Jup­pé,le­sou­tien­du­bout­des­lèvres

Le maire de Bor­deaux s’est af­fi­ché, hier, au cô­té de Fran­çois Fillon… mais reste ré­ser­vé sur sa cam­pagne très droi­tière.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - OLIVIERBEAUMONT (AVEC CA­THE­RINE LA­GRANGE, À LYON)

qui de­vrait très vrai­sem­bla­ble­ment s’af­fi­cher de­main avec Fran­çois Fillon, c’est au cô­té d’un autre poids lourd de la droite que le can­di­dat à l’Ely­sée s’est pré­sen­té hier : Alain Jup­pé ! Le maire de Bor­deaux est ve­nu lui ap­por­ter un sou­tien en de­mi-teinte, ar­ra­ché au for­ceps et mis en scène lors d’une vi­site au siège de l’en­tre­prise de mu­sique en strea­ming Dee­zer, à Pa­ris. Ar­ri­vée conjointe en voi­ture, poi­gnée de main, grands sou­rires, ren­contres et table ronde avec le per­son­nel de la so­cié­té, le tout de­vant une no­ria de ca­mé­ras et d’ap­pa­reils pho­to pour une opé­ra­tion de com­mu­ni­ca­tion sa­vam­ment or­ches­trée… du moins sur le pa­pier.

Car s’il a « fait le job », le maire de Bor­deaux n’en reste pas moins sé­vère à l’égard de ce­lui qui l’a bat­tu à la pri­maire. La faute aux af­faires, « qui ont si­dé­ré Jup­pé », dixit son en­tou­rage, mais aus­si au com­por­te­ment de Fillon qui s’est ac­cro­ché quand tout le monde lui conseillait d’aban­don­ner, et en­fin à l’orien­ta­tion de sa cam­pagne ju­gée « trop à droite » par les jup­péistes. Der­nier su­jet sen­sible, la pos­si­bi­li­té d’in­té­grer Sens com­mun (l’éma­na­tion po­li­tique de la Ma­nif pour tous) au gou­ver­ne­ment, en cas de vic­toire. Une hy­po­thèse sou­le­vée par Fillon lui­même le week-end der­nier et qui au­rait fait bon­dir Alain Jup­pé en pri­vé : « Je ne sou­tien­drai pas un gou­ver­ne­ment dont la ligne se­rait dic­tée par Sens com­mun. C’est simple, je se­rai dans l’op­po­si­tion », au­rait-il ain­si ju­ré, se­lon des propos rap­por­tés par « le Ca­nard en­chaî­né ». Des mots qu’il n’a pas as­su­més hier de­vant les ca­mé­ras : « Si je de­vais ré­pondre à tous les ra­gots, on ne se­rait pas cou­ché ! » a-t-il bot­té en touche. « C’est faux, il n’a ja­mais dit ça », ren­ché­rit de son cô­té Virginie Cal­mels, sa pre­mière ad­jointe à Bor­deaux. Il n’em­pêche, tout est dans la nuance. Loyal à son par­ti, droit dans ses bottes, Alain Jup­pé as­sume, sou­rire cris­pé, ce dé­pla­ce­ment au cô­té du can­di­dat mal­gré ses ré­serves : « D’abord car je tiens mes en­ga­ge­ments et que je suis fi­dèle à ma fa­mille po­li­tique », confie-t-il à notre jour­nal. « En­suite, parce que je veux évi­ter un se­cond tour cau­che­mar­desque Le Pen - Mé­len­chon, la peste et le cho­lé­ra », pour­suit-il. Et que pen­ser de Ma­cron ? « Il n’a pas su af­fir­mer une sta­ture né­ces­saire, pour l’ins­tant », ré­pond Jup­pé qui dit se re­trou­ver « pour l’es­sen­tiel dans le pro­jet de Fran­çois Fillon ». Pour l’es­sen­tiel…

Une at­ti­tude mi-figue, mi-rai- sin, qui a aus­si le don d’aga­cer cer­tains proches de Jup­pé. « C’est une mas­ca­rade, une co­mé­die hy­po­crite, un sou­tien contraint et for­cé ! » tonne Ber­nard Cons­tan­tin, an­cien res­pon­sable du Comité AJ de Lyon pen­dant la pri­maire. « Il sou­tient Fran­çois Fillon comme Chi­rac a sou­te­nu Gis­card en 1981 », en­chaîne ce­lui qui a si­gné hier, avec dix-sept autres res­pon­sables de co­mi­tés Jup­pé Rhô­neAlpes, une tri­bune ap­pe­lant à vo­ter en fa­veur d’Em­ma­nuel Ma­cron « dès le pre­mier tour ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.