Eter­nels­pou­le­set­la­pins

Les ar­ti­sans ont beau ri­va­li­ser d’ima­gi­na­tion pour se ré­in­ven­ter, les clients, eux, res­tent très clas­siques. Ils sont at­ta­chés à la tra­di­tion des ani­maux en cho­co­lat.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - JEAN-VIC­TOR SEMERARO

le cho­co­la­tier Ch­ris­tophe Ber­trand avait vou­lu sur­prendre sa clien­tèle. « J’avais pro­po­sé des pe­tites voi­tures en cho­co­lat… Eh bien, ça n’a pas du tout fonc­tion­né », souffle cet ar­ti­san de Sa­vi­gny­sur-Orge (Es­sonne). Ré­sul­tat : il a dû don­ner ses in­ven­dus à des as­so­cia­tions ca­ri­ta­tives. « Ici, ma clien­tèle est plu­tôt âgée et de­mande des fi­gu­rines clas­siques », pour­suit-il.

Pen­dant la se­maine pas­cale, 15 000 t de cho­co­lat sont ven­dues en France. Comme la clien­tèle de Ch­ris­tophe Ber­trand, les Fran­çais res­tent at­ta­chés à ces ani­maux is­sus de la tra­di­tion païenne au­tant que chré­tienne.

Les pois­sons par exemple rap­pellent l’épi­sode bi­blique de la pêche mi­ra­cu­leuse des apôtres de Jé­sus. Quant aux autres bêtes, la­pins et poules no­tam­ment, « ce sont les sym­boles du prin­temps et du re­nou­veau », in­dique Flo­rence Pra­dier, se­cré­taire gé­né­rale du Syn­di­cat du cho­co­lat.

A dé­faut de s’en dé­faire to­ta­le­ment, beau­coup d’ar­ti­sans ré­in­ventent ce bes­tiaire. A la Mai­son du cho­co­lat par exemple, pres­ti­gieuse en­seigne pa­ri­sienne qui fête ses 40 ans cette an­née, le maître cho­co­la­tier Ni­co­las Cloi­seau « a sou­hai­té ré­in­ter­pré­ter vache, la­pin, mou­ton et poule », in­dique la di­rec­trice de la com­mu­ni­ca­tion San­drine Hu­guet. Le ré­sul­tat est plu­tôt sur­pre­nant : des car­rés de cho­co­lat sur les­quels sont re­pré­sen­tés des ani­maux très sty­li­sés, bien loin de ce que l’on a l’ha­bi­tude de voir. Une vo­lon­té ma­ni­feste d’al­lier tra­di­tion et mo­der­ni­té que l’on re­trouve chez un grand nombre d’ar­ti­sans de l’Hexa­gone. « Pâques reste un mo­ment où les cho­co­la­tiers peuvent mon­trer leur créa­ti­vi­té », sou­ligne Flo­rence Pra­dier.

Des pièces ori­gi­nales ac­com­pagnent très sou­vent les clas­siques dans les vi­trines. « Si vous ne pro­po­sez pas des créa­tions dé­ca­lées, vous pas­sez dé­sor­mais pour un rin­gard. Ce n’est pas pour au­tant que ce sont ces pièces que vous ven­drez le mieux », in­siste Ch­ris­tophe Ber­trand.

Gilles Cres­no, cho­co­la­tier à Rueil-Mal­mai­son (Hauts-deSeine), es­saie aus­si de se dé- mar­quer. « Pour ce week-end, nous sommes par­tis sur le thème des princes et prin­cesses avec cra­pauds char­mants, oeufs che­va­liers ou en­core châ­teaux forts gour­mands », s’amuse le pro­fes­sion­nel. Un cra­paud à la place d’une poule ? Pour­quoi pas, pour­vu que l’ani­mal soit bien gar­ni en fri­tures ! « J’y veille, as­sure Gilles Cres­no. La fi­gu­rine doit être rem­plie gé­né­reu­se­ment. » Et là en­core, c’est tout le bes­tiaire pas­cal en mi­nia­ture qui est re­pré­sen­té.

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