« Le qua­si-plein-em­ploi en cinq ou six ans »

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE -

CHARLÈNEKALALA Vous prô­nez la sup­pres­sion des 35 heures. Est-ce que ce­la n’ouvre pas la porte aux abus de la part des en­tre­prises ? On est le seul pays au monde à avoir les 35 heures, ce qui ex­plique pour une part la fai­blesse de notre crois­sance et l’am­pleur du chô­mage. Il y avait deux so­lu­tions : re­pas­ser aux 39 heures ou alors lais­ser une li­ber­té de né­go­cia­tion aux en­tre­prises et aux salariés. J’ai pré­fé­ré cette se­conde op­tion. Pour mo­di­fier les ho­raires de tra­vail, il fau­dra que la ma­jo­ri­té des syn­di­cats ou que la ma­jo­ri­té des salariés de l’entreprise soient d’ac­cord. Per­sonne ne pour­ra faire n’im­porte quoi. C’est très im­por­tant d’in­tro­duire cette li­ber­té pour per­mettre aux en­tre­prises de s’adap­ter. Pour­quoi tout le monde de­vrait tra­vailler 35 heures ? Il y a des mé­tiers qui sont plus dif­fi­ciles que d’autres, des si­tua­tions éco­no­miques dif­fé­rentes. Chez tous les grands pays voi­sins, comme l’Al­le­magne, il n’y a pas d’ho­raire lé­gal de tra­vail. SYLVAIN CAR­RIÈRE Etes-vous fa­vo­rable à une plus grande flexi­bi­li­té des contrats de tra­vail ? La flexi­bi­li­té, c’est d’avoir des contrats de tra­vail plus souples. Je pro­pose de pla­fon­ner, par la loi, les in­dem­ni­tés de li­cen­cie­ment. Ces in­dem­ni­tés peuvent être éle­vées — mais il faut qu’elles soient connues à l’avance. Qu’elles ne soient pas lais­sées à la dé­ci­sion d’un juge, ce qui fait pe­ser sur l’ave­nir de l’entreprise une grande incertitude. En­suite, je suis pour la reconnaissance de « contrats de mis­sion » qui puissent du­rer un, deux ou trois ans. En­fin, je suis fa­vo­rable à un sta­tut de tra­vailleur in­dé­pen­dant. Je pense qu’il va y avoir de plus en plus de gens qui vont se mettre à leur compte. C’est le phé­no­mène d’ubé­ri­sa­tion. Sans contrôle, ce se­ra la foire d’em­poigne. Il y a une autre so­lu­tion pro­po­sée par notre Prix No­bel d’économie, Jean Ti­role, qui est un contrat unique pour tout le monde mais qui fe­ra va­rier le ni­veau de pro­tec­tion avec l’an­cien­ne­té. Un jeune au­rait ain­si un contrat beau­coup plus pré­caire qu’une per­sonne qui a de l’an­cien­ne­té. Je n’ai pas re­te­nu cette idée dans mon pro­gramme, mais elle est sur la table. Mais quels se­raient les avan­tages pour les salariés avec un contrat plus flexible ? Lors­qu’on est en plein-em­ploi comme nos amis al­le­mands, les salariés sont en po­si­tion de force. Mais ce n’est pas notre cas. Nos en­tre­prises peuvent sé­lec­tion­ner leurs salariés. La clé de notre re­dres­se­ment, c’est la lutte contre le chô­mage. Je pense que pas­ser de 10 % de chô­mage à 4 ou 5 %, ce qui est un qua­si­plein-em­ploi, est pos­sible en cinq ou six ans. C’est long. Donc, je pro­pose de bais­ser im­mé­dia­te­ment les co­ti­sa­tions so­ciales payées par les salariés ce qui fait augmenter le sa­laire di­rect. Je fi­nan­ce­rai cette baisse par une hausse de 2 points de la TVA. VIVIANEAUBRY Em­ma­nuel Ma­cron sou­haite que les salariés qui dé­mis­sionnent bé­né­fi­cient des in­dem­ni­tés chô­mage au même titre qu’une per­sonne li­cen­ciée. Qu’en pen­sez-vous ? Je ne com­prends pas cette pro­po­si­tion. Les co­ti­sa­tions chô­mage des salariés et des em­ployeurs sont des­ti­nées à in­dem­ni­ser le chô­mage, c’est-àdire un ac­ci­dent de par­cours. Là, il s’agi­rait d’in­dem­ni­ser les salariés qui dé­cident de quit­ter leur tra­vail au bout de cinq ans ! L’as­su­rance chô­mage est en dé­fi­cit de 10 Mds€. Et M. Ma­cron nous ex­plique qu’il veut ré­duire ce dé­fi­cit sans pro­po­ser le dé­but d’une mesure pour le faire, comme par exemple la ré­duc­tion de la du­rée d’in­dem­ni­sa­tion ou la hausse des co­ti­sa­tions. Ce n’est pas en creu­sant le dé­fi­cit qu’on va sor­tir des dif­fi­cul­tés. Si je suis élu, je de­man­de­rai aux par­te­naires so­ciaux — qui conti­nue­ront de gé­rer l’as­su­rance chô­mage con­trai­re­ment à ce que pro­pose M. Ma­cron qui veut la na­tio­na­li­ser — de né­go­cier, mais je po­se­rais une exi­gence : ar­ri­ver à l’équi­libre des comptes si­non le sys­tème va exploser. MOHAMEDMAHI Quelle se­rait votre pre­mière mesure pour évi­ter les dé­lo­ca­li­sa­tions ? Bais­ser, comme on ne l’a ja­mais fait, les charges et les impôts qui pèsent sur les en­tre­prises. Je di­mi­nue­rai de 40 Mds€ les charges qui pèsent sur le tra­vail. Je sup­pri­me­rai le CICE que je trans­for­me­rai en baisse de charges. Et je veux que tous les ni­veaux de sa­laire soient concer­nés. Soit une baisse du coût du tra­vail de 10 %. Deuxième chose, je veux que l’on puisse investir en France. Or notre fis­ca­li­té est deux fois plus im­por­tante que chez beau­coup de nos voi­sins. Cer­tains disent : « Il faut faire payer les riches. » Moyen­nant quoi, ils n’in­ves­tissent plus en France. Je veux aus­si que l’on puisse dé­duire de ses re­ve­nus les sommes in­ves­ties dans les PME afin que les Fran­çais de­viennent ac­tion­naires de leur ac­ti­vi­té. En­fin, je veux dé­ve­lop­per et amé­lio­rer la for­ma­tion, no­tam­ment des jeunes.

BAIS­SER, COMME ON NE L’A JA­MAIS FAIT, LES CHARGES ET LES IMPÔTS QUI PÈSENT

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