Elle re­trouve un des­sin spo­lié à son aïeul par les na­zis

L’oeuvre si­gnée Tie­po­lo lui a été re­mise hier par le mi­nis­tère de la Culture.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS -

ne va pas lui faire un des­sin. Pour elle, il s’agit plu­tôt de re­mettre des cou­leurs dans sa vie de fa­mille. Hier, le mi­nis­tère de la Culture a res­ti­tué un pe­tit des­sin de Tie­po­lo, le dernier grand maître vé­ni­tien (16961770), à sept ayants droit de son pos­ses­seur, Jules Strauss, mort de ma­la­die en 1943. Une oeuvre MNR (Mu­sées na­tio­naux ré­cu­pé­ra­tion) comme il en existe en­core 2 000 dans les mu­sées fran­çais, spo­liés par les na­zis aux juifs sous l’Oc­cu­pa­tion. Mais pour Pau­line de Pé­ri­gnon, l’ar­rière-pe­tite-fille de Jules, à l’ori­gine de cette res­ti­tu­tion, puis­qu’elle a re­trou­vé le des­sin toute seule, peu im­por­tait l’oeuvre elle-même,en­tre­po­séeauLou­vre­de­puis 1951 après avoir été em­me­née en Au­triche par les Al­le­mands, qui vou­laient en faire l’un des pe­tits bi­joux du mu­sée de Linz vou­lu par Hit­ler : « Je ne sais même pas à com­bien il est es­ti­mé, ni ce que l’on va en faire. Mais j’ai fait connais­sance, d’une cer­taine ma­nière, avec mon ar­rière-grand-père. J’ai réuni mes oncles alors que l’on se voit peu. Il y avait un cer­tain déni fa­mi­lial au su­jet de la guerre », confie la jeune femme née en 1973.

Il y a un an, elle igno­rait presque tout de cet aïeul. Un cou­sin lui parle de ce col­lec­tion­neur, d’un ou deux do­cu­ments qui dorment dans un ti­roir, et dont la fa­mille, trau­ma­ti­sée par la guerre, ne veut rien sa­voir. Pau­line de Pé­ri­gnon ne sait pas com­ment s’y prendre. « Les ar­chives ne sont pas cen­tra­li­sées. J’avais une lettre qui prou­vait que le garde-meubles de mon ar­rière-grand-père avait été sai­si par les Al­le­mands. Un jour, je tombe sur un do­cu­men­taire à la té­lé sur ce su­jet. J’ai contac­té l’his­to­rienne qui l’avait conçu, et elle m’a re­çu im­mé­dia­te­ment. Tout s’est en­chaî­né. J’ai été ai­dée par une autre spé­cia­liste, une cher­cheuse de ta­bleaux bé­né­vole. »

Pau­line dé­couvre que son aïeul Jules Strauss était une fi­gure. « On l’ap­pe­lait M. Sis­ley. Il avait ache­té beau­coup de ta­bleaux im­pres­sion­nistes de leur vi­vant. Plus tard, il les a re­ven­dus pour ac­qué­rir des oeuvres de grands maîtres plus clas­siques, comme ce des­sin de Tie­po­lo.Mo­nar­rière-grand-père a for­mé des an­ti­quaires, des col­lec­tion­neurs. Il avait un oeil. » Ses oncles, quatre des cinq pe­tit­sen­fants de Jules Strauss étant en­core en vie, ont re­mer­cié la ben­ja­mine pour ses re­cherches. Pour elle, cette res­ti­tu­tion est « sym­bo­lique » : « C’est la dé­marche qui a été im­por­tante. » L’ar­rière-pe­tite-fille est dé­jà sur la piste d’autres oeuvres per­dues, ou plu­tôt spo­liées, de Jules.

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