Lour­des­pei­nes­pour les­tueursd’Abid­jan

Le di­rec­teur du No­vo­tel et un homme d’af­faires, fran­çais tous les deux, avaient été en­le­vés puis tor­tu­rés et tués dans l’en­ceinte du pa­lais pré­si­den­tiel.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - TI­MO­THÉE BOUTRY

éprou­vant et ten­du. Au terme de deux mois d’au­dience, la cour d’as­sises d’Abid­jan (Côte d’Ivoire) a condam­né dans la nuit de jeu­di à ven­dre­di six des dix ac­cu­sés du rapt du No­vo­tel. Le 4 avril 2011, en pleine guerre ci­vile, un com­man­do de mi­li­taires, « à la re­cherche de sni­pers et de jour­na­listes », avait fait ir­rup­tion dans l’hô­tel où la plu­part des re­por­teurs sé­jour­naient. En fait d’en­voyés spé­ciaux, les mi­li­ciens avaient kid­nap­pé le di­rec­teur de l’hô­tel, Sté­phane Frantz di Rip­pel, un in­dus­triel fran­çais, Yves Lam­be­lin, et deux de ses col­la­bo­ra­teurs bé­ni­nois et ma­lai­sien. Em­me­nés dans l’en­ceinte du pa­lais pré­si­den­tiel, les quatre hom- mes avaient été bat­tus à mort avant que leurs corps ne soient dis­si­mu­lés — seule la dé­pouille d’Yves Lam­be­lin a pu être iden­ti­fiée. La cour a condam­né à 18 ans de pri­son les trois pla­ni­fi­ca­teurs de ce crime. A com­men­cer par le gé­né­ral Bru­no Dog­bo Blé, l’an­cien chef de la garde ré­pu­bli­caine, consi­dé­ré par l’accusation comme le « dé­clen­cheur de toute l’opé­ra­tion ». Ses deux ex-ad­joints, deux co­lo­nels, ont éco­pé de la même peine.

La sanc­tion la plus lourde — 20 ans de pri­son — a été in­fli­gée au com­mis­saire Osée Lo­guey, à la ma­noeuvre dans le sup­plice des quatre hommes et dé­non­cé par un té­moin qui l’a vu ache­ver Yves Lam­be­lin d’une balle de ka­lach­ni­kov. Deux membres du com­man­do ont quant à eux éco­pé de dix et six ans.

La dé­fense des ac­cu­sés, consis­tant à im­pu­ter la mort des otages à un bom­bar­de­ment de l’ar­mée fran­çaise, n’a pas ré­sis­té aux faits. « Le ver­dict est une vic­toire. La chaîne de com­man­de­ment a été re­con­nue res­pon­sable et condam­née », se fé­li­citent Mes Pierre-Oli­vier Sur et Clé­mence Witt, les avo­cats de la fa­mille de Sté­phane Frantz di Rip­pel. « Je n’ar­rive pas à di­gé­rer cette condam­na­tion », s’est au contraire in­di­gné Me Ma­thu­rin Di­ra­bou, l’avo­cat du gé­né­ral Dog­bo Blé. Dans une salle lar­ge­ment ac­quise aux ac­cu­sés, avec un pu­blic élec­tri­sé, le pro­cès a été mar­qué par le té­moi­gnage de Pa­tri­cia Si­mon, la juge d’ins­truc­tion char­gée des in­ves­ti­ga­tions en France. La ma­gis­trate a no­tam­ment re­mis à la cour de nom­breuses pièces es­sen­tielles qui avaient dis­pa­ru en Côte d’Ivoire, des pro­cès-ver­baux et des vi­déos no­tam­ment.

Un po­li­cier de l’Of­fice cen­tral pour la ré­pres­sion des vio­lences aux per­sonnes (OCRVP) a pour sa part dé­taillé ses cons­ta­ta­tions faites au len- de­main du crime, ex­cluant ca­té­go­ri­que­ment la thèse du bom­bar­de­ment.

Le mu­tisme des ac­cu­sés n’a ce­pen­dant pas per­mis de connaître la ge­nèse exacte de cette ex­pé­di­tion pu­ni­tive, ni l’en­droit où se trouvent les corps. « Ce­la reste un re­gret, dé­plore Ja­cky Frantz di Rip­pel, le père de Sté­phane, qui a as­sis­té à deux se­maines d’au­dience. Mais le ver­dict me sa­tis­fait. Les crimes ne sont pas res­tés im­pu­nis. »

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