Périph : ils vous ont à l’oeil

Au­cun ki­lo­mètre ne leur échappe, ou presque. Les agents du centre de con­trôle, si­tué porte d’Ivry (Pa­ris XIIIe), qui as­surent la sé­cu­ri­té et co­or­donnent les in­ter­ven­tions sur l’axe pa­ri­sien, scrutent à chaque ins­tant votre conduite.

Le Parisien (Paris) - - TRANSPORTS - PAR JILA VAROQUIER

Au mur, les près de 80 écrans fas­cinent, dif­fu­sant le flot hyp­no­ti­sant et in­in­ter­rom­pu des mil­lions de vé­hi­cules qui cir­culent chaque jour sur le pé­ri­phé­rique pa­ri­sien, axe le plus em­prun­té d’Eu­rope. A quelques pas de la porte d’Ivry, la salle de con­trôle, gé­rée conjoin­te­ment par la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris et la mai­rie, re­trans­met 7 J/7 J et 24 heures/24 heures les images des deux boucles de 35 km qui en­tourent la ca­pi­tale. Re­por­tage dans ce poste de con­trôle unique.

99 CA­MÉ­RAS ET 750 CAP­TEURS

« Salle ra­dio du pé­ri­phé­rique bon­jour », an­noncent les agents en dé­cro­chant le té­lé­phone. C’est ici que les po­li­ciers re­çoivent les ap­pels émis de­puis les bornes orange d’ur­gence de la cein­ture pa­ri­sienne, ceux trans­fé­rés de­puis le nu­mé­ro d’ur­gence 17 ou les mes­sages ra­dio des équipes sur le ter­rain.

Et grâce aux 99 ca­mé­ras ré­par­ties sur le ré­seau, pas un cen­ti­mètre de bi­tume ne leur échappe. « Ou presque », mo­dère lé­gè­re­ment Guillain Mau­ry, de la mai­rie de Pa­ris. Un joys­tick per­met aux agents d’al­ter­ner au choix entre telle ou telle ca­mé­ra se­lon les be­soins et de zoo­mer pour voir jus­qu’aux nu­mé­ros de la plaque d’im­ma­tri­cu­la­tion. « Ça ar­rive que nous re­trou­vions quel­qu’un grâce à ce­la, oui », as­sure une po­li­cière. Au centre du mur d’écrans, le sy­nop­tique af­fiche éga­le­ment le tra­fic en temps réel : les por­tions des deux axes se co­lorent en vert, orange ou rouge, en fonc­tion des ra­len­tis­se­ments dé­tec­tés par les 750 boucles de comp­tage si­tuées dans la chaus­sée. Une tous les 500 m sous chaque voie. Ce sont elles qui en­voient au­to­ma­ti­que­ment le temps de par­cours aux pan­neaux à mes­sage va­riable.

En­fin, un der­nier écran de la salle de con­trôle in­dique le ni­veau en temps réel de la Seine : 110 cm lors de notre re­por­tage.

20 PANNES PAR JOUR, AU MOINS

Po­li­ciers comme agents de la mai­rie de Pa­ris l’af­firment : sur le pé­ri­phé­rique, « il n’y au­cune règle. Ça peut par­tir en vrille en quelques se­condes ». A com­men­cer par des pannes, les in­ci­dents les plus fré­quents. En moyenne 20 par jour. 11 h 45. Une dé­pan­neuse ap­pelle pour si­gna­ler un vé­hi­cule aban­don­né sur la qua­trième voie du pé­ri­phé­rique près de la porte de Saint-Ouen. La por­tion est dé­jà pas­sée orange-rouge sur l’écran. « Sou­vent, ce sont des gens en panne d’es­sence. Ils laissent la voi­ture et vont cher­cher un jer­ri­can à pied », pré­dit Pa­pi. En ef­fet, a peine une mi­nute plus tard, un homme au pull rouge ap­pa­raît à l’écran, bi­don à la main et s’avance tran­quille­ment vers la zone. Le té­lé­phone sonne à nou­veau. Le dé­pan­neur confirme qu’il s’agit du pro­prié­taire : « Si une pa­trouille s’était dé­pla­cée, nous au­rions pu le ver­ba­li­ser pour ar­rêt dan­ge­reux », ex­plique Ma­rie, de la po­lice.

TROIS AC­CI­DENTS MA­TÉ­RIELS QUO­TI­DIENS

En moyenne chaque jour, le périph connaît cinq ac­ci­dents, dont deux cor­po­rels : « La vi­tesse étant as­sez faible, c’est sou­vent de la tôle frois­sée », dé­taille Ma­rie. En cause bien sou­vent, la mé­con­nais­sance de la prio­ri­té à droite en en­trée. Ou en­core une voi­ture qui em­bou­tit celle qui la pré­cède suite à un ra­len­tis­se­ment et faute d’avoir lais­sé as­sez de dis­tance. Un opé­ra­teur zoome sur la sor­tie vers l’A 6 B. Alors que le tra­fic est fluide, une ca­mion­nette en­tre­prend une pé­rilleuse ma­noeuvre. Une marche ar­rière, pour ré­cu­pé­rer la branche de l’au­to­route qu’elle vient de ra­ter, man­quant de heur­ter quelques poids lourds… « Les gens ne se rendent pas compte des risques », sou­pire Ma­rie, sou­la­gée en le voyant par­tir vers l’A 6.

