La­drô­led’al­lian­ce­deMé­len­chon

S’il ac­cède à l’Ely­sée, le can­di­dat sou­hai­te­rait que la France re­joigne cette union « bo­li­va­rienne » créée en 2004 par le Ve­ne­zue­la de Cha­vez.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - PAR ROMAINBAHEUX

L’AL­LIANCE BO­LI­VA­RIENNE ne vous évoque pas grand-chose ? Ce­la semble aus­si être le cas de Clé­men­tine Au­tain. Porte-pa­role de Jean-Luc Mé­len­chon, elle a été prise en fla­grant dé­lit d’igno­rance du pro­gramme de son lea­deur sur le pla­teau de « France In­fo », où elle était in­vi­tée hier ma­tin. Comme le sti­pule pour­tant son en­ga­ge­ment 62, le can­di­dat de la France in­sou­mise an­nonce vou­loir re­joindre l’Al­liance bo­li­va­rienne pour les « peuples de notre Amé­rique » (Al­ba) s’il ac­cède à l’Ely­sée.

Cette union in­ter­éta­tique est as­sez peu connue. Fon­dée en 2004 par le Ve­ne­zue­la d’Hu­go Cha­vez et le Cu­ba de Fi­del Cas­tro, elle tire son nom de Si­mon Bo­li­var, grande fi­gure de l’éman­ci­pa­tion sud-amé­ri­caine au XIXe siècle, sou­vent ci­té par le can­di­dat de la gauche dans ses dis­cours. Conçue comme une ré­ponse so­cia­liste à la zone de libre-échange nor­da­mé­ri­caine (Ale­na), l’Al­ba si­gni­fie sym­bo­li­que­ment « aube », en es­pa­gnol. Elle évoque en fait sur­tout un cré­pus­cule, tant l’or­ga­ni­sa­tion pa­raît au­jourd’hui mo­ri­bonde. « Elle est fon­da­men­ta­le­ment liée au Ve­ne­zue­la et a connu son zé­nith de 2008 à 2010, lorsque le prix du pé­trole était au plus haut, ex­plique Jean-Jacques Kour­liand­sky, spé­cia­liste de l’Amé­rique la­tine à l’Iris. Au­jourd’hui, ça n’est plus le cas, le pays a des dif­fi­cul­tés éco­no­miques et l’Al­ba ne fonc­tionne plus vrai­ment. » Outre le Ve­ne­zue­la et Cu­ba, on trouve par­mi les onze Etats membres l’Equa­teur, la Bo­li­vie et plu­sieurs îles des Ca­raïbes. Mais si on re­garde dans la liste des pays ob­ser­va­teurs, fi­gurent aus­si l’Iran et la Sy­rie (conviés en mars dernier au con­grès de l’Al­ba), alors que la Rus­sie avait été in­vi­tée à son con­grès de 2009. « En tant que telle, l’Al­liance n’in­té­res­sait pas Pou­tine, mais ça re­pré­sente sa di­plo­ma­tie tous azi­muts dans le sec­teur », pour­suit Jean-Jacques Kour­liand­sky.

Outre qu’elle se montre peu re­gar­dante sur le pro­fil de ses pays as­so­ciés, la très an­ti-Etats-Unis Al­ba com­merce très peu avec la France. Se­lon un rap­port de la Di­rec­tion gé­né­rale du Tré­sor pa­ru en 2016, seule­ment 6 % des échanges de l’Hexa­gone avec l’Amé­rique la­tine en 2016 ont été réa­li­sés avec cette or­ga­ni­sa­tion. Si Mé­len­chon sou­haite y faire adhé­rer la France, c’est no­tam­ment pour per­mettre aux dé­par­te­ments d’outre-mer de com­mer­cer avec cette or­ga­ni­sa­tion proche géo­gra­phi­que­ment. Et po­li­ti­que­ment ? Pru­dem­ment, le can­di­dat vante un peu moins les mé­rites du Ve­ne­zue­la de­puis que son pays s’est en­fon­cé dans une crise éco­no­mique sans pré­cé­dent, sous la hou­lette de Ni­co­las Ma­du­ro, le suc­ces­seur de Cha­vez.

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