DIS­PUTES EN FA­MILLE

Les pas­sions de la cam­pagne re­jaillissent sur l’in­ti­mi­té des Fran­çais. La preuve en trois exemples.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DOS­SIER RÉA­LI­SÉ PAR VINCENT MON GAILLARD

et le gi­got d’agneau qui s’in­vi­te­ront dans les re­pas de fa­mille en ce long wee­kend pas­cal. Dès la chasse aux oeufs, avant l’apé­ro ou entre la poire et le fro­mage, des mil­lions de Fran­çais vont re­faire la cam­pagne 2017 et éta­ler sur la table leurs di­ver­gences idéo­lo­giques. Au me­nu des dis­cus­sions, le re­ve­nu uni­ver­sel, des cos­tumes de luxe, un ho­lo­gramme, un ac­cent béar­nais…

De­puis des mois, les convives se sont échauf­fés à la mai­son. Alors entre le pe­tit der­nier ma­cro­niste, l’aî­née ha­mo­niste, le père mé­len­cho­niste, la tante qui voit blanc, le ne­veu qui croit à la re­mon­ta­da de Fillon et le cou­sin qui, pour la pre­mière fois, mise sur Le Pen, les dé­bats pro­mettent d’être en­flam­més. Jus­qu’à s’en­ve­ni­mer à l’heure du di­ges­tif ? Les franches en­gueu­lades, celles où les as­siettes me­nacent de val­ser, celles où les scènes de mé­nage conduisent à un dé­part pré­ci­pi­té, se­ront ex­cep­tion­nelles.

CAU­SE­RIES PASSIONNÉES

En re­vanche, les raille­ries, les le­çons de mo­rale, les saines dis­putes, les im­plo­ra­tions à bais­ser d’un ton se­ront lé­gion. La re­mise en ques­tion du cli­vage droite-gauche dope les ac­cro­chages. Ja­mais une pré­si­den­tielle n’a au­tant di­vi­sé de couples, de fra­tries ou de gendres et bel­les­mères. Ja­mais une ba­taille élec­to­rale n’a au­tant fait tchat­cher dans les foyers et les cercles d’amis qui, au-de­là des en­vo­lées de dé­ci­bels, ont pris plai­sir à dé­battre. Fran­co, chef d’en­tre­prise dans le Nord et mi­li­tant d’En Marche ! peut en té­moi­gner. « Ma belle fa­mille est com­mu­niste. Mais je ne déses­père pas de la convaincre d’op­ter pour Ma­cron même si elle jure qu’il est sous la coupe du pou­voir de l’ar­gent », es­time cet éter­nel op­ti­miste. Ma­thilde, consul­tante en mar­ke­ting et in­dé­cise de gauche, a pré­fé­ré dé­gai­ner le SMS pour faire chan­ger d’avis sa cou­sine fillo­niste. « Fau­dra que tu m’ex­pliques comment toi, avo­cate , dé­fen­seur de la jus­tice, de la vé­ri­té ac­cepte de voter pour un type qui passe au-des­sus de ça », a-t-elle en­voyé. « Elle ne m’a pas ré­pon­du », re­grette- t-elle.

Même au sein des grandes for­tunes, on se dé­chire. Dans le clan Hol­der, à la tête des bou­lan­ge­ries Paul et du roi du ma­ca­ron La­du­rée, le scru­tin a se­mé la zi­za­nie lorsque le pa­triarche Fran­cis a ap­pe­lé il y a quelques jours à plé­bis­ci­ter Fillon… au nom du per­son­nel. Mais le fis­ton Da­vid, aux com­mandes de La­du­rée, s’est dé­so­li­da­ri­sé, lui qui est fa­vo­rable à l’abs­ten­tion… de tout com­men­taire po­li­tique pu­blic. Dans la fou­lée, le pa­ter fa­mi­lias a ré­tro­pé­da­lé, ex­pli­quant qu’il s’agis­sait d’une « opi­nion per­son­nelle ». Son épouse Fran­çoise n’a pas pris part à la guerre des com­mu­ni­qués. Elle au­rait pu pour­tant ap­por­ter son grain de sel, elle qui est en­ga­gée ac­tive

ment dans la cam­pagne de Ma­cron.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.