Me­ra­bet, « M. Bonne Hu­meur » à Rou­baix

Le voi­si­nage de Ma­hie­dine Me­ra­bet dé­crit un jeune homme sym­pa­thique, bien loin d’un ter­ro­riste.

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL NI­CO­LAS JACQUARD À ROU­BAIX (NORD) AVEC J-M.D.

TROIS GA­MINS hauts comme trois pommes tra­versent la rue. « C’est ici ! » mur­mure l’un, poin­tant du doigt une mai­son ty­pique de ce Nord ou­vrier, comme on dé­si­gne­rait une bâ­tisse han­tée. Dé­but 2016, ses briques rouges ont été re­peintes en gris. Dans le même temps, ses trois ap­par­te­ments étaient re­faits à neuf. C’est Ma­hie­dine Me­ra­bet, l’un des deux hommes ar­rê­tés à Mar­seille sus­pec­tés de pré­pa­rer un at­ten­tat qui, le pre­mier, a inau­gu­ré les lieux, em­mé­na­geant l’été der­nier avec sa com­pagne au deuxième étage. « C’était M. Bonne Hu­meur, se sou­vient Ja­mi­la*, qui ré­side au même nu­mé­ro. Il sem­blait ou­vert, apai­sé, avec tou­jours un pe­tit mot sym­pa ou une pe­tite at­ten­tion. »

Du pas­sé de dé­lin­quant du jeune homme, et de ses douze condam­na­tions, au­cun de ses nou­veaux voi­sins ne sa­vait rien. En­core moins de son ra­di­ca­lisme re­li­gieux, tant il a vi­si­ble­ment réus­si à don­ner le change. « Il s’ha­billait à l’eu­ro­péenne, pas de barbe ni rien », re­prend Ja­mi­la. « Ça nous ar­rive de boire un verre dans la cour et de jouer de la gui­tare, com­plète ce com­mer­çant de la rue. Il ne nous a ja­mais fait une seule ré­flexion. Au contraire, pour l’Aïd, il nous avait ame­né des gâ­teaux ! »

Tous, ef­fa­rés, ont dé­cou­vert mar­di sa pho­to dans les mé­dias. Se re­mé­mo­rant alors un épi­sode qui, tout de même, les avait aler­tés. Dé­but dé­cembre, ce même com­mer­çant re­marque, un lun­di, une Peu­geot 207 qui se gare dans la pe­tite rue tran­quille. « J’ai vu tout de suite que c’était la po­lice. Ils l’ont lais­sée la se­maine, et j’ai com­pris qu’à l’in­té­rieur, il y avait une mi­ni­ca­mé­ra. J’ai d’ailleurs cru que c’était après moi qu’ils en avaient ! »

SCOLARISÉ DANS UNE ÉCOLE CA­THO­LIQUE

Le 7 dé­cembre, les uni­tés d’in­ter­ven­tion in­ves­tissent le pe­tit im­meuble. « Ils se sont d’abord trom­pés de porte, et ont failli dé­fon­cer la mienne », re­lève Ja­mi­la. A l’étage, les po­li­ciers dé­couvrent… Clé­ment Baur, qui se pré­sente alors sous une fausse iden­ti­té. Ils sai­sissent no­tam- ment un dra­peau du groupe Etat is­la­mique et de la do­cu­men­ta­tion dji­ha­diste.

« Après la des­cente de po­lice, j’ai de­man­dé à Ma­hie­dine ce qu’il avait fait, ra­conte Ja­mi­la. Il m’a dit : C’est rien, ne t’in­quiète

pas. J’ai pen­sé à une his­toire de shit. » Quand les forces de l’ordre vou­dront l’as­si­gner à ré­si­dence, Me­ra­bet avait dis­pa­ru. « De­puis, la po­lice pas­sait ré­gu­liè­re­ment, sou­ligne le com­mer­çant, sans vou­loir nous dire pour­quoi. »

Se­lon « la Voix du Nord », Me­ra­bet au­rait été scolarisé, en­fant, dans une école ca­tho­lique du quar­tier de l’Epeule, à Rou­baix. Plus ré­cem­ment, il avait créé sa so­cié­té de vente d’ob­jets re­li­gieux. Après coup, la peur sai­sit Ja­mi­la. « Vous ima­gi­nez ? On ne sait pas ce qui au­rait pu lui pas­ser par la tête. Et je me dis qu’avec mon fils, à Nice ou ailleurs, je pour­rais être, comme d’autres, vic­time de ces gens… »

* Le pré­nom a été chan­gé.

ON NE SAIT PAS CE QUI AU­RAIT PU LUI PAS­SER PAR LA TÊTE. ET JE ME DIS QU’AVEC MON FILS [...] JE POUR­RAIS ÊTRE, COMME D’AUTRES, VIC­TIME

GENS…” DE CES UNE AN­CIENNE VOISINE DE MA­HIE­DINE ME­RA­BET

Rou­baix (Nord), hier. Ma­hie­dine Me­ra­bet ha­bi­tait au deuxième étage de cet im­meuble. Lors d’une per­qui­si­tion dé­but dé­cembre, les forces d’in­ter­ven­tion sont tom­bés sur Clé­ment Baur (pho­to

du haut) qui s’est pré­sen­té sous une fausse iden­ti­té.

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