Le­ré­gi­mean­glais bien­plus­dur

Le Parisien (Paris) - - PRESIDENTIELLE 2017 - LI­LAS-APOLLONIA FOUR­NIER

IMA­GI­NEZ Brian, 32 ans, ser­veur dans un pub lon­do­nien de­puis cinq ans. Du jour au len­de­main, il est licencié. Il va alors suivre le par­cours de tout chô­meur bri­tan­nique. Dans les deux jours, il dé­croche un pre­mier ren­dez-vous au Job­centre Plus, l’équi­valent de Pôle em­ploi. Dans la salle d’at­tente, un in­gé­nieur pa­tiente. Ils tou­che­ront tous deux la même al­lo­ca­tion de 400 € par mois pen­dant six mois. Car en An­gle­terre, un cadre et un ou­vrier touchent la même « prime ». En France, elle est fonc­tion du der­nier sa­laire. Retour au Job­centre où Brian est ar­ri­vé pile à l’heure. Heu­reu­se­ment, car dix mi­nutes de re­tard et ses al­lo­ca­tions au­raient pu être cou­pées ! « A la pre­mière en­tre­vue, le chô­meur s’en­gage à cher­cher du tra­vail, ex­plique Len Sha­ck­le­ton, pro­fes­seur d’éco­no­mie à l’uni­ver­si­té de Bu­ckin­gham. Toutes les deux se­maines, il doit prou­ver qu’il pros­pecte ac­ti­ve­ment 35 heures par se­maine ou qu’il s’est ren­du à un en­tre­tien d’em­bauche. » Sur le site du Pôle em­ploi an­glais, les connexions et les clics sont d’ailleurs en­re­gis­trés.

Pen­dant trois mois, Brian doit pos­tu­ler à des offres cor- re­spon­dant à son an­cien job. « Les al­lo­ca­tions peuvent être sus­pen­dues, jus­qu’à trois ans, si la per­sonne re­fuse une an­nonce adé­quate ou si elle n’as­siste pas à une for­ma­tion obli­ga­toire », ex­plique Len Sha­ck­le­ton.

A par­tir de la trei­zième se­maine, on plonge dans l’am­biance du film de Ken Loach pri­mé à Cannes « Moi, Da­niel Blake », dans le­quel un chô­meur su­bit les mé­thodes in­hu­maines d’un opé­ra­teur du Job­centre. Ce der­nier peut « exer­cer une pres­sion sur Brian afin qu’il ac­cepte n’im­porte quel job dit ap­pro­prié », confirme le pro­fes­seur d’éco­no­mie. En France, même après plus d’un an, Pôle em­ploi laisse en­core le chô­meur cher­cher dans son sec­teur...

Très strict, le ré­gime an­glais semble aus­si plus ef­fi­cace. Mais si, cô­té face, le Royau­meU­ni connaît un taux de chô­mage de 4,7 % contre 10 % en France, cô­té pile, le mar­ché de l’em­ploi y est sy­no­nyme d’em­plois pré­caires. Au­jourd’hui, plus d’un mil­lion de tra­vailleurs sont em­ployés sans ga­ran­tie d’un nombre d’heures mi­ni­mal et au sa­laire le plus bas de 7,30 € de l’heure, au lieu d’un smic ho­raire de 9,80 € de ce cô­té-ci de la Manche.

Le Job­centre Plus est l’équi­valent bri­tan­nique de Pôle em­ploi. Les condi­tions d’in­dem­ni­sa­tion des chô­meurs y sont bien moins avan­ta­geuses qu’en France.

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