Sau­ve­ta­ge­sen­sé­rieau­lar­ge­de­laLi­bye

Des mil­liers de mi­grants ont été se­cou­rus en quelques jours en Mé­di­ter­ra­née. Les ONG et leurs ba­teaux risquent d’être dé­bor­dés par ce flux de l’exil qui ne se ta­rit pas.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - PASCALE ÉGRÉ

que la mer s’apaise sous une mé­téo pro­pice, des em­bar­ca­tions sur­char­gées d’hommes, de femmes et d’en­fants s’élancent… Par­tis de Li­bye, des mil­liers de mi­grants en­tas­sés sur des ca­nots ont été se­cou­rus ces der­niers jours en Mé­di­ter­ra­née. Quelque 2 000 ven­dre­di, no­tam­ment grâce aux na­vires de Mé­de­cins sans fron­tières (MSF). A eux seuls, l’« Aqua­rius » et le « Pru­dence » ont re­cueilli ce jour-là près de 1 200 per­sonnes, dé­plo­rant la mort d’un ado­les­cent. Sa­me­di, se­lon les gardes-côtes ita­liens, qui co­or­donnent les se­cours en mer, 4 500 autres l’ont été lors de 35 opé­ra­tions de sau­ve­tage. Di­manche, 2 000 autres mi­grants né­ces­si­taient de l’aide…

Après la dé­cou­verte des corps sans vie de sept d’entre eux, dont ce­lui d’un pe­tit gar­çon d’en­vi­ron 8 ans, sur un ca­not en pé­ril, par des se­cou­ristes mal­tais du MOAS (Mi­grant Off­shore Aid Sta­tion), les ONG ont lan­cé un cri d’alarme. « Les ba­teaux des autres ONG étant plus pe­tits que les nôtres, ils n’ont pas pu pren­dre­tout­le­monde,ex­pli­queE­mi­lie Du­buis­son, res­pon­sable plai­doyer re­cherche et sau­ve­tage chez MSF, ac­tuel­le­ment à bord du Nous, ONG, nous re­trou­vons seules à faire du se­cours en mer ! Seules à pal­lier les consé­quences dra­ma­tiques des politiques mi­gra­toires de l’Union eu­ro­péenne (UE) ! », s’in­digne-t-elle. « Où sont les na­vires de Fron­tex ? », in­ter­roge MSF sur son fil Twit­ter dé­dié (@MSF_Sea), en ré­fé­rence au rôle contro­ver­sé de l’agence eu­ro­péen­ne­de­ges­tion­des­fron­tières. La Mé­di­ter­ra­née pour ci­me­tière… En 2016, le nombre de morts ou de dis­pa­rus au large de la Li­bye a at­teint les 5 000 per­sonnes, se­lon l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale pour les mi­gra­tions (OIM). Les trois pre­miers mois de 2017, près de 600 ont pé­ri et 97 autres ont été si­gna­lés dis­pa­rus le 13 avril au large de Tri­po­li. Fuyant le chaos li­byen, en proie à la guerre ci­vile de­puis 2011, des mil­liers d’autres, ori­gi­naires d’Afrique sub­sa­ha­rienne pour la plu­part, s’ap­prêtent à ten­ter de ral­lier l’Ita­lie — une tra­ver­sée de 300 km au plus court. Les der­niers chiffres du Haut-com­mis­sa­riat aux ré­fu­giés (HCR) montrent que ce flux ne se ta­rit pas : 27 000 mi­grants ont dé­bar­qué en Ita­lie de­puis dé­but 2017 (30 % de plus qu’en 2016, se­lon Fron­tex). De­puis la si­gna­ture du pacte mi­gra­toire UE-Tur­quie, il y a un an, les ar­ri­vées en Eu­rope via la pro­tec­tion des po­pu­la­tions à Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal (AI). « Les mi­grants qui tombent aux mains des pas­seurs sont sys­té­ma­ti­que­ment vic­times de mal­nu­tri­tion, de sé­vices sexuels, et ils su­bissent même des meurtres », consta­tel’OIM,quia­pu­blié­mar­di des té­moi­gnages de mi­grants ré­duits en es­cla­vage ou kid­nap­pés puis li­bé­rés en échange d’une ran­çon. « Cer­tains se re­trouvent contraints et for­cés d’em­bar­quer

», sou­ligne Jean-François Du­bost, qui dé­nonce l’aveu­gle­ment de l’Eu­rope sur­ces­drames.

Par­mi les 649 per­sonnes re­cueillies ven­dre­di par le « Pru­dence », cer­taines por­taient les stig­mates des vio­lences su­bies. « Des ci­ca­trices, des brû­lures… », dé­crit Emi­lie Du­buis­son. Se­cou­ru par l’« Aqua­rius » en fé­vrier, Jo­na­than, un Ni­gé­rian de 17 ans, avait ra­con­té son cal­vaire à un mé­dia­teur de MSF : sé­ques­tré deux mois, il a été bat­tu, at­ta­ché avec un câble en fer aux che­villes et aux poi­gnets, brû­lé à la ci­ga­rette et au cha­lu­meau… Voi­là pour­quoi ce jeune homme, par­ti de son pays plus de trois ans au­pa­ra­vant, a re­pris le che­min de l’exil.

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