Les éli­mi­nés au 1er tour perdent le par­ti”

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - @Hen­riVer­net

ÉDI­TO­RIA­LISTE et politologue, Alain Du­ha­mel a pu­blié « les Pa­tho­lo­gies po­li­tiques fran­çaises » (Plon). Chaque élec­tion en­traîne des rè­gle­ments de comptes, c’est un clas­sique ?

ALAIN DU­HA­MEL. Oui. A chaque pré­si­den­tielle, les éli­mi­nés au 1er tour perdent le contrôle de leur par­ti — sauf Jacques Chi­rac en 1981. Et leurs par­tis tendent à se di­vi­ser aus­si­tôt. Il y a donc une double sanc­tion. Ce­la vaut pour les can­di­dats quelle que soit leur cou­leur po­li­tique ? C’est plus mar­qué pour les can­di­dats mo­dé­rés. Jacques Cha­ban-Del­mas (NDLR : face à Gis­card en 1974), Ray­mond Barre et Edouard Bal­la­dur (face à Chi­rac, res­pec­ti­ve­ment en 1988 et 1995), une fois bat­tus au 1er tour, se sont mar­gi­na­li­sés qua­si ins­tan­ta­né­ment. Ils n’ont plus ja­mais été en piste pour la pré­si­den­tielle. Et à gauche ? A l’époque où le PCF était puis­sant, il chan­geait de can­di­dat à chaque pré­si­den­tielle. Même Georges Mar­chais ne s’est pré­sen­té qu’une fois. C’était aus­si une forme de sanc­tion. Les rè­gle­ments de comptes sont-ils plus vio­lents à droite ou à gauche ? D’ha­bi­tude, à gauche, les choses se re­cons­ti­tuent as­sez vite. Même si le can­di­dat est bat­tu le par­ti reste uni. Mais cette fois, si Be­noît Ha­mon est bat­tu au 1er tour, il y a un vrai risque d’écla­te­ment. Et à droite ? Sous Chi­rac, il y avait des re­vanches de clans contre clans. En 1995, au lieu de ras­sem­bler après la vic­toire comme c’est la tra­di­tion pour conso­li­der son as­sise, Chi­rac a mis au pi­quet tout ce qui res­sem­blait à un bal­la­du­rien. Le 23 avril au soir, si Fillon est éli­mi­né au 1er tour, les Ré­pu­bli­cains se dé­chi­re­ront en di­rect sur les pla­teaux té­lé. Et si Ma­rine Le Pen est bat­tue ? Si elle était éli­mi­née au 1er tour, ça l’af­fai­bli­rait consi­dé­ra­ble­ment. Ce­la dé­mon­tre­rait tout ce qu’elle re­pré­sente est in­di­geste au goût du pays. Si elle était bat­tue au 2d tour, avec un score im­por­tant — au­tour de 40 % —, elle se­rait for­ti­fiée. C’est la seule qui se­rait confor­tée par une dé­faite. Et Mé­len­chon ? Ma­cron ? Mé­len­chon, sur­tout s’il at­teint le 2d tour, se­ra le pôle do­mi­nant au sein de la gauche de rup­ture. Ce se­ra le gé­né­ral. Les com­mu­nistes lui four­ni­ront l’in­fan­te­rie. Quant à Ma­cron, s’il est éli­mi­né au 1er tour, son em­prise sur les lé­gis­la­tives se­ra moindre. Mais je pense qu’il aurait quand même les moyens de consti­tuer un groupe par­le­men­taire, entre 50 et une cen­taine d’élus. PRO­POS RE­CUEILLIS PAR HEN­RI VER­NET

Alain Du­ha­mel ÉDI­TO­RIA­LISTE ET POLITOLOGUE

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