Les Turcs disent un oui ti­mide à Er­do­gan

Le oui au ré­fé­ren­dum, qui doit ren­for­cer les pou­voirs du pré­sident, est ar­ri­vé en tête. L’op­po­si­tion conteste.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE -

Re­cep Tayyip Er­do­gan a d’ores et dé­jà fé­li­ci­té les par­ti­sans d’une ré­forme qui doit le trans­for­mer en hy­per­pré­sident, sa­luant une « dé­ci­sion his­to­rique ». Peu après, il a évo­qué la pos­si­bi­li­té d’or­ga­ni­ser un nou­veau ré­fé­ren­dum, cette fois-ci sur le ré­ta­blis­se­ment de la peine ca­pi­tale, une initiative qui son­ne­rait le glas du pro­ces­sus d’adhé­sion de la Tur­quie à l’Union eu­ro­péenne.

Le Haut-Conseil élec­to­ral a confir­mé hier soir la vic­toire du oui au ré­fé­ren­dum avec 51,37 % contre 48,63 %. Un ré­sul­tat ser­ré donc, que les deux prin­ci­paux par­tis d’op­po­si­tion contestent. Ils re­mettent en cause des bul­le­tins ne com­por­tant pas le tam­pon of­fi­ciel re­quis et pour­tant va­li­dés par la com­mis­sion élec­to­rale. Le CHP (Par­ti ré­pu­bli­cain du peuple), craint même qu’un sys­tème de fraude ait ain­si été mis en place et exige un nou­veau dé­compte. Les au­to­ri­tés ont « je­té une ombre sur la dé­ci­sion de la na­tion », es­time Ke­mal Ki­li­ç­da­ro­glu, lea­deur du CHP. Tout comme le HDP (dont de nom­breux cadres sont der­rière les bar­reaux) qui évoque sur Twit­ter une « ma­ni­pu­la­tion de 3 à 4 points de pour­cen­tage ».

A Is­tan­bul, mé­ga­lo­pole où le chef de l’Etat a com­men­cé sa car­rière po­li­tique comme maire, c’est le non qui l’em­por­te­rait lar­ge­ment. Un désa­veu. Dans le quar­tier de To­phane, ré­pu­té conser­va­teur, une femme avec son voile à fleurs chu­chote de­puis son pe­tit com­merce qu’elle s’op­pose au chan­ge­ment de la Cons­ti­tu­tion mais ne sou­haite pas que ses voi­sins soient au cou­rant.

UN CONTEXTE « AB­SURDE »

D’autres ont clai­re­ment af­fir­mé leur op­po­si­tion au texte ain­si qu’au contexte de ces élec­tions. « Le cli­mat gé­né­ral est ab­surde, mais on s’est ha­bi­tués », re­con­naît Hu­seyin, pro­prié­taire d’une boîte de nuit, blou­son en cuir et che­veux hir­sutes, dans les rues bran­chées de Ci­han­gir. Il es­père que les pres­sions ac­tuelles fe­ront « com­prendre aux gens la va­leur de la dé­mo­cra­tie ». En contre­bas, à l’en­trée d’une école, une ci­toyenne évoque di­rec­te­ment un contexte « au­to­ri­taire » et des ju­ge­ments « ar­bi­traires ». « On ne veut pas de la dic­ta­ture c’est tout ! » ose-t-elle en pleine rue, tout en re­qué­rant l’ano­ny­mat.

Dans le même ar­ron­dis­se­ment, un groupe d’amis s’est fiè­re­ment pris en photo après avoir dé­po­sé leur bul­le­tin dans l’urne. Le texte « ac­cé­lé­re­ra les dé­ci­sions bu­reau­cra­tiques », en par­ti­cu­lier en ma­tière de ter­ro­risme, est per­sua­dé Re­sat, pour qui « les op­po­sants qui sont en pri­son ac­tuel­le­ment ont fait de la pro­pa­gande ter­ro­riste ». Leurs pro­cès ne sont tou­te­fois pas ter­mi­nés. « C’est un jour im­por­tant qui dé­ter­mi­ne­ra l’ave­nir de no- tre peuple », sou­rit de son cô­té Ser­kan Uzum­cu en poin­tant fiè­re­ment du doigt le mi­li­taire peint sur un mur.

« Le sys­tème par­le­men­taire, on ne l’a pas vou­lu, il nous vient d’Eu­rope », es­time sans sour­ciller Mu­ham­met Şi­rin, res­pon­sable du par­ti AKP (au pou­voir) dans le quar­tier de Be­sik­tas. Et de ren­ché­rir : « On vient de l’Em­pire ot­to­man, on a do­mi­né le monde pen­dant 600 ans, mais au­jourd’hui on n’est plus ca­pables de se do­mi­ner nous­mêmes, et le monde s’op­pose à notre chan­ge­ment de sys­tème. »

Is­tan­bul (Tur­quie), hier. Les par­ti­sans du « oui » se sont fé­li­ci­tés de la vic­toire.

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