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Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS -

e Pa­ris, ils n’ont vu jus­qu’à pré­sent que la tour Eif­fel, le ca­nal SaintMar­tin, la place de la Bas­tille et Saint-Paul (IVe). Si cette église du Ma­rais est un peu leur re­père dans la ca­pi­tale, c’est parce que le cu­ré, Pierre Vi­va­rès, les loge dans un ap­par­te­ment de la pa­roisse de­puis deux mois.

Quand­bien­mê­meel­les­res­tent­dis­crètes sur la ques­tion, près de la moi­tié des églises pa­ri­siennes, 56 exac­te­ment (dans le XIIIe no­tam­ment) viennent en aide aux ré­fu­giés, qu’elles les logent comme à Saint-Paul ou leur donnent des cours de fran­çais, or­ga­nisent des re­pas…

Ar­ri­vés à l’aé­ro­port de Rois­sy le 8 fé­vrier, Sa­leh, son épouse Da­lal, et leur fille de 8 ans Ze­kra, ont fui en 2013 la ville mar­tyre de Ra­q­qa (Sy­rie) tom­bée sous la coupe de Daech.

Après quatre ans pas­sés au sud de la Tur­quie à Ada­na, cette fa­mille mu­sul­mane sé­lec­tion­née par l’Of­pra (Of­fice fran­çais de pro­tec­tion des ré­fu­giés et apa­trides) a dé­sor­mais le sta­tut de ré­fu­giée po­li­tique en France. Les pa­piers qu’elle doit re­ce­voir bien­tôt en at­tes­te­ront. un deux-pièces agréable de 40 m2. Tra­dui­sant en actes la pa­role du pape Fran­çois qui en sep­tembre 2015 ex­hor­tait chaque pa­roisse d’Eu­rope à ac­cueillir une fa­mille de ré­fu­giés, Pierre Vi­va­rès confie : « Nous avons un de­voir hu­ma­ni­taire et évan­gé­lique d’ac­cueillir l’étran­ger, no­tam­ment dans des si­tua­tions où la vio­lence des com­bats a mis les ci­vils dans des si­tua­tions im­pos­sibles. En col­la­bo­ra­tion avec les ser­vices de l’Etat, cha­cun doit prendre sa part. »

Les pa­rois­siens qui ont fait connais­sance avec les trois ré­fu­giés à la fa­veur d’un apé­ri­tif or­ga­ni­sé à la sor­tie de la messe le 5 mars, se sont mon­trés gé­né­reux. A l’ins­tar de Ca­the­rine, plu­sieurs ont aus­si ac­cep­té de don­ner de leur temps pour ac­com­pa­gner, ne se­rait-ce qu’au mar­ché, à la su­pé­rette…, cette fa­mille qui ne parle pas fran­çais. Tout en « re­mer­ciant Dieu et la pa­roisse pour ce lo­ge­ment stable », Da­lal, 43 ans, confie, non sans hu­mour : « Dans les rues de Pa­ris, je me sens comme un Mar­tien qui dé­bar­que­rait sur Terre ! » Même s’il éprouve des dif­fi­cul­tés à mar­cher, sé­quelles d’un ac­ci­dent du tra­vail sur­ve­nu il y a vingt ans, Sa­leh qui était épi­cier à Ra­q­qa, in­siste pour « re­mer­cier le gou­ver­ne­ment fran­çais, l’église Saint-Paul et les pa­rois­siens qui nous de­mandent tout le­temps­si­nou­sa­vons­be­soin­de­quelque chose ». Quant à Ze­kra, elle est sco­la­ri­sée dans une école pu­blique du IIe dans une classe spé­ciale de huit en­fants où elle de­vrait ap­prendre le fran­çais en quelques mois.

Tout en af­fir­mant « es­pé­rer re­ve­nir à Ra­q­qa où mes soeurs sont res­tées, quand la guerre se­ra finie, Inch’Al­lah

», Sa­leh se montre pes­si­miste sur l’ave­nir de son pays. Da­lal est for­melle : « Il faut que Ba­char el-As­sad quitte le pou­voir car il tue le peuple. »

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