Kou­del­ka : un poète de l’Ir­lande à l’Es­pagne

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS -

On rê­vait de ren­con­trer Jo­sef Kou­del­ka, mais il était par monts et par vaux. A dé­faut de le voir, on a vu ses pho­tos. A 79 ans, cette lé­gende à qui le Centre Pom­pi­dou consacre une ex­po­si­tion gra­tuite reste in­sai­sis­sable. Sans doute ne veut-il pas sur­char­ger de mots ces images qu’il a prises sur les routes d’Eu­rope de­puis les an­nées 1970. Tché­co­slo­vaque de­ve­nu fran­çais, il a quit­té son pays d’ori­gine deux ans après l’in­va­sion russe à Prague en 1968.

Com­mence un long exil. Au sens propre. Kou­del­ka dort sou­vent de­hors, par­tout, à la belle étoile. Comme un clo­chard cé­leste. L’ex­po­si­tion ré­vèle pour la pre­mière fois ses au­to­por­traits dans son pa­que­tage de cou­chage, ré­veils à l’aube sur l’herbe mouillée. Mais la grâce, chez lui, ce sont les autres. Une ma­riée ou une gi­tane en robe de ga­la as­sise en ama­zone sur un che­val en Es­pagne, des acro­bates qui font une pause au bord d’une route, ou même de vieux Ir­lan­dais bien mis qui urinent dans des toi­lettes pu­bliques d’un autre temps. Poé­sie y com­pris de la tri­via­li­té, vé­ri­té, in­ten­si­té, ses images ra­content un conti­nent qui est le nôtre et qu’on ne connaît pas vrai­ment. Lui, l’Eu­rope, il sait ce que c’est. Il a payé pour voir, et vé­cu du­re­ment mais li­bre­ment. Il ne dort que d’un oeil. Un hymne à la gran­deur de chaque pe­tit mo­ment de vie.

« Jo­sef Kou­del­ka, la fa­brique

d’exils », Centre Pom­pi­dou (Pa­ris IVe), jus­qu’au 22 mai, 11 heures-21 heures, sauf lun­di, en­trée libre, www.cen­tre­pom­pi­dou.fr.

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