D’ÉLEC­TION

Pour les pré­ten­dants à l’Ely­sée, c’est une date qui res­te­ra gra­vée dans leur mé­moire, celle de l’at­tente de ce ré­sul­tat qui peut tout faire bas­cu­ler. D’an­ciens can­di­dats se sont confiés.

Le Parisien (Paris) - - FAIT DU JOUR - MYRIAMENCAOUA

toute leur vie. C’est le jour le plus long pour les onze pré­ten­dants à l’Ely­sée. Si l’at­tente est sou­vent dif­fi­cile, cette fois, elle risque — pour quelques-uns — de vi­rer au sup­plice chi­nois tant le scru­tin est in­cer­tain. Alors à quoi res­semble ce di­manche pour les can­di­dats ? De qui s’en­tourent-ils pour dé­com­pres­ser ? Quelle image donnent-ils d’eux-mêmes, pour la pos­té­ri­té, dans ces mo­ments où leur des­tin peut bas­cu­ler ?

L’his­toire des pré­si­den­tielles a re­te­nu quelques scènes my­thiques. De se­conds tours prin­ci­pa­le­ment. 10 mai 1981, chambre 15 de l’hô­tel du Vieux Mor­van, à Châ­teau-Chi­non, dans la Nièvre. C’est dans ces 10m2 que Fran­çois Mit­ter­rand dis­pa­raît après le dé­jeu­ner pour faire… la sieste ! Quand il fi­nit par re­joindre ses proches, il ex­prime un re­gret. L’ap­pa­ri­tion des co­ni­fères vient as­som­brir la fo­rêt du Vieux Mor­van. D’autres n’au­ront pas ce flegme. Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing fe­ra les cent pas pen­dant de longues heures sur la ter­rasse de son bu­reau du Louvre en 1974, dé­cou­vrant, ab­so­lu­ment seul, les ré­sul­tats sur son poste de té­lé­vi­sion. Images in­croyables, cap­tu­rées par la ca­mé­ra de Ray­mond De­par­don.

Mais les di­manches de pre­mier tour ré­servent aus­si leur lot de re­bon­dis­se­ments. Le 22 avril 2007, Ni­co­las Sar­ko­zy en­chaîne les joggings et les coups de fils dans une fré­né­sie qui masque mal l’autre épreuve qu’il af­fronte ce jour-là : l’ab­sence, à ses cô­tés, de son épouse Cé­ci­lia. Sé­go­lène Royal, ce même di­manche, dompte l’an­xié­té avec ses en­fants et les jour­na­listes au­tour d’elle dans les rues de Melle, le vil­lage de sa cir­cons­crip­tion des Deux­Sèvres où elle pos­sède une pe­tite mai­son. « Elle avait dres­sé la table dans­le­jar­di­net­pré­pa­ré­des­pâ­te­sau ba­si­lic » se sou­vient la jour­na­liste Fran­çoise De­gois. Pour Ju­lien Dray, qui l’ac­com­pagne aus­si, « le plus long, c’est la der­nière heure, entre 17heures et 18heures. On plai­sante moins, l’am­biance se tend ». L’at­mo­sphère de­vien­dra gla­ciale quand elle dé­ci­de­ra de ré­écrire en­tiè­re­ment son dis­cours, re­tar­dant de plus d’une heure, après l’an­nonce des ré­sul­tats, son in­ter­ven­tion. La pres­sion de Fran­çois Hol­lande, qui la har­cèle de­puis Pa­ris pour qu’elle s’ex­prime plus tôt, n’y chan­ge­ra rien. Prise de pa­role : 21 h 40. Bien trop tard. En­fin, il y a les pre­miers tours amné­siques. Au­tour de Lio­nel Jos­pin, plus per­sonne ne se sou­vient de sa jour­née du 21 avril 2002 avant les ré­sul­tats. Jean Gla­va­ny, qui di­ri­geait sa campagne, l’a pour­tant re­trou­vé dans l’après-mi­di à Tou­louse pour re­joindre Pa­ris. « Cette jour­née s’est ef­fa­cée de ma mé­moire. Le coup de ton­nerre des ré­sul­tats a tout écra­sé, tout le reste avant est dans les limbes… » ad­met-il. Quand les pre­mières es­ti­ma­tions tombent, per­sonne ne prend la peine d’ap­pe­ler le can­di­dat. « On était tous pa­ra­ly­sés », se jus­ti­fie le com­mu­ni­cant Jacques Sé­gué­la. Jos­pin ar­rive tout sou­rire à l’Ate­lier, son QG de campagne. La nou­velle lui se­ra as­sé­née, de but en blanc, un peu avant 19 heures par Gé­rard Le Gall, char­gé des son­dages au PS. Son épouse va­cille. « Tai­sez­vous, j’ai per­du », achève Jos­pin.

Pen­dant ce temps à Saint-Cloud, Jean-Ma­rie Le Pen est son­né, écra­sé par la pos­si­bi­li­té, que lui n’ex­clut pas, d’être élu.

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