DÉPANNEURS PI­RATES ET AMBULANCIERS SANS PA­PIERS

10 h 42, une équipe de po­lice ap­pelle la salle. Elle ne sait que faire de l’am­bu­lance gy­ro­phares hur­lants, qu’elle vient d’ar­rê­ter. Le conduc­teur et son pas­sa­ger n’ont ni pa­piers, ni ordre de mis­sion : « C’est as­sez fré­quent… », ob­serve, la­co­nique, un po­li­cier, conseillant de lais­ser re­par­tir le vé­hi­cule en rai­son du pa­tient qui at­ten­dait à l’ar­rière. « Il y aus­si les dépanneurs pi­rates », sou­rient les agents. Des en­gins qui tournent au­tour de la boucle pa­ri­sienne en quête d’un vé­hi­cule échoué. « Tous les dépanneurs qui in­ter­viennent sur le périph doivent être agréés. L’agré­ment est ins­crit sur le vé­hi­cule. Mais des au­to­mo­bi­listes se font quand même avoir. »

D’ÉTON­NANTS PIÉ­TONS

« Le pé­ri­phé­rique, c’est un peu le XXIe ar­ron­dis­se­ment. On le gère comme tel, as­sure Lin­da. S’il n’y avait que des pannes et des ac­ci­dents, ce se­rait bien ». La veille, alors que le ther­mo­mètre frôle les 25 de­grés, Lin­da aper­çoit sur l’une des ca­mé­ras, une femme seule, d’une tren­taine d’an­nées, mar­cher sur le terre-plein cen­tral à hau­teur de porte de la Chapelle.

« Elle a réus­si à tra­ver­ser les quatre voies, elle a trou­vé un pa­re­chocs de voi­ture, a re­ti­ré ses vê­te­ments… et s’est al­lon­gée des­sus, nue ! Heu­reu­se­ment qu’elle était ca­chée des au­to­mo­bi­listes par le mu­ret », ra­conte l’opé­ra­trice, en­core éton­née mal­gré ses cinq an­nées d’an­cien­ne­té. Une équipe de po­lice se­cours est en­voyée. Elle dé­loge la jeune femme et lui de­man­de­ra de se rha­biller dans le ca­mion. « Porte de Chapelle, il y a beau­coup de toxi­co­manes dans le coin », note Lin­da.

Quelques jours avant, c’était une fa­mille de Roms, qui pro­fi­tant des em­bou­teillages, n’avait pas hé­si­té à faire la manche entre les voies du pé­ri­phé­rique.

CYGNES, PI­GEONS ET AUTRES ES­PÈCES LO­CALES

Il y a aus­si ces autres hôtes, moins at­ten­dus : « Les cygnes, af­firme Lin­da, no­tam­ment vers la porte d’Au­teuil. Je me sou­viens d’une am­bu­lance qui s’est même ar­rê­tée, en plein mi­lieu du tra­fic pour ra­mas­ser l’un d’eux ». Un jour, un au­to­mo­bi­liste a ap­pe­lé pour un pi­geon bles­sé : « Bon, là, on n’en­voie pas de pa­trouille », glissent les opé­ra­teurs.

Et de­puis l’au­tomne der­nier, du cô­té de la porte Do­rée, on peut même ob­ser­ver deux à trois mou­tons qui broutent pai­si­ble­ment la pe­louse des contre­bas du pé­ri­phé­rique. Cette fois, c’est bien dé­si­ré : il s’agit d’une ex­pé­ri­men­ta­tion de la mai­rie de Pa­ris qui teste ces ton­deuses éco­lo­giques.

Porte d’Ivry (Pa­ris XIIIe). Dans la salle de con­trôle du pé­ri­phé­rique, près de 80 écrans re­trans­mettent en temps réel les images des 99 ca­mé­ras pré­sentes sur les voies et dans les tun­nels du pé­ri­phé­rique.

En moyenne, le pé­ri­phé­rique connaît trois ac­ci­dents ma­té­riels quo­ti­diens. En 2008, par exemple, des mil­liers d’au­to­mo­bi­listes sont res­tés blo­qués pen­dant sept heures sur l’axe au ni­veau de la porte d’Ita­lie. Une ca­mion­nette ac­ci­den­tée et en feu trans­por­tait des bou­teilles d’oxy­gène li­quide sous pres­sion.

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