Avec les sol­dats de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle

DANSLESCOULISSESDEL’OPÉ­RA­TION

Le Parisien (Paris) - - LA UNE -

7 000 mi­li­taires sont mo­bi­li­sés en France dans le cadre de la lutte an­ti­ter­ro­riste. Nous les avons ac­com­pa­gnés sur le ter­rain.

constante et l’état d’ur­gence nous les ont ren­dus fa­mi­liers. Les mi­li­taires de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle, leurs treillis et leurs armes de guerre, se sont presque fon­dus dans le pay­sage sé­cu­ri­taire fran­çais. Di­manche pro­chain, ils ren­for­ce­ront le vaste dis­po­si­tif de 50 000 po­li­ciers et gen­darmes mo­bi­li­sés pour en­ca­drer et pro­té­ger le scru­tin du 1er tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle. Im­mer­sion avec ces sol­dats en mis­sion dans la ca­pi­tale.

La­nui­taé­té­cour­tea­prè­sun­dé­part de Bel­fort (Ter­ri­toire de Bel­fort) à 5 heures. Six heures trente plus tard, 88 sol­dats du 35e ré­gi­ment d’in­fan­te­rie (RI) étirent leurs muscles et posent leurs fu­sils d’as­saut sur le tar­mac de la base aé­rienne désaf­fec­tée de Bré­ti­gny-sur-Orge (Es­sonne). « Je vous de­mande cinq mi­nutes d’at­ten­tion les gaillards », em­braye un homme du ser­vice du com­mis­sa­riat des ar­mées (SCA), qui as­sure le sou­tien lo­gis­tique des troupes. « D’abord, vous pre­nez les gi­lets pare-balles et en­suite les casques. Vous vé­ri­fiez tout, vous êtes res­pon­sables du ma­té­riel », pour­suit l’homme qui fait face aux uni­tés ar­ri­vées ce ma­tin-là.

HUIT TITRES RES­TAU­RANT ET QUATRE PLACES DE CINÉMA

« Pen­dant une se­maine de re­lève comme celle-ci, entre les mon­tants et les des­cen­dants, on voit pas­ser de 3 000 à 4 000 per­son­nels, sou­ligne le com­mis­saire prin­ci­pal Gen­na­ro, du SCA. On doit être par­fai­te­ment or­ga­ni­sés parce qu’on ne peut pas se ra­ter. » A peine dé­bar­qués, voi­ci donc les nou­veaux ef­fec­tifs de Sen­ti­nelle di­rec­te­ment plon­gés dans le bain. En co­lonne — les pe­tits d’abord, les grands der­rière —, les mi­li­taires pé­nètrent dans un gi­gan­tesque han­gar et suivent le par­cours qui les mène de conte­neur en conte­neur pour per­ce­voir leur ma­té­riel. La der­nière étape n’est pas la plus désa­gréable puis­qu’il s’agit de prendre pos­ses­sion du pack « wel­fare » (« bie­nêtre » en an­glais) avec huit titres res­tau­rant et quatre places de cinéma, his­toire de pro­fi­ter (un peu) de ce sé­jour pa­ri­sien. Un food truck avec ca­fé, barre de cé­réales et muf­fin per­met d’agré­men­ter l’at­tente.

En car, les sol­dats sont en­suite em­me­nés vers leur camp de base pour les deux mois à ve­nir. Pour les uni­tés du 35e RI — une ma­jo­ri­té d’hommes plu­tôt jeunes —, ce se­ra l’îlot Saint-Ger­main, l’an­cien site du mi­nis­tère de la Dé­fense, à deux pas de l’As­sem­blée na­tio­nale, re­con­ver­ti en lieu de vie. L’ad­ju­dant Gar­ry, ar­ri­vé en re­pé­rage la veille, fait la vi­site aux chefs de groupe. Ici, quatre pièces trans­for­mées en salle de mus­cu­la­tion, ma­té­riel neuf à la clé. Là, au bout d’un cou­loir à la mo­quette éli­mée, une salle de les­sive. A l’étage, les an­ciens bu­reaux trans­for­més en dor­toirs avec vue im­pre­nable sur le bou­le­vard Saint-Ger­main. Pour de nom­breux sol­dats rom­pus à Sen­ti­nelle, le lieu est dé­jà fa­mi­lier : c’est là qu’ils s’étaient ins­tal­lés l’an der­nier pour leur pré­cé­dente mis­sion. Pas pour le 1r classe Pierre-Ma­rie, 20 ans, ren­tré dans l’ar­mée il y a moins d’un an. « C’est ma pre­mière ma­noeuvre. Ça me per­met de sor­tir du ré­gi­ment, je suis pres­sé de com­men­cer », confie-t-il dans la cour du bâ­ti­ment, prêt à dé­char­ger les can­tines de ma­té­riel.

