Une der­niè­rej ournée cham­bou­lée

Le Parisien (Paris) - - News - OLI­VIER BEAUMONT, VA­LÉ­RIE HACOT, QUENTIN LAURENT ET PAU­LINE THÉ VENIAUD

RÉ­CU­PÉ­RA­TION PO­LI­TIQUE ? Tous les can­di­dats s’en dé­fendent. Et pour­tant. A l’avant-veille du pre­mier tour, l’at­ten­tat des Champs-Ely­sées n’est évi­dem­ment pas sans consé­quences po­li­tiques. Dif­fi­cile d’en éva­luer l’éven­tuel im­pact élec­to­ral, mais ce drame a en tout cas eu des ré­per­cus­sions di­rectes sur la cam­pagne. Cer­tains ont in­ter­rom­pu la leur, comme Fillon et Le Pen. D’autres la pour­suivent en op­tant pour des dis­cours ci­toyens comme Ha­mon et Mé­len­chon. Tan­dis qu’un Ma­cron, mi-chèvre mi­chou, a an­nu­lé ses dé­pla­ce­ments pré­vus mais a ef­fec­tué à la place des ren­contres sur le thème de la sé­cu­ri­té.

FILLON SE POSE EN HOMME DE LA SI­TUA­TION

Prendre les ha­bits du pré­sident ré­ga­lien, so­lide dans l’épreuve et dé­ter­mi­né face à l’en­ne­mi. Voi­là ce qu’a ten­té de faire hier Fran­çois Fillon, lors d’une dé­cla­ra­tion so­len­nelle à son QG : « Ce com­bat pour la li­ber­té et la sé­cu­ri­té des Fran­çais se­ra le mien », a in­sis­té ce­lui qui, de­puis plu­sieurs jours dé­jà, a re­cen­tré ses dis­cours sur la sé­cu­ri­té et la lutte contre le ter­ro­risme. Ma­nière de par­ler au coeur de l’élec­to­rat de droite et de se dra­per comme le meilleur rem­part face aux dan­gers du fon­da­men­ta­lisme. « Cer­tains n’ont, semble-t-il, pas en­core to­ta­le­ment pris la me­sure du mal qui nous agresse et que j’en­tends com­battre d’une main de fer », a en­fon­cé Fillon, al­lu­sion à Em­ma­nuel Ma­cron.

Ce qui n’a pas em­pê­ché l’an­cien Pre­mier mi­nistre de com­mettre un im­pair, ré­pan­dant une fausse ru­meur. Jeu­di sur France 2, il a dé­cla­ré qu’il y avait « d’autres vio­lences ailleurs dans Pa­ris », après la fu­sillade sur les Champs-E ly­sées. Af­fir­ma- tion ré­ité­rée hier en marge de son al­lo­cu­tion, sur la base de rap­ports de po­lice. Un in­di­vi­du a bel et bien ten­té de vo­ler jeu­di soir l’arme d’un mi­li­taire de Sen­ti­nelle dans le Ier ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. Mais, se­lon la pré­fec­ture de po­lice, l’homme n’avait rien à voir avec l’at­taque en cours… « On ne s’en ré­jouit pas. On est plu­tôt at­ter­rés d’avoir vu juste. » Phi­lippe Oli­vier, un des proches conseillers de Ma­rine Le Pen, ré­fute toute ten­ta­tive de ré­cu­pé­ra­tion. La can­di­date FN a in­ter­rom­pu sa cam­pagne dès jeu­di soir. Le dé­pla­ce­ment pro­gram­mé hier ma­tin dans un centre de la SPA aé­tére mpla­cé par une con­fé­rence de presse so­len­nelle au QG. In­ter­ven­tion mus­clée : « Cette guerre nous est me­née sans pi­tié et sans ré­pit. Cha­cun com­prend que nous ne pou­vons pas la perdre. Or, de­puis dix ans, sous les gou­ver­ne­ments de droite et de gauche, tout a été fait pour que nous la per­dions », cogne-t-elle. Des pro­pos en par­faite adé­qua­tion avec le ton très an­xio­gène de sa cam­pagne. De­puis une se­maine, elle a dur­ci son dis­cours, his­toire de re­trou­ver une dy­na­mique. Il le sait. En ces cir­cons­tances, sa jeu­nesse et son manque d’ex­pé­rience jouent contre lui. Alors, le can­di­dat d’En Marche ! s’ef­force de faire pré­sident. Dra­peaux fran­çais et eu­ro­péen, pu­pitre tri­co­lore, mine grave… Hier mi­di, Ma­cron s’est ex­pri­mé dans une al­lo­cu­tion en­re­gis­trée à son QG. « Le rôle pre­mier du pré­sident de la Ré­pu­blique est de pro­té­ger les Fran­çais. J’y suis prêt », ré­pète-t-il en boucle, pro­met­tant de se mon­trer « im­pla­cable ». Les deux mee­tings de Rouen et Ar­ras, le dé­pla­ce­ment à Saint-Etienne-du-Rou­vray pré­vus hier ? An­nu­lés, dans la nuit de jeu­di à ven­dre­di. Pas ques­tion, jus­ti­fie-t-il, de mo­bi­li­ser des forces de l’ordre, ni d’af­fi­cher une image de fer­veur, au len­de­main du drame. Pas ques­tion non plus de sus­pendre sa cam­pagne. Le dé­pla­ce­ment sym­bo­lique un temps en­vi­sa­gé a été rem­pla­cé pour une sé­rie de réunions. No­tam­ment avec des re­pré­sen­tants des syn­di­cats de po­li­ciers. Fa­çon, une fois de plus, de se mon­trer en homme d’Etat.

