Les es­pèces me­na­cées en manque de ré­serves

Nor­ma­le­ment, dans les sites na­tu­rels clas­sés au Pa­tri­moine de l’Unes­co, les bêtes ne peuvent être bra­con­nées ou chas­sées. Et pour­tant, si ! C’est ce que dé­voile un rap­port du WWF.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

LE PARC NA­TIO­NAL d’Ujung Ku­lon (In­do­né­sie) pos­sède non seule­ment la plus belle et la plus vaste fo­rêt de plaine qui sub­siste sur l’île de Ja­va mais forme sur­tout le der­nier re­fuge d’une soixan­taine de rhi­no­cé­ros, gra­ve­ment me­na­cés d’ex­tinc­tion. C’est no­tam­ment ce qui a va­lu à ce site na­tu­rel ex­cep­tion­nel de fi­gu­rer sur la liste du Pa­tri­moine mon­dial de l’Unes­co. Mais ce clas­se­ment n’ar­rête mal­heu­reu­se­ment ni les balles des bra­con­niers ni les tron­çon­neuses. D’après un rap­port pu­blié par l’as­so­cia­tion WWF, que nous dé­voi­lons, près de 30 % des sites clas­sés au Pa­tri­moine mon­dial sont me­na­cés par le bra­con­nage, l’ex­ploi­ta­tion fo­res­tière et la pêche illé­gale.

«Mon­dia­le­ment connus pour la ri­chesse de leur bio­di­ver­si­té, ces sites clas­sés abritent des mil­liers de plantes et d’es­pèces rares, sou­ligne la pre­mière or­ga­ni­sa­tion mon­diale de pro­tec­tion de la na­ture. Par exemple, près d’un tiers des tigres à l’état sau­vage vivent dans ces sites. » Mais « le pré­lè­ve­ment illé­gal » d’es­pèces convoi­tées par les tra­fi­quants « com­pro­met l’in­té­gri­té d’une par­tie des zones na­tu­relles plus em­blé­ma­tiques ».

FORÊTS EN DAN­GER, ÉLÉPHANTS MASSACRÉS…

Le WWF cite no­tam­ment « les forêts hu­mides de l’At­si­na­na­na à Ma­da­gas­car, me­na­cées par le com­merce du bois de rose et de l’ébène, ou la ré­serve de gi­bier de Se­lous, en Tan­za­nie, tou­chée par le bra­con­nage de l’élé- phant ». «Le clas­se­ment au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té sou­ligne le cô­té uni­ver­sel, la va­leur in­es­ti­mable d’un site na­tu­rel pour nous et les gé­né­ra­tions fu­tures, et ce­la in­clut les ani­maux qui y vivent, sou­ligne Sté­phane Rin­guet, res­pon­sable du pro­gramme com­merce des es­pèces me­na­cées au WWF France. Mais même au coeur de ces sites cen­sés être des re­fuges, des bas­tions pour la faune sau­vage, on voit bien que le clas­se­ment Unes­co n’est pas une sa­cro-sainte pro­tec­tion. » L’as­so­cia­tion es­time que le tra­fic des es­pèces sau­vages me­nace dé­sor­mais la qua­si-to­ta­li­té des 18 sites fi­gu­rant sur la liste du Pa­tri­moine mon­dial en pé­ril. « Le bra­con­nage des éléphants sé­vit ain­si dans plus de 60 % des sites du Pa­tri­moine mon­dial abri­tant des éléphants d’Afrique et d’Asie, sou­ligne le rap­port. En Tan­za­nie, la ré­serve de Se­lous a per­du près de 90 % de ses éléphants de­puis son ins­crip­tion en 1982. » En moyenne, six pa­chy­dermes y ont dis­pa­ru chaque jour entre 2010 et 2013.

L’ex­ploi­ta­tion fo­res­tière illé­gale met aus­si de nom­breuses es­pèces en dan­ger et fa­ci­lite l’ac­cès aux bra­con­niers. «A Ma­da­gas­car, plus de 90 % des lé­mu­riens se trouvent à pré­sent au bord de l’ex­tinc­tion pour cette rai­son », in­dique le WWF.

En­fin, si les ani­maux sont les pre­mières vic­times des tra­fics, le WWF es­time qu’entre 2009 et 2016 au moins « 595 gardes fo­res­tiers ont été tués dans l’exer­cice de leurs fonc­tions ».

La ré­serve de Se­lous, en Tan­za­nie, a per­du près de 90 % de ses éléphants de­puis son ins­crip­tion au Pa­tri­moine mon­dial de l’Unes­co, en 1982.

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