A qui ce­la pro­fite

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - MY­RIAM ENCAOUA @My­ria­men­caoua

LE PHÉ­NO­MÈNE est com­plexe. Contrai­re­ment aux idées re­çues, l’abs­ten­tion ne pro­fite pas for­cé­ment au FN. Certes, Ma­rine Le Pen bé­né­fi­cie d’un socle plus fort que ja­mais : 85 % des Fran­çais qui sou­haitent vo­ter pour elle sont sûrs de leurs choix. Mais c’est au sein de son élec­to­rat qu‘il y a le plus d’abs­ten­tion­nistes. « Il existe une so­cio­lo­gie de l’abs­ten­tion. Plus vous mon­tez dans l’échelle so­ciale, moins vous vous abs­te­nez. Les jeunes, les moins di­plô­més, les plus fra­giles vont avoir ten­dance à s’abs­te­nir plus que les autres », ex­plique Bru­no Cau­très, po­li­to­logue au Ce­vi­pof, le centre de re­cherches politiques de Sciences-po. Cet élec­to­rat de pré­caires cor­res­pond jus­te­ment à ce­lui de la can­di­date FN. « Avec 30 % à 35 % des in­ten­tions de vote chez les moins de 35 ans. Ces jeunes non di­plô­més, sur­re­pré­sen­tés dans l’élec­to­rat du FN, sont aus­si les élec­teurs qui s’abs­tiennent le plus. Une faible par­ti­ci­pa­tion le 23 avril peut donc nuire au FN », ana­lyse Cé­line Bra­con­nier, di­rec­trice de Sciences-po Saint-Ger­main-en-Laye et co­au­teure de « la Dé­mo­cra­tie de l’abs­ten­tion ».

Mais il existe aus­si une di­men­sion po­li­tique à ce re­jet des urnes. Le ba­ro­mètre du Ce­vi­pof sur la confiance po­li­tique dresse un ta­bleau très sombre de la si­tua­tion. Et le cli­mat des af­faires n’ar­range rien. François Fillon peut tout de même se ras­su­rer sur un point : « Son élec­to­rat nour­ri, en grande par­tie, par les per­sonnes âgées est le moins en­clin de tous à s’abs­te­nir », pour­suit Cé­line Bra­con­nier. L’an­cien Pre­mier mi­nistre au­rait moins à perdre que les autres face au risque de l’abs­ten­tion.

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