Fran­çois, le pape des ca­no­ni­sa­tions

ÉGLISE Le pape sanc­ti­fie­ra deux en­fants à Fa­ti­ma le 13 mai. C’est une des clés de sa po­li­tique.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR JÉ­RÔME SAGE

ET DEUX CA­NO­NI­SA­TIONS de plus ! Le pape Fran­çois a an­non­cé que, le 13 mai, il élè­ve­rait au rang de saint à titre post­hume deux en­fants de ber­gers qui avaient vu la Vierge à Fa­ti­ma, au Por­tu­gal, le 13 mai 1917. C’est la marque de sa po­li­tique clé­ri­cale. Lors de la pre­mière cé­ré­mo­nie de ca­no­ni­sa­tion de son pon­ti­fi­cat en 2013, il avait d’en­trée po­sé un re­cord : d’un coup, il avait pro­cla­mé saints 813 Ita­liens, ha­bi­tants de la ville d’Otrante, dans les Pouilles, exé­cu­tés en 1480 par les en­va­his­seurs ot­to­mans. Le geste an­non­çait un pon­ti­fi­cat où la sain­te­té au­rait une odeur par­ti­cu­lière…

« A chaque pon­ti­fi­cat son iden­ti­té, sa so­cio­lo­gie de la ca­no­ni­sa­tion, dé­crypte Ch­ris­tophe Di­ckès, his­to­rien du ca­tho­li­cisme, au­teur de Ces douze papes qui ont bou­le­ver­sé le monde (Edi­tions Tal­lan­dier, 2015). Pour Fran­çois, béa­ti­fier Os­car Ro­me­ro (NDLR : évêque dé­fen­seur des pay­sans sans terres, as­sas­si­né en 1980 au Sal­va­dor en pleine messe. Son dos­sier a long­temps été blo­qué au Va­ti­can à cause de ses po­si­tions ju­gées mar­xis

tes), c’est un geste po­li­tique. Et per­sonne ne s’y op­pose parce qu’on ne s’op­pose pas au pape. Bien sûr, ces dé­ci­sions causent des dé­bats. Par exemple, cer­tains n’ont pas ap­pré­cié la ca­no­ni­sa­tion de Jean-Paul II, es­ti­mant qu’il était trop tôt. »

Car si le Va­ti­can est do­té d’une congré­ga­tion pour la cause des saints, char­gée d’exa­mi­ner se­lon un pro­ces­sus mé­ti­cu­leux les mi­racles prê­tés aux can­di­dats — un mi­racle vé­ri­fié pour de­ve­nir « bien­heu­reux », deux pour ac­cé­der au rang de saint —, les ca­no­ni­sa­tions sont au­tant d’em­preintes et de mes­sages po­li­tiques en­voyés par l’évêque de Rome au monde.

« Jean-Paul II, pour­suit l’his­to­rien, pen­sait à la fin des temps, dans un siècle qui niait l’hu­ma­ni­té, pour le­quel il fal­lait ca­no­ni­ser les mar­tyrs de la guerre d’Es­pagne, du com­mu­nisme, du na­zisme… » Le pape po­lo­nais, en vingt-cinq ans, en a ca­no­ni­sé 482, plus que ses pré­dé­ces­seurs réu­nis de­puis le XVe siècle. Mais Fran­çois est bien par­ti pour le rat­tra­per, car si « seule­ment » 35 cé­ré­mo­nies de ca­no­ni­sa­tion ont eu lieu, dans les faits ce­la re­groupe par­fois beau­coup de mon- de. Ain­si, en oc­tobre pro­chain, ce se­ront 30 Bré­si­liens qui de­vien­dront saints d’un coup !

Là où Fran­çois ré­vo­lu­tionne, c’est dans l’usage du droit pa­pal à créer des saints par simple dé­cret, sans pro­cès ni preuves né­ces­saires de mi­racles ou d’une mort en mar­tyr. Une pro­cé­dure qu’il a uti­li­sée cinq fois dé­jà. Par ailleurs, la sanc­ti­fi­ca­tion de Jean XXIII s’est faite sans re­con­nais­sance d’un se­cond mi­racle. En­fin, le pape des pauvres a mis en place une « grille ta­ri­faire » li­mi­tant les frais, par­fois énormes, à as­su­mer pour les dio­cèses afin de me­ner l’en­quête des­ti­née à faire béa­ti­fier ou ca­no­ni­ser quel­qu’un ! « Il y a chez Fran­çois une ré­ha­bi­li­ta­tion des re­li­gio­si­tés po­pu­laires : ré­ci­ter des cha­pe­lets, faire des prières simples. Ca­no­ni­ser à Fa­ti­ma des ber­gers, c’est tout à fait dans cet es­prit. »

AU­TANT DE MES­SAGES PO­LI­TIQUES EN­VOYÉS AU MONDE

Va­ti­can, le 4 sep­tembre 2016. Le pape Fran­çois di­ri­geait la ca­no­ni­sa­tion de mère Te­re­sa de Cal­cut­ta.

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