«C’était­no­tre­se­cret»

Tho­mas et San­dra Thé­ve­noud ont plai­dé le com­por­te­ment « ir­ra­tion­nel » pour jus­ti­fier leur dé­sin­vol­ture fis­cale et fi­nan­cière.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - LOUISECOLCOMBET

à l’aise qu’elle semble an­gois­sée, aus­si vo­lu­bile qu’elle se montre ef­fa­cée. De­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris qui les ju­geait hier pour fraude fis­cale, Tho­mas et San­dra Thé­ve­noud ont tou­te­fois as­su­mé en­semble cette « pho­bie ad­mi­nis­tra­tive » qui avait contraint le jeune loup po­li­tique à la dé­mis­sion en sep­tembre 2014, neuf jours seule­ment après avoir été nom­mé au gou­ver­ne­ment. L’éphé­mère se­cré­taire d’Etat en charge du Com­merce ex­té­rieur et son épouse n’avaient pas dé­cla­ré leurs re­ve­nus en 2012 et avaient fait des dé­cla­ra­tions tar­dives pour les an­nées2009,2010,2011et2013. De cou­pables ou­blis qui, dans le sillage de l’af­faire Ca­hu­zac, avaient dé­clen­ché une tem­pête mé­dia­tique et une plainte de Ber­cy.

Dès le 1er sep­tembre 2014, a rap­pe­lé leur avo­cat, Me Mar­tin Rey­naud, qui a de­man­dé la re­laxe et plai­dé l’ab­sence de « dis­si­mu­la­tion », Tho­mas et San­dra Thé­ve­noud s’étaient pour­tant ac­quit­tés de leurs im­pôts — pé­na­li­tés de re­tard in­cluses. Une scène co­casse ra­con­tée hier par le dé­pu­té de Saône-et-Loire qui, à peine nom­mé au gou­ver­ne­ment et som­mé par l’exé­cu­tif de se mettre en confor­mi­té, prend ren­dez-vous en ur­gence avec le fisc et « exige », ché­quier à la main, de payer son dû… En vain. Par crainte de fuites dans la presse, il est « dé­mis­sion­né » quatre jours plus tard. « Ce qu’on a tous en­vie de sa­voir, re­prend le pré­sident du tri­bu­nal face à deux per­sonnes di­plô­mées, qui ont des re­ve­nus re­la­ti­ve­ment simples à dé­cla­rer, c’est pour­quoi vous ne l’avez pas fait en temps et en heure ? »

« Avec la dé­cla­ra­tion pré­rem­plie, c’était simple comme bon­jour. Il fal­lait co­cher une case et si­gner », ad­met Tho­mas Thé­ve­noud, plai­dant un « fonc­tion­ne­ment dé­faillant et né­gligent » vi­si­ble­ment an­cien. Le couple, éga­le­ment épin­glé dans la presse pour des im­payés de loyer ou de can­tine sco­laire pour leurs ju­melles âgées de 9 ans, n’ou­vrait pas son cour­rier, a dé­taillé San­dra Thé­ve­noud, alors chef de ca­bi­net de l’an­cien pré- sident du Sé­nat Jean-Pierre Bel.« On s’est ins­tal­lés dans un com­por­te­ment à la fois ir­res­pon­sable et stu­pide. C’était notre se­cret. On n’ar­ri­vait pas à en sor­tir », a-t-elle confes­sé. S’adres­sant à l’homme po­li­tique, le pré­sident pour­suit : « En 2012, vous n’omet­tez pas de dé­po­ser votre can­di­da­ture à la dé­pu­ta­tion. Cette

elle n’est pas gé­né­ra­li­sée. »

« Il y a sans doute une part d’ombre et de cli­vage entre le per­son­nage pu­blic et le contri­buable pri­vé, c’est ir­ra­tion­nel », tente Tho­mas Thé­ve­noud qui, alors même qu’il fait par­tie de la com­mis­sion d’en­quête sur l’af­faire Ca­hu­zac, en 2013, conti­nue pour­tant d’igno­rer les mises en de­meure de l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale. « Il n’y a pas eu de dé­clic à ce mo­ment­là ? in­siste le pré­sident. J’es­saie de com­prendre… » « Moi, je cherche en­core », sou­pire l’an­cienne étoile mon­tante du PS, qui a an­non­cé son re­trait de la vie po­li­tique à la fin de son man­dat de dé­pu­té. Il a de­puis en­ta­mé des études pour de­ve­nir… avo­cat. Son épouse, long­temps au chô­mage après l’af­faire, a mon­té une en­tre­prise de re­la­tions pu­bliques.

Tan­çant l’ab­sence de « ci­visme fis­cal » du couple, qui « au­rait dû avoir un com­por­te­ment exem­plaire », le par­quet a ré­cla­mé hier une peine de douze mois de pri­son avec sur­sis à l’en­contre de Tho­mas Thé­ve­noud, as­sor­tie d’une peine d’in­éli­gi­bi­li­té de cinq ans, et six mois de pri­son avec sur­sis pour son épouse. Dé­ci­sion le 29 mai.

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