EN­QUÊTE SUR L’AT­TEN­TAT DÉJOUÉ

Avec l’ar­res­ta­tion à Mar­seille de deux sus­pects qui pré­pa­raient une ac­tion « vio­lente », le ter­ro­risme s’im­pose dans la cam­pagne élec­to­rale.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE -

PAR JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS ET ÉRIC PELLETIER (AVEC PAU­LINE THEVENIAUD)

DI­MANCHE, les Fran­çais se ren­dront dans les bu­reaux de vote sous la pro­tec­tion de po­li­ciers, de gen­darmes et de mi­li­taires en armes. Mo­ment dé­ci­sif de la vie dé­mo­cra­tique fran­çaise, l’élec­tion pré­si­den- tielle re­pré­sente une cible de choix pour le ter­ro­risme is­la­mique. La me­nace est de­ve­nue pal­pable de­puis que la DGSI a déjoué un at­ten­tat qua­li­fié « d’im­mi­nent » avec l’in­ter­pel­la­tion de Clé­ment Baur, 23 ans, et de Ma­hie­dine Me­ra­bet, 29 ans. Même si les cibles res­tent in­con­nues, leur ar­res­ta­tion mar­di à Mar­seille (Bouches-du-Rhône) — à cinq jours seule­ment du pre­mier tour de scru­tin — re­pré­sente une alerte sé­rieuse. Les ex­plo­sifs étaient prêts…

FILLON, LE PEN ET MA­CRON SOUS HAUTE PRO­TEC­TION

Voi­là plu­sieurs jours que l’an­ti­ter­ro­risme était sur les dents. Ven­dre­di der­nier, le mi­nistre de l’In­té­rieur, Mat­thias Fekl, décroche son té­lé­phone pour ap­pe­ler Fran­çois Fillon. Le mi­nistre vient de faire le point avec la DGSI sur la traque de Baur et de Me­ra­bet. Mer­cre­di 12 avril, ce der­nier a pos­té une vi­déo d’al­lé­geance à Daech. Une vi­déo « brute » de quelques mi­nutes dé­nuée de bande-son, pro­ba­ble­ment des­ti­née à un mon­tage ul­té­rieur. Les en­quê­teurs s’in­quiètent de ce zoom ef­fec­tué sur la une du « Monde » da­té du 16 mars, scot­chée sur une table. Le titre prin­ci­pal est consa­cré à Fran­çois Fillon. La DGSI a ac­quis la cer­ti­tude que les sus­pects dis­posent d’une planque dans le sud de la France, près de Mar­seille. Or, le 14 avril au soir, le can­di­dat LR s’ap­prête à te­nir une réunion pu­blique non loin, à Mont­pel­lier (Hé­rault). C’est sur cette base que le ni­veau de risque pe­sant sur lui est re­vu à la hausse. Une dé­ci­sion mi­nis­té­rielle, loin de faire l’una­ni­mi­té chez les opé­ra­tion­nels qui au­raient pré­fé­ré plus de dis­cré­tion.

SURVEILLER 67 000 BU­REAUX DE VOTE, UN CASSE-TÊTE

L’éva­lua­tion du risque par le mi­nis­tère de l’In­té­rieur prend la forme d’une échelle gra­duée de 1 (at­ten­tat en cours) à 4 (ab­sence de me­nace iden­ti­fiée). Le ven­dre­di 14 avril, le can­di­dat Fillon passe donc de 3 à 2. Tout comme Ma­rine Le Pen, la can­di­date du Front na­tio­nal. A chaque pa­lier ré­pond un dis­po­si­tif spé­ci­fique s’ap­pli­quant aux QG de cam­pagne, aux mee­tings et aux do­mi­ciles pri­vés. De­puis la fin de se­maine der­nière, Fran­çois Fillon est es­cor­té en per­ma­nence par 12 of­fi­ciers de sé­cu­ri­té ap­par­te­nant au ser­vice de la pro­tec­tion (SDLP). « Dans notre tra­vail, on s’adapte aux cir­cons­tances et aux lieux, ex­plique l’un de ces 1 400 fonc­tion­naires af­fec­tés à la pro­tec­tion de per­son­na­li­tés fran­çaises ou étran­gères. Des pré­cur­seurs

(NDLR : éclai­reurs) jugent si le dis­po­si­tif doit être mo­di­fié en fonc­tion de risques de der­nière mi­nute liés par exemple à des at­trou­pe­ments. »

Des 11 can­di­dats, seuls 3 ont re­fu­sé de faire ap­pel au SDLP : Jean Las­salle (Ré­sis­tons !), Na­tha­lie Ar­thaud (Lutte ou­vrière) et Phi­lippe Pou­tou (NPA). A l’in­verse, en plus de ses 12 of­fi­ciers de sé­cu­ri­té, Em­ma­nuel Ma­cron (En marche !) a re­cours à une so­cié­té de sé­cu­ri­té pri­vée. Des in­dé­pen­dants, jus­qu’à une qua­ran­taine en cas de gros évé­ne­ment.

Au mi­nis­tère de l’In­té­rieur, on s’ef­force de ré­soudre un autre casse-tête : la pro­tec­tion des 67 000 bu­reaux de vote. Un sanc­tuaire ré­pu­bli­cain où la pré­sence d’hommes en armes n’est pas to­lé­rée. Les po­li­ciers ne peuvent in­ter­ve­nir ar­més qu’en cas d’in­ci­dent ou à la de­mande des res­pon­sables du bu­reau. Au to­tal, se­lon la Place Beau­vau, 50 000 po­li­ciers, gen­darmes et mi­li­taires, épau­lés par des po­li­ciers mu­ni­ci­paux, sont mo­bi­li­sés afin que les ci­toyens se rendent aux urnes en toute sé­cu­ri­té.

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