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Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS -

était ul­tra­violent ! » Les mi­li­tants as­so­cia­tifs ou les ri­ve­rains du XVIIIe qui ont as­sis­té à une ba­garre gé­né­ra­li­sée entre mi­grants jeu­di soir au­tour du centre de pré­ac­cueil de la porte de la Chapelle dé­crivent tous des scènes d’une ex­trême bru­ta­li­té. Après des pre­miers in­ci­dents entre ré­fu­giés en marge d’une dis­tri­bu­tion ali­men­taire en dé­but de soi­rée de­vant le centre du bou­le­vard Ney, une rixe im­pli­quant plus d’une cin­quan­taine de mi­grants, Af­ghans d’un cô­té et Sou­da­nais de l’autre, a écla­té vers 23 heures.

Cris, course-pour­suite et échanges de coups… Les mi­grants des dif­fé­rentes com­mu­nau­tés, dont cer­tains ar­més de bâ­tons ou de barres de fer, se sont af­fron­tés du­rant de longues mi­nutes, à l’ex­té­rieur du centre d’ac­cueil. Une cen­taine de ré­fu­giés au­raient pro­fi­té de la confu­sion pour es­ca­la­der les grilles du site et s’in­tro­duire dans la halle d’hé­ber­ge­ment dont les 400 places sont oc­cu­pées en per­ma­nence. Mal­gré l’in­ter­ven­tion d’im­por­tants ef­fec­tifs po­li­ciers, le calme n’a été ré­ta­bli que plu­sieurs heures après le dé­but de la rixe. Elle se solde par un lourd bi­lan : une ving­taine de mi­grants bles­sés « lé­gè­re­ment » et un jeune homme frap­pé à coups de bâ­ton dont le pro­nos­tic vi­tal res­tait en­ga­gé hier.

L’élé­ment dé­clen­cheur de la ba­garre n’a pas été clai­re­ment dé­fi­ni. Mais il est lié, de l’avis des ob­ser­va­teurs, à un nombre de places in­suf­fi­sant dans le centre de pré­ac­cueil pour faire face aux 50 à 75 ar­ri­vées quo­ti­diennes de ré­fu­giés en­re­gis­trées dans la ca­pi­tale.

« C’est mal­heu­reu­se­ment la tra­duc­tion de l’exas­pé­ra­tion de per­sonnes qui at­tendent de­puis plu­sieurs jours d’avoir des places », re­con­naît Bru­no Mo­rel, di­rec­teur gé­né­ral d’Em­maüs-So­li­da­ri­té qui gère le centre de la Chapelle, sans tou­te­fois par­ler de sa­tu­ra­tion du dis­po­si­tif. Ou­vert en no- vembre 2016 pour mettre fin aux phé­no­mènes de cam­pe­ments de rue dans la ca­pi­tale, ce site est sup­po­sé ac­cueillir les pri­mo-ar­ri­vants pour une du­rée maxi­mum de dix jours avant leur dé­part vers des CAO (Centres d’ac­cueil et d’orien­ta­tion) en Ilede-France et en pro­vince.

« Pour que le sys­tème fonc­tionne, il faut ab­so­lu­ment de la flui­di­té entre les en­trées et les sor­ties. En clair, il faut trou­ver 250 places en CAO chaque se­maine si­non le dis­po­si­tif se bloque », rap­pelle-t-on à la mai­rie de Pa­ris qui vient de ti­rer la son­nette d’alarme au­près de la pré­fec­ture de ré­gion et de la pré­fec­ture de po­lice

Se­lon nos in­for­ma­tions, le rythme des sor­ties heb­do­ma­daires se­rait pas­sé sous la barre de 150 ces der­nières se­maines… avant de pas­ser à 140 pour la seule jour­née d’hier.

« Ces ques­tions de flui­di­té ne doivent pas mas­quer un autre pro­blème cru­cial : les énormes ten­sions entre com­mu­nau­tés. No­tam­ment entre les Sou­da­nais et les Af­ghans qui exercent des pres­sions, des in­ti­mi­da­tions dans les files d’at­tente ou même à l’in­té­rieur du centre pour évin­cer les autres », com­plé­tait ano­ny­me­ment hier un proche du dos­sier, en rap­pe­lant que la rixe pa­ri­sienne est in­ter­ve­nue moins d’une se­maine après les ten­sions com­mu­nau­taires sui­vies d’un in­cen­die vo­lon­taire sur le camp hu­ma­ni­taire de Grande-Synthe (Pasde-Ca­lais).

Dans la soi­rée, la pré­fec­ture de po­lice de­vait or­ga­ni­ser une réunion pour re­di­men­sion­ner le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té au­tour du centre de la Chapelle.

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