HA­MON ET LES « VA­LEURS DE LA RÉ­PU­BLIQUE »

Non, juge le can­di­dat PS, « la dé­mo­cra­tie ne peut pas s’ar­rê­ter, être em­pê­chée par un acte ter­ro­riste ». « Mettre entre pa­ren­thèses le dé­bat » au­rait été, pour Benoît Ha­mon, « une grave er­reur ». Il a tout de même an­nu­lé un dé­pla­ce­ment à Evry. Mais pas sa réunion pu­blique de Car­maux (Tarn), sur les terres de Jean Jau­rès. « C’est parce que les fa­na­tiques haïssent ce mo­ment dé­mo­cra­tique qu’il faut le ché­rir en­core plus », a-t-il lan­cé. Pour ce­lui qui juge « sor­dide » la « sur­en­chère po­li­tique » sur les ques­tions de sé­cu­ri­té, hier, se­lon son en­tou­rage, « la prio­ri­té était de prendre la pa­role sur les va­leurs de la Ré­pu­blique ».

MÉ­LEN­CHON NE VEUT PAS SE LAIS­SER « INTIMIDER »

Pour le pa­tron de la France in­sou­mise, hors de ques­tion d’in­ter­rompre la cam­pagne, de « cé­der » du ter­rain au ter­ro­risme. Et donc d’an­nu­ler les « apé­ros in­sou­mis » qui avaient été pré­vus par­tout en France hier soir. « Les va­leurs ré­pu­bli­caines exigent qu’on achève di­gne­ment cette cam­pagne en n’an­nu­lant au­cune réunion. La dé­mo­cra­tie est plus forte, a as­sé­né Jean-Luc Mé­len­chon lors d’une courte al­lo­cu­tion sur Fa­ce­book. Nous de­vons mon­trer que nous ne sommes pas in­ti­mi­dés par les tueurs. » Et d’ex­hor­ter ses « amis » les autres can­di­dats « à main­te­nir toutes les ren­contres qu’ils avaient pré­vu d’or­ga­ni­ser » et à un « de­voir de sang-froid » contre les « po­lé­miques gros­sières et vul­gaires » de ré­cu­pé­ra­tion po­li­tique. Mé­len­chon a clos sa cam­pagne avec un apé­ro or­ga­ni­sé à Mé­nil­mon­tant à Pa­ris avec l’Es­pa­gnol Pablo Igle­sias, se­cré­taire gé­né­ral de Po­de­mos.

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