La pop chré­tienne tou­chée par la grâce

Dans leurs textes, ils mettent en avant leur foi chré­tienne. Peu ex­po­sés mé­dia­ti­que­ment, des ar­tistes comme le père Michel-Ma­rie ou Gré­go­ry Turpin surfent pour­tant sur les ventes.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR ÉRICBUREAU

Trois disques et trois mil­lions d’al­bums pour les Prêtres, 200 000 pour « Thé­rèse », 45 000 al­bums pour Gré­go­ry Turpin, 10 000 en deux se­maines pour le père Michel-Ma­rie… Ils font des mi­racles. Pour­tant peu ex­po­sés dans les mé­dias, contrai­re­ment aux mu­si­ciens amé­ri­cains qui ont leur clas­se­ment de ventes et leurs ra­dios, ces chan­teurs chré­tiens ont su tou­cher en France un pu­blic au-de­là des croyants en mê­lant textes re­li­gieux et pro­fanes, en sor­tant des églises. Ex­pli­ca­tions.

MICHEL-MA­RIE, UN PHÉ­NO­MÈNE EN SOUTANE

On l’a peu vu à la télé, peu en­ten­du à la ra­dio et peu lu dans la presse. Et pour­tant, le père Michel-Ma­rie est en­tré dé­but avril à la 17e place — 3e nou­veau­té — au top des ventes d’al­bums, et a ven­du 10 000 al­bums en deux se­maines. Après avoir pla­cé 6 000 cof­frets de ses ho­mé­lies (des lec­tures de textes bi­bliques), ce prêtre de 58 ans fait un sur­pre­nant dé­mar­rage avec son pre­mier disque, « Bon­jour la vie ! », treize chan­sons qu’il a écrites, com­po­sées et en­re­gis­trées « à l’an­cienne », avec comme ré­fé­rences Charles Tre­net et Yves Mon­tand.

Ce cu­ré au charisme et au ba­gou de pré­di­ca­teur n’est pas un nou­veau ve­nu. An­cien chan­teur de ca­ba­ret pa­ri­sien, or­don­né prêtre à 40 ans, il a dé­jà fait beau­coup par­ler de lui à Mar­seille en at­ti­rant des foules dans ses messes. « Un show, mais pas pour au­tant su­per­fi­ciel, pré­cise le père Michel-Ma­rie Za­not­ti-Sor­kine, de son vrai nom. Si les églises étaient pleines, je ne se­rais peu­têtre pas là. Je pense qu’il faut re­mettre le prêtre dans la so­cié­té, qu’il faut tou­cher le plus grand nombre, en ex­plo­rant de nou­velles voies. »

Seule­ment voi­là, sa hié­rar­chie n’ap­pré­cie pas. « Elle n’a pas com­pris ma dé­marche d’ou­ver­ture ni mon hu­mour, re­grette-til. J’avais ou­vert une pe­tite bou­tique où nous ven­dions un par­fum nom­mé Parce que mon

cu­ré aime. » « Re­cueilli » par Mgr Di Fal­co, l’évêque de Gap et ins­ti­ga­teur des Prêtres, il est re­ve­nu à la mu­sique et à Pa­ris. « Je n’ai plus de pa­roisse at­ti­trée, mais je ren­contre beau­coup de monde, sou­rit-il. J’ai écrit mon deuxième al­bum, je tra­vaille sur le troi­sième, je pré­pare ma pre­mière tour­née… » Elle dé­bu­te­ra le 29 oc­tobre au pa­lais des Congrès de Pa­ris, et de­vrait faire l’im­passe sur les églises.

GRÉ­GO­RY TURPIN TISSE SA TOILE…

C’est lui qui est à l’ori­gine de « Thé­rèse, vivre d’amour », l’al­bum com­po­sé en 2013 par Grégoire et chan­té par Na­ta­sha StPier, sur des textes de sainte Thé­rèse de Li­sieux. De­puis, il a été « le pre­mier ar­tiste chré­tien » si­gné par le la­bel Uni­ver­sal, a sor­ti deux al­bums — ven­dus à plusde30000exem­plaires—,et écrit un livre sur son par­cours pour le moins aty­pique (40000 exem­plaires écou­lés).

