Des dis­cus­sions ani­mées, c’est vi­vant !”

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - Anne Muxel

LA SO­CIO­LOGUE Anne Muxel, di­rec­trice de re­cherche au Ce­vi­pof (centre de re­cherches po­li­tiques de Sciences-po), est l’au­teur de « Toi, moi et la po­li­tique : amour et convic­tions » (Ed. Seuil). Pour­quoi ce scru­tin, plus qu’un autre, est-il source de fric­tions dans les fa­milles ?

ANNE MUXEL. En rai­son de la mise en avant de la per­son­na­li­sa­tion de la cam­pagne digne d’une sé­rie té­lé­vi­sée. Ces per­cep­tions af­fec­tives, aux ef­fets de dé­to­na­tion, prennent un re­lief plus im­por­tant dans le cercle in­time. Avant chaque re­pas, il y a sou­vent une voix qui lance : « Sur­tout, on ne parle pas de po­li­tique ! » Mais avec cette pré­si­den­tielle à mul­tiples re­bon­dis­se­ments, on fi­nit tou­jours par y ve­nir, par l’un de ses épi­sodes. Jus­qu’où les di­ver­gences d’opi­nion mènent-elles dans les foyers ? A la dis­pute pour en­vi­ron 10 % des ci­toyens. Mais pour une grande ma­jo­ri­té de Fran­çais, il y a tou­jours le sou­ci de ne pas mettre en pé­ril la re­la­tion af­fec­tive à cause de la po­li­tique, es­ti­mant que le su­jet n’en vaut pas la peine. Pour­quoi se que­relle-t-on moins avec sa mère qu’avec son père ? Parce que les mères sont da­van­tage sur la même lon­gueur d’onde que leurs en­fants. Elles trans­mettent plus leur choix po­li­tique, elles sont plus dans l’af­fect que les pères. Il existe peu de vraies rup­tures idéo­lo­giques au sein des fa­milles. La cou­leur po­li­tique se trans­met en­core très sou­vent d’une gé­né­ra­tion à l’autre. Mais ce­la ne veut pas dire qu’on choi­sit les mêmes têtes. Et c’est là que peuvent naître les ten­sions entre, par exemple, des pa­rents qui res­tent sur des lignes fi­dèles au PS et des en­fants qui veulent voter utile en op­tant pour Ma­cron. Des dis­cus­sions ani­mées au sein des fa­milles, c’est une ri­chesse, non ? Oui, c’est vi­vant ! Il faut voir l’es­pace de la vie pri­vée comme une ex­pé­rience de dé­mo­cra­tie. C’est là que se concré­tise l’ap­pren­tis­sage du dé­bat, qu’on fait co­ha­bi­ter la plu­ra­li­té des opi­nions ou, à l’in­verse, que l’on im­pose un mo­dèle au­to­ri­taire. La fa­mille a tou­jours été le lieu de confron­ta­tion des idées po­li­tiques. Mais par rap­port à au­tre­fois où le chef de fa­mille dic­tait son choix, ça s’est dé­dra­ma­ti­sé. Le res­pect des dif­fé­rences et l’in­di­vi­dua­li­sa­tion du vote ont ga­gné les es­prits. Pa­ral­lè­le­ment, le res­sort af­fec­tif est au­jourd’hui plus fort. Et quand des conflits sur­viennent, ils font mal. Qui sus­cite le plus d’en­gueu­lades fa­mi­liales ? Le Front na­tio­nal, mal­gré le pro­ces­sus de dé­dia­bo­li­sa­tion, de­meure tou­jours un élé­ment de re­pous­soir dès l’ins­tant qu’on n’adhère pas à ses idées. Il crée une sorte de té­ta­ni­sa­tion.

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