Les 1 700 sa­la­riées de Ta­ti in­quiètes pour leur em­ploi

Les 1 700 sa­la­riées de la cé­lèbre en­seigne, pion­nière des pe­tits prix, en vente de­puis deux mois, lancent une pé­ti­tion pour la sau­ve­garde de leurs em­plois.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR CA­THE­RINE GASTÉ

C’EST UNE DRÔLE de bou­teille à la mer en­voyée hier sur les ré­seaux so­ciaux, à la veille du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle. La pé­ti­tion est in­ti­tu­lée « Ta­ti en dan­ger ! »*. Lan­cée par une res­pon­sable de ma­ga­sin et une vendeuse pour in­ter­pel­ler leur pa­tron sur le sort des 1 700 sa­la­riées de l’en­seigne, cé­lèbre pour son lo­go sur fond de vi­chy rose. Une cam­pagne 2.0 qui en ap­pelle aus­si à l’in­ter­ven­tion de Fran­çois Hol­lande dans un tweet : « Ta­ti : 20 mil­lions de CICE, 1 700 em­plois me­na­cés @hol­lande, in­ter­ve­nez pour pré­ser­ver les em­plois ! #ta­tien­dan­ger ! »

L’an­nonce de la vente de Ta­ti, tom­bée le 28 fé­vrier, est pas­sée qua­si­ment in­aper­çue. Peu après la cure d’amai­gris­se­ment dra­co­nienne de l’em­pire tex­tile Vi­varte, son concur­rent, le groupe Eram, pro­prié­taire de la marque phare de la mode à pe­tits prix — qui a en­re­gis­tré une perte de 37 M€ en 2015 —, a an­non­cé son in­ten­tion de se sé­pa­rer des 140 ma­ga­sins Ta­ti exis­tant dans l’Hexa­gone. Or, de­puis ? Si­lence ra­dio.

La di­rec­tion comme la banque d’af­faires Od­do, man­da­tée pour trou­ver un re­pre­neur, n’ont pi­pé mot. « Mon­sieur Biot­teau (NDLR :

PDG d’Eram), nous sommes in­quiets. Alors que près de 6 mil­lions de per­sonnes sont au chô­mage ou en sous-em­ploi, la perte de 1 700 em­plois se­rait une ca­tas­trophe pour les fa­milles concer­nées. Mon­sieur, pou­vez-vous nous as­su­rer que la sau­ve­garde des em­plois se­ra une des condi­tions de la re­prise ? » lit-on dans la lettre jointe à la pé­ti­tion adres­sée au pa­tron d’Eram. Plu­sieurs can­di­dats po­ten­tiels au ra­chat se­raient sur les rangs, dont deux sé­rieux, mais rien d’of­fi­ciel n’a en­core fil­tré : ni nom, ni chiffre, ni nombre d’em­plois sup­pri­més. Un in­té­rêt qui ras­sure un peu les sa­la­riés de Ta­ti sans tou­te­fois leur ôter toute crainte.

Afin de pour­suivre les né­go­cia­tions, la date bu­toir des dé­pôts d’offres fixée au 31 mars vient d’être re­pous­sée jus­qu’à mai, à la de­mande du mi­nis­tère du Tra­vail. Re­çus fin mars par My­riam El Khom­ri, les syn­di­cats en sont sor­tis sans y voir beau­coup plus clair. « La mi­nistre a mis en place une cel­lule psy­cho­lo­gique pour les sa­la­riées de Ta­ti. A ce jour, per­sonne n’y est al­lé ! La vraie cel­lule psy, ce sont les syn­di­cats qui rem­plissent ce rôle. Les gens nous ap­pellent tous les jours. On es­saye de les ras­su­rer. Mais c’est l’in­cer­ti­tude com­plète. On nous a dit que, s’il n’y avait pas de re­pre­neur, ce se­rait l’Etat qui paie­rait les sa­laires le temps d’en trou­ver d’autres. Mais jus­qu’à quand ? Le jour où l’on au­ra la ré­ponse, My­riam El Khom­ri ne se­ra plus mi­nistre du Tra­vail », grom­melle Ha­ki­ma Djel­louah, res­pon­sable du ma­ga­sin Ta­ti de Stains (Seine- Saint-De­nis), vingt-sept ans d’an­cien­ne­té et dé­lé­guée syndicale CGT à l’ori­gine de la pé­ti­tion. « Par­mi les vendeuses et les caissières, beau­coup sont des femmes seules avec en­fants. Pas mal d’entre elles tra­vaillent de­puis vingt ou trente ans », ex­plique Ni­cole Coger, vendeuse, qui a co­pi­lo­té la pé­ti­tion, dé­lé­guée syndicale CGT du ma­ga­sin Barbès (Pa­ris XVIIIe), vais­seau ami­ral de la marque fon­dée par Jules Oua­ki, en 1948. « Cer­taines ont même qua­rante ans de mai­son comme moi », s’an­goisse Vé­ro­nique, cais­sière, qui ne croyait pas vivre un nou­veau ra­chat. En 2004, l’en­seigne en ces­sa­tion de paie­ments avait été ra­che­tée par Eram.

« PAR­MI LES VENDEUSES ET LES CAISSIÈRES, BEAU­COUP SONT DES FEMMES SEULES AVEC EN­FANTS » NI­COLE COGER, VENDEUSE, DÉ­LÉ­GUÉE SYNDICALE CGT DU MA­GA­SIN BARBÈS

Pa­ris (XVIIIe). Fon­dé en 1948, Ta­ti compte 140 ma­ga­sins.

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