Tout le monde a du mal avec l’in­con­nu ”

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - Eric Al­bert PSY­CHIATRE, SPÉ­CIA­LISTE DE L’AN­XIÉ­TÉ

LE PSY­CHIATRE Eric Al­bert est consul­tant en en­tre­prise, à la tête du ca­bi­net de conseil Uside. Quel im­pact l’at­ten­tat des Champs-Ely­sées peut-il avoir dans la tête des élec­teurs ?

ÉRIC AL­BERT. Il y a une émo­tion forte. Dans l’iso­loir, l’at­taque des ChampsE­ly­sées peut se re­trou­ver à tra­vers une ques­tion que se pose l’élec­teur : qui me pro­té­ge­ra le mieux des at­ten­tats ? On sait que le vote a, en par­tie, une di­men­sion émo­tion­nelle. Tout le monde se fo­ca­lise sur des risques spec­ta­cu­laires et char­gés de sym­boles. Mais le risque réel pour un Fran­çais d’être la cible d’une at­taque ter­ro­riste est mi­nime, beau­coup plus faible que d’avoir, par exemple, un ac­ci­dent de la route. La crainte d’une nou­velle at­taque peut-elle conduire des ci­toyens an­gois­sés à ne pas se rendre aux urnes ? Ce qui est sûr, c’est que, plus vous mo­di­fiez vos ha­bi­tudes de vie par peur du ter­ro­risme, plus vous de­ve­nez pas­sif et plus vous aug­men­tez votre an­xié­té. Vous met­tez alors un risque par­tout où il n’a pas lieu d’être. Etre ac­teur, c’est ne sur­tout rien chan­ger ! Cette élec­tion est éga­le­ment source de stress en rai­son de son is­sue po­li­tique to­ta­le­ment in­cer­taine… Elle est por­teuse d’in­con­nues. Or tout le monde a du mal avec l’in­con­nu. Dans la ges­tion de l’in­cer­ti­tude, cha­cun doit se de­man­der : sur quoi je peux agir, sur quoi je ne peux pas agir ? On peut agir en al­lant vo­ter. On a alors fait tout ce qui était en notre pou­voir. Après, il faut contrô­ler son émo­tion et son an­goisse en se concentrant sur d’autres choses comme la pêche à la ligne, la lec­ture ou la mé­di­ta­tion. Et se dé­con­nec­ter du scru­tin jus­qu’à 20 heures. At­ten­tion à pas se lais­ser pié­ger par le sus­pense, ça ne sert à rien, on n’a au­cune em­prise. On doit prendre conscience que notre ca­pa­ci­té d’ac­tion est li­mi­tée. Ce qui va pro­vo­quer du stress, c’est de vou­loir agir sur des choses sur les­quelles on n’a pas de contrôle. Qu’est-ce que ce stress est alors sus­cep­tible de pro­vo­quer en nous ? Une perte de nos ca­pa­ci­tés re­la­tion­nelles, une es­pèce d’ir­ri­ta­bi­li­té, un sen­ti­ment de ma­laise… Mais il peut, même un jour de pre­mier tour, être bé­né­fique, non ? Ce­la peut être très sti­mu­lant. Le pic va ar­ri­ver au mo­ment des ré­sul­tats. Il y au­ra alors une in­cer­ti­tude en moins, ça va fer­mer des portes. Les grandes joies, les grandes dé­cep­tions, beau­coup d’émo­tions, c’est le sel de la vie. Peut-on se trom­per de bul­le­tin dans l’iso­loir à cause de l’an­goisse ? C’est ra­ris­sime ! En fait, quand on est stres­sé, c’est qu’il s’agit d’un mo­ment très im­por­tant pour nous, alors on est vi­gi­lant.

« IL FAUT CONTRÔ­LER SON ÉMO­TION ET SON AN­GOISSE EN SE CONCENTRANT SUR D’AUTRES CHOSES »

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