« C’est la pre­mière fois que j’ai de tels doutes sur l’is­sue du scru­tin ! »

Léo, 91 ans, pen­sion­naire d’une mai­son de re­traite

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR -

CEMATIN, Léo, bien­tôt 91 ans, se ren­dra aux urnes à pied avec son bul­le­tin Fillon dans la poche, ce­lui-là même qu’il a re­çu à la mai­son de re­traite avec les pro­fes­sions de foi des can­di­dats. Pas ques­tion pour lui de pio­cher par­mi les pa­piers ali­gnés sur la table du bu­reau de vote. « Ah ça non ! Je vois flou alors je ne vou­drais pas me trom­per et confondre avec un autre nom en -on comme Ma­cron, Ha­mon ou Mé­len­chon ! » lâche ce pen­sion­naire de la ré­si­dence de l’Ab­baye à Saint-Maur (Val-de-Marne). Il n’y a pas que les lettres ca­pi­tales que ce pe­tit bon­homme à l’air ma­li­cieux voit flou. L’is­sue du scru­tin lui ap­pa­raît éga­le­ment trouble. « C’est la pre­mière fois de ma vie que j’ai de tels doutes », re­con­naît l’an­cien ins­ti­tu­teur « du­rant qua­rante et quelques an­nées… ». fe­ra « un peu de marche le ma­tin et l’après-mi­di ». « Comme tous les jours », souffle-t-il entre deux gor­gées de thé à l’heure du goû­ter. Le no­na­gé­naire, qui a « l’ex­pé­rience de l’âge », en­tend res­ter « calme » mal­gré les en­jeux. De même qu’il ne veut sur­tout pas cé­der à la « psy­chose » du drame ci­blant un bu­reau de vote. « J’ai confiance en la sé­cu­ri­té de mon pays qui a su dé­jouer des at­taques, même si je sais que le risque zé­ro n’existe pas », pré­cise-t-il.

Sa voi­sine Gi­nette, 90 ans, elle, ne se dé­pla­ce­ra pas. Non pas parce qu’elle a peur, mais parce que c’est une élec­trice « désa­bu­sée ». Un acte in­édit dans sa car­rière de ci­toyenne. « Je vais faillir à mon de­voir. Mais au­cun can­di­dat ne me donne en­vie. Mon gendre m’a dit : Mais alors

vo­tez blanc ! Mais moi, je n’ai pas en­vie. Si j’y al­lais, j’au­rais l’im­pres­sion de tra­hir ma fran­chise. Si c’est juste pour tam­pon­ner ma carte, je trouve que c’est de la lâ­che­té », mar­tèle la ré­si­dante qui d’ha­bi­tude a « le coeur à droite ».

Pour au­tant, cette campagne 2017, elle l’a sui­vie de très près, ne man­quant au­cun dé­bat. « Je m’in­té­resse énor­mé­ment à la po­li­tique, c’est bien pour ça que je vois qu’il n’y a au­cun pré­ten­dant va­lable à qui je peux ap­por­ter ma confiance », ré­pète la re­trai­tée. Elle s'in­quiète du ré­sul­tat. « Pas pour moi parce que mon ave­nir est fi­ni et qu’à mon âge, on n’a plus d’es­poir mais pour mes pe­tits-en­fants et ar­rière-pe­tits-en­fants », confie-telle. Vers 20 heures, elle se­ra donc de­vant son poste de té­lé­vi­sion. « Pour sa­voir qui va nous com­man­der et nous vo­ler… »

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