Un at­ten­tat et de mul­tiples cibles

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS -

de la fi­lière Cannes-Tor­cy : la com­mu­nau­té juive. L’at­ten­tat contre l’épi­ce­rie Naou­ri de Sar­celles (Val-d’Oise) en 2012 donne le coup d’en­voi à l’en­quête sur ce groupe que le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Pa­ris, Fran­çois Mo­lins, qua­li­fie alors comme « le plus dan­ge­reux mis au jour de­puis 1996 en France ». gre­nade, un ADN : ce­lui de Jé­ré­mie Louis-Sid­ney, 33 ans, ré­si­dant à Cannes, dé­lin­quant fi­ché comme ap­par­te­nant à la mou­vance ra­di­cale is­la­miste.

Ce jour-là, l’heb­do­ma­daire sa­ti­rique « Char­lie Heb­do » ve­nait de pu­blier de nou­velles ca­ri­ca­tures du pro­phète Ma­ho­met, note le juge d’ins­truc­tion. L’en­quête, confiée à la sec­tion an­ti­ter­ro­riste du par­quet de Pa­ris, conduit un mois plus tard à une vague d’ar­res­ta­tions. Par­mi eux, JLS (Jé­ré­mie Louis-Sid­ney), « émir » du groupe, abat­tu à Stras­bourg en ri­poste à ses tirs. Et « son lieu­te­nant » Jé­ré­my Bailly, un conver­ti qu’il a connu à la mos­quée de Tor­cy (Seine-et-Marne). Pour l’ac­cu­sa­tion, Bailly, âgé au­jourd’hui de 29 ans, est l’un des au­teurs de l’at­ten­tat à la gre­nade — ce que cet homme, qui a re­ven­di­qué maintes fois son en­ga­ge­ment dji­ha­diste, a tou­jours nié fer­me­ment. « Sal­pêtre, souffre, co­cotte, fu­sils à pompe, 22 LR, ré­veil et ma­té­riel élec­trique… » De­vant un box re­pé­ré par les po­li­ciers à Tor­cy dans la fou­lée des pre­mières in­ter­pel­la­tions, Bailly leur liste spon­ta­né­ment ces élé­ments comme des­ti­nés à fa­bri­quer une bombe. Les in­ves­ti­ga­tions ont dé­mon­tré « l’im­mi­nence d’un pas­sage à l’acte », es­ti­me­ra le juge. Fé­rue de pro­pa­gande dji­ha­diste, la cel­lule Cannes-Tor­cy, dont les liens se sont sou­dés à l’été 2012 lors d’un sé­jour dans le Sud, s’af­fai­rait à la confec­tion d’ex­plo­sifs, à des bra­quages jus­ti­fiés sous cou­vert de « dé­pos­ses­sion des mé­créants », à des vols de vé­hi­cules, à l’achat d’armes et au re­pé­rage de cibles. Par­mi celles-ci : une piz­ze­ria de Noi­siel, un McDo­nald’s de Lognes, consi­dé­ré comme fi­nan­çant Israël (l’un des membres ne s’étant pas ré­veillé, le groupe avait re­non­cé) ; des camps mi­li­taires du sud-est de la France ; des bu­ra­listes ven­dant « Char­lie Heb­do »… En juin 2013, un autre at­ten­tat vi­sant la base mi­li­taire de Can­juers (Var) se­ra déjoué grâce à la plainte pour vio­lences conju­gales de la com­pagne d’un des membres de la cel­lule… Quatre ac­cu­sés, dont l’un, Ja­mel Bou­te­raa, a sé­jour­né quelques se­maines en Sy­rie dé­but 2013, ré­pondent de ce pro­jet-ci. En jan­vier 2014, Ab­del­ka­der Tli­ba, par­ti de­puis seize mois en Sy­rie de­puis Cannes, est in­ter­pel­lé à la fron­tière ita­lienne. Ega­le­ment ren­tré clan­des­ti­ne­ment en Eu­rope via la Grèce, par la route des ré­fu­giés, comme le fe­ront plus tard cer­tains des ter­ro­ristes du 13 no­vembre 2015, son com­parse can­nois Ibra­him Bou­di­na, qui a com­bat­tu à ses cô­tés, se­ra ar­rê­té à Man­de­lieu-la-Na­poule (Alpes-Ma­ri­times) le 11 fé­vrier sui­vant — soit trois jours avant le car­na­val de Nice. Dans les par­ties com­munes de l’im­meuble où il est in­ter­pel­lé, les po­li­ciers dé­couvrent trois en­gins ex­plo­sifs ar­ti­sa­naux conte­nant du TATP — sub­stance uti­li­sée par les dji­ha­distes du 13 No­vembre à Pa­ris, du 22 mars 2016 à Bruxelles et dont 3 kg ont été dé­cou­verts dans l’ap­par­te­ment mar­seillais des deux sus­pects in­ter­pel­lés avant-hier.

Si­gna­lé par l’un des mis en cause, le dé­part en Sy­rie de plu­sieurs des membres de la cel­lule, à une époque où le groupe Etat is­la­mique n’avait pas en­core pro­cla­mé son ca­li­fat, achève de les po­ser en fu­nestes pion­niers.

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