Exé­cu­tés à cause… d’un pro­duit pé­ri­mé

Deux pre­miers condam­nés à mort se­ront exé­cu­tés lun­di. Puis cinq autres avant la fin du mois. Pour­quoi un tel en­chaînent ? La pé­remp­tion d’un pro­duit uti­li­sé dans l’in­jec­tion fa­tale.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DE NOTRE CORRESPONDANTE CH­LOÉ CO­HEN (À LOS AN­GELES)

dans l’Ar­kan­sas, the Na­tu­ral State, l’Etat na­ture, comme le dit la bro­chure tou­ris­tique. Mais c’est sur­tout la sai­son des exé­cu­tions : sept pré­vues en onze jours. Un re­cord aux EtatsU­nis, où 31 Etats ap­pliquent en­core la peine ca­pi­tale. Ja­mais un Etat amé­ri­cain n’avait don­né une telle im­pres­sion d’ur­gence. « C’est ef­fec­ti­ve­ment in­édit, constate amè­re­ment Ro­bert Dunham du Centre d’in­for­ma­tion sur la peine de mort. Et peu im­porte qu’on soit pour ou contre la peine ca­pi­tale, nous ne pre­nons pas po­si­tion, mais cette dé­ci­sion est in­hu­maine. »

Don Da­vis et Bruce Ward, condam­nés pour meurtre, se­ront exé­cu­tés le 17 avril, sui­vis trois jours plus tard de Le­delle Lee et Sta­cey John­son, condam­nés pour avoir bat­tu à mort leur vic­time. Le 24 avril ce se­ra au tour de Mar­cel Williams, condam­né pour meurtre et kid­nap­ping, et Jack Jones, ar­rê­té après le meurtre et le viol de sa vic­time. Et en­fin, le 27 avril, Ken­neth Williams, condam­né pour meurtre, se­ra lui aus­si tué par in­jec­tion lé­tale. Un hui­tième pri­son­nier, Ja­son McGe­hee, qui au­rait dû être exé­cu­té, a fi­na­le­ment ob­te­nu un dé­lai après avoir pré­sen­té un re­cours en clé­mence dont les ar­gu­ments mé­ri­taient d’être exa­mi­nés.

Tous ces pri­son­niers ont pas­sé en moyenne une ving­taine d’an­nées dans le cou­loir de la mort. Alors pour­quoi les exé­cu­ter main­te­nant ? La rai­son est pour le moins sur­pre­nante : les stocks de mi­da­zo­lam, l’anes­thé­siant ad­mi­nis­tré aux pri­son­niers, se­ront pé­ri­més à la fin du mois. Donc l’Ar­kan­sas, qui n’a exé­cu­té au­cun dé­te­nu de­puis 2005, doit les ut i l i s e r ava n t l e 3 0 av ri l . « L’Etat pré­tend qu’après cette date de pé­remp­tion, il ne pour­ra plus s’ap­pro­vi­sion­ner en mi­da­zo­lam, mais ce n’est pas une rai­son va­lable », dé­fend Ro­bert Dunham.

LES LA­BO­RA­TOIRES NE VEULENT PLUS FOUR­NIR LE PRO­DUIT

Car si les stocks ne sont plus uti­li­sables dé­but mai, il est aus­si de plus en plus com­pli­qué pour les pri­sons amé­ri­caines de se four­nir au­près des en­tre­prises phar­ma­ceu­tiques, qui re­fusent d’être as­so­ciées à cette sub­stance lé­tale très contro­ver­sée. De­puis 2016, le géant amé­ri­cain Pfi­zer, par exemple, in­ter­dit l’uti­li­sa­tion de ses pro­duits dans les exé­cu­tions de condam­nés à mort. Et ce mal­gré l’adop­tion en Ar­kan­sas d’une loi qui per­met de mas­quer l’iden­ti­té des four­nis­seurs.

« Le mi­da­zo­lam est ad­mi­nis­tré avec deux autres mé­di­ca­ments, ex­plique Ro­bert Dunham. Il est cen­sé en­dor­mir le pa­tient avant qu’on ne lui in­jecte une sub­stance mor­telle et ex­trê­me­ment dou­lou­reuse. » Mais dans cer­tains cas, le pri­son­nier n’est pas suf­fi­sam­ment plon­gé dans l’in­cons­cience, ce qui en­traîne de longues ago­nies. Comme en 2014, en Ari­zo­na, lorsque le condam­né Jo­seph Wood avait mis près de deux heures à mou­rir.

La contro­verse au­tour des in­jec­tions lé­tales s’ac­com­pagne d’une évo­lu­tion de l’opi­nion pu­blique. Se­lon le Pew Re­search Cen­ter, seule­ment 49 % des Amé­ri­cains sont fa­vo­rables à la peine de mort, soit le plus bas ni­veau de­puis plus de qua­rante ans.

« Et ce n’est pas l’exé­cu­tion de sept condam­nés en si peu de temps qui va amé­lio­rer l’image de la peine ca­pi­tale, es­père Ro­bert Dunham. Cette his­toire va dé­truire le mythe se­lon le­quel on peut tuer un pri­son­nier de fa­çon ci­vi­li­sée et pai­sible. »

C’EST IN­ÉDIT. PEU IM­PORTE QU’ON SOIT POUR OU CONTRE LA PEINE CA­PI­TALE, NOUS NE PRE­NONS PAS PO­SI­TION, MAIS CETTE DÉ­CI­SION EST IN­HU­MAINE” RO­BERT DUNHAM CENTRE D’IN­FOR­MA­TION SUR LA PEINE DE MORT

L’Ar­kan­sas, comme leTexas (notre pho­to), fait par­tie des Etats amé­ri­cains qui pra­tiquent la peine de mort.

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