LE GRAND SUS­PENSE

Ja­mais un pre­mier tour d’une élec­tion pré­si­den­tielle n’a connu une is­sue aus­si in­cer­taine qu’au­jourd’hui.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DOS­SIER RÉA­LI­SÉ PAR VINCENT MONTGAILLARD

66 546 BU­REAUX DE VOTE POUR BEAU­COUP DE CI­TOYENS, CE MO­MENT RÉ­PU­BLI­CAIN PEUT DON­NER UNE IM­PRES­SION D’HAR­MO­NIE, UN SEN­TI­MENT DE COM­MU­NION ” JEAN-RO­GER DINTRANS, PSY­CHIATRE

LA FRANCE ci­toyenne re­tient son souffle en ce jour de pre­mier tour. C’est l’ave­nir de tout un pays qui se joue der­rière le ri­deau de l’iso­loir. Ja­mais l’is­sue d’une élec­tion pré­si­den­tielle, si riche en in­dé­cis, hé­si­tant en­core ce ma­tin au ré­veil à vo­ter utile ou se­lon leurs convic­tions, n’a sem­blé aus­si in­cer­taine. Ja­mais sous la Ve Ré­pu­blique un scru­tin n’a été confron­té à une telle me­nace ter­ro­riste. Ja­mais les voix du peuple, qui doivent dé­par­ta­ger onze pré­ten­dants, ne s’étaient pro­non­cées sous le ré­gime de l’état d’ur­gence. De la pre­mière heure à la der­nière se­conde, des pri­maires de la droite et de la gauche jus­qu’à l’ap­pa­ri­tion, sur les pe­tits écrans, du vi­sage des deux fi­na­listes ce soir, cette conquête de l’Ely­sée aux mul­tiples re­bon­dis­se­ments au­ra été his­to­rique. Après des mois d’ob­ser­va­tion des can­di­dats au cours de cette folle campagne, ryth­mée par les af­faires, les des­centes aux en­fers ou les as­cen­sions éclairs, près de 47 mil­lions de Fran­çais sont in­vi­tés, ce di­manche, à pas­ser à l’ac­tion. Et à se rendre ain­si aux urnes dans 66 546 bu­reaux de vote ou­verts pour la pre­mière fois jus­qu’à 19 heures par­tout dans l’Hexa­gone (et tou­jours 20 heures dans les grandes mé­tro­poles). Des mai­ries, des écoles, des ly­cées, des gym­nases… sous très haute sur­veillance trois jours après l’at­ten­tat sur les Champs-Ely­sées, dont nul ne sait pré­ci­sé­ment quelle in­ci­dence il au­ra au mo­ment du dé­pouille­ment. En­vi­ron 50 000 po­li­ciers et gen­darmes, ap­puyés par 7 000 mi­li­taires de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle, sont mo­bi­li­sés pour pa­trouiller aux abords de ces sanc­tuaires dé­mo­cra­tiques afin de les pro­té­ger de la haine dji­ha­diste.

C’est dans ce cli­mat an­xio­gène que des élec­teurs dans le doute ou pleins d’es­poir vont s’ex­pri­mer ou, à l’in­verse, s’abs­te­nir, en­traî­nés par leurs dés­illu­sions. Cer­tains rêvent d’une sur­prise, d’autres la re­doutent. Le stress col­lec­tif at­tein­dra des som­mets, à l’ins­tar du sus­pense po­li­tique qui anime ce jour le plus long du quin­quen­nat.

Toute une na­tion en proie à la dé­sta­bi­li­sa­tion a l’oc­ca­sion de se ras­sem­bler. « Pour beau­coup de ci­toyens, ce mo­ment ré­pu­bli­cain peut don­ner une im­pres­sion d’har­mo­nie, un sen­ti­ment de com­mu­nion », po­si­tive Jean-Ro­ger Dintrans, psy­chiatre char­gé de cours à l’uni­ver­si­té Pa­ris V. « Même s’ils n’ont pas les mêmes idées, même si leurs bul­le­tins sont à l’op­po­sé, ils font l’ef­fort de se dé­pla­cer. Ils par­ti­cipent à un même mou­ve­ment pour faire mar­cher la dé­mo­cra­tie et bou­ger le des­tin d’un pays », ana­lyse-t-il.

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