Green­pea­ce­veut­dé­bran­cherl’EPR

Avec sept autres as­so­cia­tions, l’or­ga­ni­sa­tion at­taque le dé­cret de 2007 au­to­ri­sant le ré­ac­teur nu­cléaire de Fla­man­ville.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - ERWANBENEZETETVINCENTVÉRIER

doit-elle pour­suivre la construc­tion du ré­ac­teur nu­cléaire de nou­velle gé­né­ra­tion, l’EPR, sur le site de Fla­man­ville (Manche) ? Pour les as­so­cia­tions de dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment, Green­peace en tête, la ré­ponse est non. Hier, huit* d’entre elles ont at­ta­qué le dé­cret du 10 avril 2007 qui a au­to­ri­sé le lan­ce­ment des tra­vaux de l’EPR. Pour ce faire, elles ont adres­sé au Pre­mier mi­nistre un re­cours gra­cieux. Ob­jec­tif : stop­per dé­fi­ni­ti­ve­ment les tra­vaux. Si ce pre­mier as­saut ne suf­fit pas, les as­so­cia­tions veulent sai­sir le Con­seil d’Etat.

Dans le do­cu­ment trans­mis à Matignon, que nous avons consul­té, elles es­timent que EDF — le constructeur —, Are­va — qui fa­brique une par­tie des pièces im­por­tantes du site — et, sur­tout, l’Au­to­ri­té de sû­re­té nu­cléaire (ASN) — char­gée de vé­ri­fier que les dif­fé­rents in­ter­ve­nants res­pectent les règles — ont vo­lon­tai­re­ment ca­ché aux Fran­çais des in­for­ma­tions im­por­tantes. Des élé­ments graves qui, se­lon Green­peace, « en­tachent d’illé­ga­li­té les conclu­sions » de l’en­quête publique réa­li­sée entre le 15 juin et le 31 juillet 2006, abou­tis­sant au dé­cret neuf mois plus tard. Se­lon des élé­ments dé­voi­lés ré­cem­ment dans la presse et re­pris par les as­so­cia­tions, il ap­pa­raît que les deux en­tre­prises et le gen­darme du nu­cléaire étaient au cou­rant de­puis 2005 des dys­fonc­tion­ne­ments à la forge du Creu­sot (Saône-et-Loire) d’Are­va. Or, c’est sur ce site que la cuve et le cou­vercle de l’EPR, des élé­ments vi­taux du ré­ac­teur, ont été fa­bri­qués. Des pièces dans les­quelles on dé­cou­vri­ra, fin 2014, des te­neurs en carbone trop im­por­tantes qui les rendent plus fra­giles que pré­vu. « Si le pu­blic avait été in­for­mé de tous ces élé­ments, il est fort pro­bable que ja­mais l’au­to­ri­sa­tion de lan­cer le chan­tier de l’EPR n’au­rait été don­née », af­firme Cy­rille Cor­mier, de Green­peace.

Pour les as­so­cia­tions, ces in­for­ma­tions ca­chées « confirment l’in- ca­pa­ci­té d’Are­va et d’EDF à as­su­rer dans des condi­tions sa­tis­fai­santes » la construc­tion de l’EPR. « Le nou­veau ré­ac­teur de Fla­man­ville va de­ve­nir le plus puis­sant du monde, mais c’est aus­si ce­lui qui concentre le plus d’ano­ma­lies de­puis le dé­but », pré­vient Cy­rille Cor­mier avant d’énu­mé­rer une mul­ti­tude de dé­fauts de bé­ton­nage, de sou­dures s’ajou­tant aux mal­fa­çons sur la cuve et le cou­vercle. Le ré­ac­teur, pré­vu à l’ori­gine pour 2012, ne se­ra d’ailleurs pas en ser­vice avant 2018. Et, son prix a tri­plé pour at­teindre plus de 10 Mds€. Ces aléas n’in­quiètent pas EDF, pour qui ils sont propres à « toute tête de sé­rie », l’EPR de Fla­man­ville étant le pre­mier de sa gé­né­ra­tion. « L’Etat doit ar­rê­ter de jouer avec la sé­cu­ri­té des Fran­çais, dé­nonce pour­tant Cy­rille Cor­mier. On fait croire que tout est sous contrôle, alors que, de­puis dix ans, EDF nous cache que le pro­jet est vé­ro­lé. »

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