Les vé­ri­tés de Mgr Le­brun, ar­che­vêque de Rouen

En ce jour de Pâques, plus im­por­tante fête chré­tienne avec Noël, l’ar­che­vêque de Rouen nous a re­çus. Il a évo­qué le trau­ma­tisme de la pa­roisse où le père Ha­mel a été as­sas­si­né en juillet der­nier.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - À ROUEN (SEINE-MA­RI­TIME) JÉRÔME SAGE

PRO­POS RE­CUEILLIS PAR NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL AU­JOURD’HUI,

Mgr Le­brun cé­lé­bre­ra la messe de Pâques à la mai­son d’ar­rêt de Rouen, avant de par­tir pour le pèlerinage des jeunes à As­sise, en Ita­lie. L’ar­che­vêque de Rouen, 60 ans, est res­pon­sable de la pro­vince ec­clé­sias­tique de Nor­man­die, dans la­quelle a été com­mis le der­nier attentat meur­trier à ce jour sur notre sol, l’as­sas­si­nat en juillet der­nier du père Ha­mel par des dji­ha­distes. Ils nous a re­çus ven­dre­di dans son bu­reau de l’ar­che­vê­ché, ados­sé à la ca­thé­drale de Rouen, où voi­sinent livres an­ciens de théo­lo­gie et dos­siers contem­po­rains. En san­dales et col ro­main, il nous pré­pare en toute sim­pli­ci­té un ca­fé à la ca­fe­tière ita­lienne, do­sé se­lon les ha­bi­tudes de ses « an­nées ro­maines » (il a été di­rec­teur spi­ri­tuel de 1998 à 2001 du sé­mi­naire fran­çais de Rome), puis ré­pond sans am­bages à toutes nos ques­tions. Quel est le sens de Pâques, dans la France de 2017 ? Mgr LE­BRUN.

L’une des der­nières pa­roles de Jé­sus sur la croix, c’est : « J’ai soif. » J’ai l’im­pres­sion que la so­cié­té a soif, de paix, de jus­tice, de vé­ri­té, que le monde dit « je n’en peux plus » : la guerre, les in­éga­li­tés per­sis­tantes, comme celles aux­quelles sont confron­tées les as­so­cia­tions du dio­cèse au­près des dé­te­nus, des pros­ti­tuées, des ma­lades d’ad­dic­tions, des han­di­ca­pés, les gens sous-payés, au noir. Or je pense que les gens ont soif d’ave­nir… Pâques, c’est ça : ce­lui qui était dé­fi­gu­ré sur la croix va mon­trer une es­pé­rance nou­velle. Les chré­tiens sont at­ta­qués, comme ré­cem­ment les coptes d’Egypte… Quelles ré­ponses l’Eglise peut-elle ap­por­ter ? Ce sont des actes de bar­bares, com­mis au nom de Dieu. C’est le comble de l’athéisme plu­tôt que ce­lui de la re­li­gion. C’est s’ap­pro­prier Dieu. Se mêlent des rai­sons com­plexes, géo­po­li­tiques, mais il y a une at­taque très claire contre les chré­tiens, des sym­boles ont été dé­truits, comme les croix sur nos ca­thé­drales pen­dant la Ré­vo­lu­tion fran­çaise. Il y a une seule di­rec­tion : l’amour, le par­don et la fra­ter­ni­té. Dans mes re­la­tions aux autres, il peut m’ar­ri­ver d’être violent, au moins dans mon coeur. Mais les pa­roles de Jé­sus in­citent à ai­mer nos amis, mais aus­si nos en­ne­mis, y com­pris les as­sas­sins. Les mots du père Ha­mel juste avant d’être as­sas­si­né, « va-t’en Sa­tan », c’est ce qu’il dit : « Ce n’est pas toi, jeune homme, qui m’at­taque, c’est Sa­tan qui a pris pos­ses­sion de toi. » C’est ce dont l’Evan­gile parle, du « diable ayant pris pos­ses­sion de Ju­das ». Et il est pos­sible de prier pour Ju­das, pour que fi­na­le­ment, là où il est, il dise oui à l’amour et non à la haine. Le trau­ma­tisme de l’as­sas­si­nat du père Ha­mel est tou­jours là ? Cet as­sas­si­nat a été un choc violent pour les pa­rois­siens, en par­ti­cu­lier pour le cu­ré, le père Au­guste Moan­da, et les proches. La vie de la pa­roisse est bou­le­ver­sée. Elle ac­cueille comme une conso­la­tion les nom­breux té­moi­gnages de sym­pa­thie et d’es­time pour le père Ha­mel. En ces jours de Pâques, la dou­leur reste vive. Il faut du temps après une telle épreuve, d’au­tant plus que les nom­breuses sol­li­ci­ta­tions, qu’elles soient spi­ri­tuelles, mé­dia­tiques ou autres, sont conti­nuelles. Mais la com­mu­nau­té pa­rois­siale est sou­dée. Grâce à Dieu, avec l’aide du dio­cèse et de la com­mune, elle fait face et, pe­tit à pe­tit, se re­cons­truit. Concrè­te­ment, qu’est-ce qu’être chré­tien au­jourd’hui ? Ça se tra­duit par tout un tas de pe­tites choses, comme re­fu­ser que la pros­ti­tu­tion soit le plus vieux mé­tier du monde et un mé­tier d’ave­nir, ar­rê­ter d’ex­ploi­ter le corps des femmes pour une jouis­sance pas­sa­gère. Ça ne se fait pas dans la haine, ni des proxé­nètes, ni des usa­gers, ni des pros­ti­tuées. Les trois perdent leur di­gni­té, et sont ca­pables de mieux. Le po­li­tique a aus­si un rôle, nous sommes des per­sonnes sociales, il faut s’en­cou­ra­ger. De ce point de vue, la so­cié­té a re­cu­lé. C’est re­gret- table par exemple que l’adul­tère ait dis­pa­ru des lois. Il faut que la so­cié­té conti­nue à dire : « La fi­dé­li­té conju­gale, c’est su­per. » Ce n’est pas fa­cile. On peut tom­ber, on peut aus­si se re­le­ver. Mais on ne peut plus dire qu’avoir une maî­tresse, chan­ger de par­te­naire, c’est sans im­por­tance. Jus­te­ment, les évêques de France ont ré­cem­ment ap­pe­lé au « sens du po­li­tique », et le pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle est dans une se­maine… Je suis dans une pé­riode de ré­serve, et je n’ai pas à no­ter les pro­grammes. Ce que j’ob­serve, c’est qu’on re­tombe dans le lé­ga­lisme, qua­rante ans après l’« in­ter­dit d’in­ter­dire ». Ré­sul­tat : on aug­mente les normes, sauf sur les fon­da­men­taux. Re­vi­si­ter les 10 com­man­de­ments, ce se­rait in­té­res­sant. Tuer ? Avant 12 se­maines, on peut, après on ne peut pas, sans fon­de­ment scien­ti­fique (NDLR : Mgr Le­brun fait ré­fé­rence à l’avor­te­ment).

Vo­ler ? Du mo­ment qu’on est en règle avec le fisc, qu’on n’est pas pris, c’est bon. Res­pec­ter le jour du Sei­gneur ? Là, l’Eglise et la CGT sont d’ac­cord…

Rouen (Seine-Ma­ri­time), ven­dre­di. Mgr Le­brun, 60 ans, est res­pon­sable de la pro­vince ec­clé­sias­tique de Nor­man­die,

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