Jeu­di ma­tin, après une nou­velle nuit écour­tée et un crois­sant, place à la mis­sion, la vraie. Celle pour la­quelle, rap­pelle le ser­gent Pierre qui en est à sa 5e, les sol­dats ont au préa­lable ra­fraî­chi leur for­ma­tion sur le se­cours au­com­bat,les­tech­ni­ques­de­lé­gi­time dé­fense, le tir et le droit. Dès 6 h 30, les sol­dats du 35e RI in­ves­tissent les rues du IXe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, l’un des trois sec­teurs qui leur ont été at­tri­bués avec le IIIe et le IVe.

UN CONTACT RA­DIO PER­MA­NENT AVEC LA PO­LICE

A 9 h 30, le qua­tuor du ser­gent Pierre s’ex­trait du lo­cal de re­pos mis à dis­po­si­tion par la mai­rie. Rue Drouot, bou­le­vard Hauss­mann, rue Laf­fitte… les sol­dats, l’oeil vif et le fu­sil-mi­trailleur à la main, dé­am­bulent dans les rues de cet ar­ron­dis­se­ment fré­quen­té. Un contact ra­dio est éta­bli en per­ma­nence avec la po­lice.

« On passe par plu­sieurs points fixes comme les écoles ou les lieux de la com­mu­nau­té is­raé­lite, mais on est libres de notre cir­cuit, in­dique-til. Le par­cours est aléa­toire et change tous les jours pour qu’on ne soit pas pré­vi­sibles. » Un iti­né­raire dy­na­mique qui per­met de lut­ter contre la rou­tine et l’en­nui. « C’est im­por­tant car les sol­dats ont be­soin de conser­ver l’es­prit chas­seur, de tou­jours être sur le qui-vive », ap­puie le ca­pi­taine Hen­ri, le com­man­dant de l’uni­té. Les pas­sants ne s’étonnent plus tant ces

LE 1re CLASSE PIERRE-MA­RIE, 20 ANS, DONT C’EST LA PRE­MIÈRE MIS­SION ÇA ME PER­MET DE SOR­TIR DU RÉ­GI­MENT, JE SUIS PRES­SÉ DE COM­MEN­CER

pa­trouilles font dé­sor­mais par­tie du pay­sage. De l’avis de tous les mi­li­taires, la tension est moindre pour Sen­ti­nelle que lors d’une opé­ra­tion ex­té­rieure, en Cen­tra­frique ou en Afghanistan par exemple. Les agres­sions du Louvre et d’Or­ly n’ont, semble-t-il, pas mo­di­fié cette per­cep­tion. « On est là pour pro­té­ger et ras­su­rer la po­pu­la­tion mais aus­si pour dis­sua­der les en­ne­mis. S’il se passe quelque chose, on est en­traî­nés pour ré­agir en consé­quence », rap­pelle so­bre­ment le 1re classe Maxime tan­dis que la pa­trouille sta­tionne de­vant la sy­na­gogue de la rue Saul­nier.

A 10 heures, l’an­nonce de la mort d’un sol­dat fran­çais au Ma­li cré­pite sur les té­lé­phones et rap­pelle que le dan­ger est — sur­tout — ailleurs. « Ça fait vrai­ment mal », souffle le ca­po­ral­chefCh­ris­tian.Sans­ja­mais­quit­terdes yeux les rues du IXe ar­ron­dis­se­ment.

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