Les al­ler­go­logues ont dé­voi­lé hier leur livre blanc. Ils s’in­quiètent de l’ex­plo­sion des formes sé­vères : rhi­nites chro­niques, asthmes qui s’as­so­cient avec des in­to­lé­rances ali­men­taires…

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - FLORENCEMÉRÉO

pe­tit gar­çon de 5 ans avec le nez qui coule. Elle l’a re­trou­vé avant-hier ado de 15 ans, asth­ma­tique, al­ler­gique aux aca­riens et aux pol­lens. « Je ne l’avais pas re­vu entre-temps. Pour les al­ler­gies, il y a un dogme du C’est dra­ma­tique », sou­pire le doc­teur Isa­belle Bos­sé, al­ler­go­logue à La Ro­chelle (Cha­rente-Ma­ri­time).

« Graves, très graves, ma­jeures, mor­telles… » Les mé­de­cins mul­ti­plient les ad­jec­tifs lors­qu’il s’agit de qua­li­fier l’évo­lu­tion des al­ler­gies. Hier, les plus émi­nents spé­cia­listes fran­çais ont aler­té sur l’ex­plo­sion des formes de plu­sen­plus­sé­vè­res­de­ces­ma­la­dies et pu­blié un livre blanc. « Au­jourd’hui, ce n’est plus seule­ment le fa­meux rhume des foins qui du­rait deux-trois mois. Ce sont des rhi­nites qui se com­plexi­fient ou évo­luent vers l’asthme, des in­to­lé­rances ali­men­taires et/ou di­ges­tives qui s’y ajoutent, des formes im­por­tantes d’ec­zé­ma… », dé­crypte la pro­fes­seur Jocelyne Just, cheffe du ser­vice d’al­ler­go­lo­gie pé­dia­trique à l’hô­pi­tal pa­ri­sien Trous­seau et pré­si­dente de la So­cié­té fran­çaise d’al­ler­go­lo­gie. Dans leur livre blanc, les mé­de­cins de­mandent une prise de conscience po­li­tique et scien­ti­fique et s’in­quiètent d’un pos­sible dé­rem­bour­se­ment des trai­te­ments, no­tam­ment de l’im­mu­no­thé­ra­pie al­ler­gé­nique, plus connue sous le nom de dé­sen­si­bi­li­sa­tion. ge et connais­sance du su­jet », plaide le dé­pu­té (PS) Gé­rard Bapt, très im­pli­qué sur les ques­tions de san­té.

Com­men­te­nest-onar­ri­vé­là ? La faute à qui ? « Les al­ler­gies sont des sen­ti­nelles, elles té­moignent des chan­ge­ments de notre en­vi­ron­ne­ment », pointe la pro­fes­seur Just. Par­mi ses exemples, le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique qui en­traîne des pé­riodes de pol­li­ni­sa­tion plus longues. Mais aus­si la pol­lu­tion et les pes­ti­cides ren­dant plus agres­sifs les pol­lens, le chan­ge­ment d’ha­bi­tudes ali­men­taires, la sé­den­ta­ri­sa­tion…

« Le manque de di­ver­si­té vé­gé­tale a sa part de res­pon­sa­bi­li­té, re­prend-elle. Après la tem­pête de 1999, on a re­plan­té en masse des bou­leaux qui contiennent la même charge al­ler­gique que cer­tains fruits comme la pomme ou la poire. On a vu les al­ler­gies croi­sées aug­men­ter. »

« Tout est ques­tion de vo­cable, ap­puie Ch­ris­tine Rol­land, di­rec­trice de l’as­so­cia­tion Asthme et al­ler­gie. On l’em­ploie à toutes les sauces, on dit qu’on est al­ler­gique au tra­vail, à sa belle-mère… ça ba­na­lise un phé­no­mène qui est grave. » Elle cite la dé­té­rio­ra­tion du som­meil, l’iso­le­ment, les troubles de la concen­tra­tion, voire des cas de choc ana­phy­lac­tique (une ré­ac­tion al­ler­gique pous­sée à l’ex­trême, pou­vant al­ler jus­qu’à la mort)… « La rhi­nite al­ler­gique, c’est sept mil­lions de jour­nées non tra­vaillées en France ; l’al­ler­gie est la pre­mière cause de perte de pro­duc­ti­vi­té », re­prend-elle, en se grat­tant ré­gu­liè­re­ment la gorge. « Ce n’est pas une al­ler­gie », pré­cise-t-elle avant d’ajou­ter : « Quoique ! »

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