«AvecMa­cron, fai­sons­le­choix­de­la­vo­lon­té»

L’an­cien Pre­mier mi­nistre de Jacques Chi­rac dé­cide de sou­te­nir le can­di­dat d’En Marche ! En ex­clu­si­vi­té, il nous ex­plique pour­quoi.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - HENRIVERNET

qui a dit non à la guerre en Irak, en 2003. Pour la pré­si­den­tielle, Do­mi­nique de Ville­pin fait un choix en rup­ture avec sa fa­mille po­li­tique, les Ré­pu­bli­cains.

Evi­dem­ment, non. Cette cam­pagne a été at­ter­rante. Elle a ajou­té de la confu­sion à la confu­sion, don­nant l’image d’un pays en proie à toutes les peurs et toutes les co­lères et d’une so­cié­té fran­çaise sen­tant ter­ri­ble­ment le ren­fer­mé. Le ri­tuel dé­mo­cra­tique est de­ve­nu un risque pour nous. L’heure est à la gra­vi­té. Nous avons be­soin avant tout de rai­son, d’es­prit de sé­rieux et de sens des res­pon­sa­bi­li­tés. Si nous n’avons pas un Etat so­lide, la France court tou­jours le risque de se dé­faire. La co­lère est mon­diale. Nous ne sommes pas une île. Nous as­sis­tons au re­flux glo­bal du li­bé­ra­lisme, vingt-cinq ans après la chute du mur de Ber­lin. Les ré­gimes au­to­ri­taires et les hommes forts ont par­tout le vent en poupe ; re­gar­dez la dé­rive de la Tur­quie. C’est le re­jet de la greffe d’une mon­dia­li­sa­tion li­bé­rale, source d’ho­mo­gé­néi­sa­tion cultu­relle et de désordres so­ciaux. Au Royau­meU­ni du Brexit, dans l’Amé­rique de Trump, en France, par­tout se ma­ni­festent les mêmes frac­tures ter­ri­to­riales, peuple des villes contre peuple des champs, classe cen­trale contre mi­no­ri­tés et élites. Nous de­vons re­fu­ser ces lo­giques de guerre ci­vile qui ne mènent qu’à l’im­passe. ger. Il y a en­fin une nou­velle voie, que veut ou­vrir Em­ma­nuel Ma­cron, celle du ras­sem­ble­ment : contre l’es­prit de que­relle, fai­sons le choix de la vo­lon­té. Il y a un risque ma­jeur de voir la France s’af­fais­ser et pour le pro­chain pré­sident de n’être que le mar­che­pied de la co­lère. Mais il reste une chance his­to­rique de re­fon­der les ins­ti­tu­tions de la Ve Ré­pu­blique et de leur ré­in­suf­fler du sens. C’est une tâche ti­ta­nesque. Les pré­si­dents suc­ces­sifs s’y sont épui­sés, tant les exi­gences de la conquête du pou­voir sont sou­vent contraires aux né­ces­si­tés de l’exer­cice du pou­voir. Ne nous y trom­pons pas. Une fois élu, son tra­vail ne fe­ra que com­men­cer. Trois chan­tiers ma­jeurs l’at­tendent. Le ras­sem­ble­ment, d’abord, pour que son mou­ve­ment ne soit pas un nou­veau par­ti, lié uni­que­ment par une al­lé­geance per­son­nelle, mais un es­pace de re­nou­veau et de dé­bat. Pen­dant trop long­temps les lais­sés­pour-compte de la mon­dia­li­sa­tion et de l’Eu­rope sont res­tés sur le bord du che­min. Leur don­ner une place, ce­la passe par un Etat fort et pro­tec­teur, ga­rant de notre uni­té et por­teur d’un es­prit de fra­ter­ni­té et d’hu­ma­nisme. La ré­forme, en­fin, car le pays a be­soin de se don­ner la preuve qu’il est ca­pable de chan­ger. Il ne s’agit pas de brus­quer ou de triom­pher mais de dé­ga­ger une nou­velle mé­thode de consen­sus au­tour de larges ma­jo­ri­tés d’idées sur des su­jets cru­ciaux pour notre vi­ta­li­té éco­no­mique — no­tam­ment la ques­tion du coût du tra­vail et de la fis­ca­li­té. On ne dé­cide pas de l’ave­nir d’un conti­nent sur la base d’un mou­ve­ment d’hu­meur. Soixante ans après le trai­té de Rome, c’est une ques­tion exis­ten­tielle qui est po­sée à l’Union eu­ro­péenne. La France est au­jourd’hui le prin­ci­pal champ de ba­taille eu­ro­péen : Frexit n’est pas Brexit. Il n’y a pas d’Eu­rope sans la France. Quant aux plans B et aux rap­ports de force, on voit où ils ont me­né la Grèce. Le nou­veau pré­sident au­ra une oc­ca­sion­ma­jeu­re­de­re­lan­cer­le­couple fran­co-al­le­mand, après l’élec­tion al­le­mande de sep­tembre. Le sen­ti­ment an­ti­eu­ro­péen est un diable fa­cile à sor­tir de sa boîte, mais dif­fi­cile à y faire ren­trer une fois élu. Nous sommes à un tour­nant mon­dial, un de ces mo­ments di­plo­ma­tiques où la place des na­tions se re­dé­fi­nit pour plu­sieurs dé­cen­nies. La France peut contri­buer à des­si­ner la nou­velle carte du monde. Elle pè­se­ra tou­jours plus par le dia­logue que par les armes. Il faut pour ce­la mettre fin à la dé­rive in­ter­ven­tion­niste qui a trop long­temps ser­vi de sub­sti­tut à une di­plo­ma­tie ré­flé­chie, en li­mi­tant l’usage de la force à des cas ponc­tuels, en der­nier re­cours et avec l’as­sen­ti­ment des Na­tions unies. Soyons en pointe de la conso­li­da­tion des Etats, face à l’épi­dé­mie d’Etats faillis, afin d’en­rayer la vio­lence et le ter­ro­risme qui y pros­pèrent. La vo­ca­tion de la France, ce n’est pas de pro­pa­ger l’es­prit de guerre. La droite ré­pu­bli­caine a be­soin d’une co­lonne ver­té­brale. Face à la re­com­po­si­tion po­li­tique en cours, les ten­ta­tions de dur­cis­se­ment, dans les dis­cours ou dans les al­liances, risquent d’en­tre­te­nir une spi­rale de ra­di­ca­li­sa­tion et beau­coup de mes amis po­li­tiques, au­jourd’hui dé­jà, peinent à se re­trou­ver dans leur propre fa­mille. Il y a un tra­vail de cla­ri­fi­ca­tion et de mo­der­ni­sa­tion in­dis­pen­sable. Je suis un homme libre et je le res­te­rai.

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