« La gauche s’est re­niée, tra­hie de toutes les ma­nières »

Le Parisien (Paris) - - FACE AUX ELECTEURS -

MAR­TINE BER­TRAND J’ai été syn­di­ca­liste pen­dant trente ans, j’ai tou­jours vo­té à gauche, et pour vous en 2012. Mais je suis une dé­çue de la gauche. Pen­sez-vous vrai­ment pou­voir convaincre des in­dé­cis comme moi de vo­ter pour vous ?

JEAN-LUC MÉ­LEN­CHON. Vous dites que vous êtes dé­çue de la gauche… mais moi, je n’ap­pelle même plus ça la gauche. Le pou­voir s’est re­nié, tra­hi de toutes les ma­nières pos­sibles. Il a fait des dé­gâts consi­dé­rables chez les gens qui leur fai­saient confiance de­puis tou­jours. Ça a gé­né­ré de l’an­goisse, du dé­goût, et des gens qui ne veulent plus vo­ter. J’es­saie de re­mon­ter la pente, mais en fai­sant autre chose : pas en ras­sem­blant les pe­tits et les gros groupes de gauche, mais en fé­dé­rant le peuple. La preuve que je ne me suis pas trom­pé, c’est les son­dages qui me donnent à 20 %. SO­PHIA GHAR­NOU­TI Re­gret­tez-vous de ne pas avoir fait al­liance avec Be­noît Ha­mon ? Je suis sur­tout très content de ne pas l’avoir fait ! Re­gar­dez où il en est… Be­noît Ha­mon n’est pas en cause, c’est un gar­çon in­té­res­sant et sym­pa­thique. Le pro­blème, c’est le PS. Je ne me sens pas ca­pable d’al­ler voir les gens en leur di­sant : te­nez, je vous les ra­mène, mais sous un autre em­bal­lage. MAT­THIEU MAR­CAIRE Mais n’y a-t-il pas une part d’ego dans votre re­fus ? Avoir quit­té le PS, or­ga­ni­sé la France in­sou­mise, ce se­rait juste une ques­tion d’ego ? Non, ce sont des pro­blèmes po­li­tiques de fond : Ha­mon veut faire une ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle avec des dé­pu­tés qui ont vo­té le contraire de ce qui est écrit dans notre pro­gramme. Je ne peux pas être cré­dible en abro­geant la loi El Khom­ri avec Mme El Khom­ri ! Ce gou­ver­ne­ment-là a rou­lé les gens dans la fa­rine, martyrisé les pauvres. MAR­TINE BER­TRAND Si di­manche pro­chain M. Ma­cron se re­trouve face à Mme Le Pen, vous don­nez des consignes de vote ? Ça ne se pro­dui­ra pas. Je se­rai au deuxième tour. Les yeux dans les yeux, vou­lez­vous vrai­ment être pré­sident ? Voi­là une drôle de ques­tion. Je n’ai pas la cul­ture du mi­no­ri­taire per­ma­nent. Quand je me pré­sente à une élec­tion, c’est pour la ga­gner. Je me com­porte comme un homme qui s’ap­prête à gou­ver­ner. Je connais bien mes dos­siers, si je suis élu à l’Ely­sée, je sau­rai exac­te­ment par quel bout com­men­cer. Ce­la n’a ja­mais été si près de se réa­li­ser, ce qui se­rait un évé­ne­ment mon­dial. J’en­tends ou je lis qu’on me dé­peint comme quel­qu’un d’ul­tra-ex­trême gauche. Si c’est le cas, je me de­mande ce que de­vient Pou­tou… Non, je ne suis pas d’ex­trême gauche. ÉRIC AN­GI­BOUST Vous gou­ver­nez avec qui ? Il y au­ra des élec­tions lé­gis­la­tives, et lo­gi­que­ment les Fran­çais me don­ne­ront une ma­jo­ri­té. Ceux qui vou­dront vien­dront mais sur un pro­gramme à ap­pli­quer. J’ai de quoi faire cinq, six gou­ver­ne­ments avec des gens qui sont dans tous les mé­tiers, et par­fai­te­ment ca­pables de di­ri­ger l’Etat. DA­VID DOR­MONT A part la po­li­tique, que faites-vous de votre peu de temps libre ? C’est for­mi­dable la po­li­tique, c’est une vraie pas­sion, une com­mu­nion avec la so­cié­té. Ça vous fait connaître des tas de choses, sur l’éco­no­mie, la géo­po­li­tique… à moi qui étais spé­cia­liste de la poé­sie du XVIe siècle. Si­non, je lis, j’ar­rache des ra­cines de ro­seaux quand je vais dans ma mai­son de cam­pagne. Et je des­sine, par­fois, à l’encre de Chine, des choses très simples : des per­sonnes, des corps, des gens qui se disent bon­jour en se tou­chant… les pe­tites beau­tés de la vie.

BE­NOÎT HA­MON N’EST PAS EN CAUSE, C’EST UN GAR­ÇON IN­TÉ­RES­SANT ET SYM­PA­THIQUE.

PS” LE PRO­BLÈME, C’EST LE

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