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Le Parisien (Paris) - - ÉCO -

e ne sais pas ce que c’est d’être en­fant. Par­fois, de­vant la glace, je pleure de joie parce que j’ai réus­si. » On­kar Singh, en­tre­pre­neur de 24 ans, vient de loin. A 7 ans, son père violent et sa mère le font tra­vailler dans les champs de blé et de riz. Il en garde une ci­ca­trice de mor­sure de ser­pent à la main droite. A 13 ans, il « quitte la mi­sère » du Pend­jab, pro­vince du nord de l’Inde, pour « une vie meilleure ». A son ar­ri­vée à Pa­ris, l’ado­les­cent se dé­brouille sans par­ler fran­çais. Le ma­tin, il fait les mar­chés. La nuit, dé­charge des ca­mions. Et gagne en moyenne 60 € par jour, ce qui lui per­met de com­men­cer à rem­bour­ser s e s p a re n t s , q u i o n t p ayé 13 000 € un pas­seur.

Après six mois de ga­lère, coup de chance, si on peut dire : On­kar se fait « at­tra­per dans le train par les contrô­leurs », qui le re­mettent à la po­lice. Sans pa­piers, le mi­neur iso­lé est pla­cé dans un foyer, avant que la fon­da­tion Ap­pren­tis d’Au­teuil le prenne sous son aile. Ce qui ne l’em­pêche pas de mul­ti­plier les pe­tits bou­lots, en ca­chette, pour ter­mi­ner de payer sa dette… Outre les cours de fran­çais, on l’oriente vers l’ap­pren­tis­sage. A 18 ans, il ob­tient deux di­plômes : un CAP me­nui­sier fa­bri­cant et un CAP me­nui­sier ins­tal­la­teur. Puis signe un CDI dans l’en­tre­prise qui l’a for­mé, une TPE spé­cia­li­sée dans l’amé­na­ge­ment de vé­hi­cules uti­li­taires. Sa mis­sion prin­ci­pale ? Mon­ter des éta­gères pour ran­ger des ou­tils.

Quatre ans plus tard, le grand gaillard, 1m90 pour 100 kg, dé­cide de de­ve­nir son propre pa­tron en mi­sant sur cette niche. « J’ai vu que ça mar­chait très bien, as­sure-t-il. En plus, il y a moins de concur­rence par rap­port à la plom­be­rie ou bien l’élec­tri­ci­té. »

Avant de se lan­cer, l’ex-agri­cul­teur ap­prend les bases de la comp­ta­bi­li­té, lors d’un stage d’une se­maine à 280 €, or­ga­ni­sé par la Chambre de mé­tiers et de l’ar­ti­sa­nat de Ver­sailles (Yve­lines). Dans la fou­lée, il crée son en­tre­prise, qu’il bap­tise On­kar. Il la dote d’un ca­pi­tal de 5 000 € et lâche près de 10 000 € en achat de ma­té­riel. « J’ai éco­no­mi­sé en tra­vaillant jour et nuit », in­siste-t-il.

De­puis près d’un an, le jeune homme aux avant-bras ta­toués tra­vaille jus­qu’à douze heures

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