Cet Arié­geois de 36 ans re­vient de loin : « J’ai dé­cou­vert la foi ado­les­cent, je suis en­tré au Car­mel à 18 ans, mais j’avais la san­té fra­gile, et j’en suis sor­ti au bout d’un an. J’ai chan­té dans les pia­nos-bars pen­dant quatre ans, mais je suis tom­bé ac­cro à la co­caïne et j’ai fait une dé­pres­sion. La mu­sique et Dieu m’ont sau­vé. Je fais une qua­ran­taine de concerts par an, j’ai fait deux Tria­non,unO­lym­pia,j’ani­medes veillées de prière. »

Gré­go­ry Turpin est aus­si très oc­cu­pé par son la­bel de mu­sique et de livres chré­tiens, Pre­mière Par­tie — qui compte une di­zaine d’ar­tistes, dont un pas­teur rap, un phi­lo­sophe… —, ou dis­tri­bue les livres du chan­teur du groupe mé­tal Korn… « Il y a une qua­ran­taine d’ar­tistes chré­tiens en France, mais nous ne sommes que cinq ou six à en vivre, es­time-t-il. Il y a les groupes Glo­rious et Ho­pen, qui chantent des louanges dans un style po­prock, le groupe reg­gae les Guet­teurs… Les chré­tiens ont trop long­temps dé­ser­té la cul­ture. Il est temps de se la ré­ap­pro­prier. »

« En France, on s’ex­cuse d’être chré­tiens, on a un com­plexe par rap­port à la foi, re­grette Gré­go­ry Turpin. Aux Etats-Unis, au Bré­sil, les­chan­teur­schré­tiens­son­tin­vi­tés par­tout, jouent par­tout, vendent énor­mé­ment. En France, on passe par les ré­seaux chré­tiens, les ma­ga­zines, le ré­seau des li- brai­ries la Pro­cure, les ventes par correspondance, les ra­dios… Car les ra­dios gé­né­ra­listes ont peur du­pro­sé­ly­tisme.Mais­la­nou­velle gé­né­ra­tion me pa­raît plus ou­verte et les ré­seaux so­ciaux nous aident. On sor­ti­ra peut-être un jour de notre niche. »

VA­LÉ­RIE MI­CHE­LIN CROIT EN EUX

Der­rière les suc­cès des Prêtres, de « Thé­rèse » et le lan­ce­ment du père Michel-Ma­rie, il y a une femme, Va­lé­rie Mi­che­lin, agent de stars aus­si di­verses que Cé­line Dion, Yan­nick Noah, Amir, Tal ou Idir. « Et non croyante, sou­ri­telle. Si j’ai cru en ces pro­jets et s’ils connaissent le suc­cès, c’est parce qu’ils sont sin­cères et portent des va­leurs qui dé­passent la re­li­gion : l’amour, la gé­né­ro­si­té, le par­tage, la so­li­da­ri­té. »

« Deux ans après, on re­çoit tous les jours des lettres pour les Prêtres, ra­conte Va­lé­rie Mi­che­lin. Il y a une grande de­mande d’un pu­blic qui vit hors de Pa­ris, sou­vent dans la France ru­rale, dans les vil­lages éloi­gnés, et qui aime les chan­sons bien écrites et leurs mes­sages. Mal­heu­reu­se­ment, les chan­teurs chré­tiens sont très peu re­çus par les mé­dias, qui les jugent rin­gards ou se drapent der­rière la laï­ci­té. La soutane est mal vue à la télé. »

MA HIÉ­RAR­CHIE N’A PAS COM­PRIS MA DÉ­MARCHE D’OU­VER­TURE NI MON HU­MOUR” PÈRE MICHEL-MA­RIE EN FRANCE, ON A UN COM­PLEXE PAR RAP­PORT

FOI” À LA GRÉ­GO­RY TURPIN IL Y A UNE GRANDE DE­MANDE D’UN PU­BLIC QUI VIT HORS DE PA­RIS, SOU­VENT DANS LA FRANCE RU­RALE” VA­LÉ­RIE MI­CHE­LIN

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