A chaque époque, sa ma­man idéale

Les bons pa­rents de 2017 ne sont pas ceux de 1955. En té­moignent les pre­mières édi­tions des best-sel­lers de Lau­rence Per­noud.

Le Parisien (Paris) - - FAMILLE - PAR CAMÉLIA ECHCHIHAB

Dans les an­nées 1950, Lau­rence Per­noud, en­ceinte, cherche ou­vrages et conseils et elle ne trouve rien. La jour­na­liste se met alors à écrire un livre ul­tra-pra­tique pour ai­der toutes les fu­tures ma­mans. « J’at­tends un en­fant » pa­raît en 1956. « J’élève mon en­fant » suit. Au­jourd’hui, son nom est de­ve­nu une vé­ri­table marque qui conti­nue de pros­pé­rer, même après son dé­cès à 90 ans en 2009.

Réé­di­tés chaque an­née, ses deux best-sel­lers viennent de se dou­bler d’un site, Lau­ren­ce­per­noud.com. Le conte­nu des livres s’est, lui, étof­fé à mesure que l’équipe a été re­jointe par des mé­de­cins, des nu­tri­tion­nistes, des psy­cho­logues… et sur­tout que la femme s’est éman­ci­pée.

Pour Oli­via Phé­lip, di­rec­trice édi­to­riale chez Ho­ray, « l’ac­tua­li­sa­tion fait par­tie de l’ADN Per­noud ». Car la ma­man idéale en 2017 ne res­semble plus à celle des an­nées 1950-1960. Nous avons feuille­té de vieilles édi­tions re­trou­vées à la bi­blio­thèque Fran­çois-Mit­ter­rand à Paris (XIIIe) pour jouer au jeu des dif­fé­rences.

MÈRE, OUI, MAIS PLUS AU FOYER

Dans « J’at­tends un en­fant » ver­sion 1956, la ma­man est le per­son­nage cen­tral du livre. Mais le père a pris de plus en plus d’im­por­tance. En 1965, une table des ma­tières lui était ré­ser­vée dans « J’élève mon en­fant ». Comme « les hommes n’ont guère le temps de lire », Lau­rence Per­noud leur in­di­quait quelques cha­pitres qui pour­raient les concer­ner. Une di­zaine d’an­nées plus tard, elle com­mence à évo­quer l’émer­gence des « nou­veaux pères », plus im­pli­qués dans la vie fa­mi­liale. Cette an­née, le cha­pitre « être mère au­jourd’hui » est aus­si long que le cha­pitre « être père au­jourd’hui ».

LA FA­MILLE RECOMPOSÉE

Seules trois pages sont consa­crées aux mères cé­li­ba­taires en 1984, contre plu­sieurs cha­pitres en 2017. Toutes les si­tua­tions sont en­vi­sa­gées y com­pris l’ho­mo­pa­ren­ta­li­té. Dans la der­nière édi­tion, on lit : « Un couple ma­rié qui élève un ou plu­sieurs en­fants aux­quels ils ont don­né la vie était le mo­dèle do­mi­nant jus­qu’à la gé­né­ra­tion pré­cé­dente. Couples non ma­riés, fa­milles re­com­po­sées après une sé­pa­ra­tion, femmes éle­vant seules leur en­fant, fa­milles adop­tives… ces autres mo­dèles fa­mi­liaux ont peu à peu pris place dans notre en­vi­ron­ne­ment so­cial. »

LES CIGARETTES BANNIES

En 1962, la ma­man en­ceinte est, se­lon les pré­co­ni­sa­tions de l’ou­vrage, au­to­ri­sée à fu­mer… dix cigarettes par jour ! Im­pen­sable en 2017 : l’in­ter­dic­tion est for­melle.

Concer­nant les re­la­tions in­times pen­dant la gros­sesse, en 1962, il sub­sis­tait en­core quelques croyances, comme celle se­lon la­quelle l’ac­ti­vi­té sexuelle fa­vo­ri­se­rait le dé­clen­che­ment du tra­vail.

Dans l’édi­tion 2017, un en­ca­dré spé­ci­fie que des études ont prou­vé que ce n’était pas le cas. Il y a deux cas où les mé­de­cins conseillent la di­mi­nu­tion ou la sup­pres­sion des rap­ports : au dé­but de la gros­sesse, quand il y a des pe­tits sai­gne­ments, et en cas de pla­cen­ta prae­via (em­pla­ce­ment du pla­cen­ta en bas) et de sai­gne­ments ré­pé­tés.

ALLAITER N’EST PLUS UN DE­VOIR

Lau­rence Per­noud écrit en 1962 : « Votre lait lui est des­ti­né, vous le lui de­vez. Vous of­fen­se­riez gra­ve­ment la na­ture en le dé­dai­gnant. Elle ris­que­rait de se ven­ger. » Plus de cin­quante ans après, le ton s’est adou­ci, lais­sant place au choix : « Vous ne sou­hai­tez pas allaiter ? Sur­tout ne vous sen­tez pas cou­pable. La dé­ci­sion vous ap­par­tient, c’est la meilleure pour vous et votre bé­bé, celle qui vous per­met­tra de le nour­rir en toute tran­quilli­té, dans un plai­sir par­ta­gé. »

Une mère de 1961 ha­bille son fils, mon­té sur une chaise, avant le dé­part pour l’école. Au­jourd’hui, les ma­mans ont bien chan­gé.

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