nière, at­tri­buée à Ba­char al-As­sad (lire en­ca­dré), la ten­sion entre Trump et Pou­tine, al­lié de Da­mas, ne cesse de mon­ter. En­voi par les Etats-Unis de 59 mis­siles sur une base aé­rienne sy­rienne et, de­puis deux jours, cres­cen­do de cri­tiques et de­me­na­cesàl’égard­deMos­cou.

« Il va vrai­ment fal­loir que la Rus­sie s’en­gage en fa­veur de la paix parce que, si elle n’avait pas conti­nué à sou­te­nir cet ani­mal

(NDLR : As­sad), nous n’au­rions pas eu tous ces pro­blèmes au­jourd’hui », a as­sé­né Trump, mer­cre­di, dans une interview à la chaîne Fox Bu­si­ness. Et le pré- sident amé­ri­cain d’ajou­ter : « Pou­tine sou­tient une personne diabolique et je pense que c’est mau­vais pour la Rus­sie. Très mau­vais pour l’hu­ma­ni­té et pour le monde. » Même fer­me­té de Rex Tiller­son, le se­cré­taire d’Etat, en mis­sion à Mos­cou. Après un en­tre­tien mer­cre­di avec Vla­di­mir Pou­tine, le chef de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine a re­con­nu que « la confiance entre les deux pays s’était dé­gra­dée et avait at­teint un ni­veau très bas ».

Comme pour in­ti­mi­der et iso­ler un peu plus le « tsar » russe, le lea­deur amé­ri­cain a chan­gé de to n à l ’é g a rd de s e s a l l i é s . « L’Otan est de­ve­nue ob­so­lète », n’avait pas hé­si­té à lan­cer Do­nald Trump en juillet dernier, ap­pe­lant, au pas­sage, ses al­liés à prendre leur part du « far­deau » fi­nan­cier. Mais mer­cre­di, à la suite d’une réu­nion à la Mai­sonB­lanche avec Jens Stol­ten­berg, le se­cré­taire gé­né­ral de l’Otan, Trump a qua­li­fié l’or­ga­ni­sa­tion mi­li­taire de « grande al­liance » et de « rem­part pour la paix in­ter­na­tio­nale ». Tout en ré­af­fir­mant — « Ame­ri­ca First » oblige — que les al­liés eu­ro­péens de­vaient aug­men­ter leurs dé­penses de dé­fense.

… ET LE CHAUD AVEC LA CHINE

Der­nière pièce de cette stra­té­gie re­com­po­sée : la Chine. Qua­li­fié par le can­di­dat Trump de « ma­ni­pu­la­teur de de­vises », le pays est dé­sor­mais his­sé en qua­si­par­te­naire. Dans la droite ligne des an­nées Oba­ma. En quête de sou­tiens pour évi­ter un em­bal­le­ment mi­li­taire avec la Co­rée du Nord, Trump vient ain­si de sou­li­gner la « bonne al­chi­mie » entre les deux Etats, quelques jours après la vi­site du pré­sident chi­nois Xi Jin­ping.

Ces volte-faces confir­men­telles le tem­pé­ra­ment dé­ci­dé­ment im­pré­vi­sible et ver­sa­tile du pré­sident Trump ? Il­lus­tren­telles, au contraire, un re­vi­re­ment stra­té­gique du lo­ca­taire de la Mai­son-Blanche, sous la pres­sion des réa­li­tés in­ter­na­tio­nales et de l’in­fluence gran­dis­sante des gé­né­raux mais aus­si de son gendre, Ja­red Ku­sh­ner, et de Ga­ry Cohn, son prin­ci­pal conseiller pour les af­faires éco­no­miques, au dé­tri­ment de son conseiller po­li­tique, le na­tio­na­liste Steve Ban­non, chantre d’un re­pli sur l’Amé­rique ? « Si ces re­vi­re­ments sont sui­vis par de réelles so­lu­tions po­li­tiques au Moyen-Orient et en Eu­rope, alors ce qui pour­rait se li­mi­ter à de­sim­ples­coups­de­men­ton­de­vien­drait une réelle stra­té­gie », es­time un ex­pert des Etats-Unis.

Wa­shing­ton (Etats-Unis), hier. Do­nald Trump a chan­gé ra­di­ca­le­ment de po­si­tion en ma­tière de po­li­tique étran­gère. Illus­tra­tion de son tem­pé­ra­ment ver­sa­tile ou prise de conscience des réa­li­tés géo­po­li­tiques ?

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