AHARAJAHS

« Joyaux des Grands Mo­ghols aux maharajahs » réunit 270 bi­joux in­diens d’ex­cep­tion au Grand Pa­lais. Les fastes d’une époque royale.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS -

et a fait du PSG une puis­sance eu­ro­péenne. Son Al­tesse Sheikh Ha­mad bin Ab­dul­lah al­Tha­ni, membre de cette dy­nas­tie, se pas­sionne pour l’Inde et ses bi­joux. Les plus beaux, for­cé­ment. Mé­tho­di­que­ment. Scien­ti­fi­que­ment. C’est même cos­mique : chaque gemme, dia­mant, perle, sa­phir, éme­raude, zir­con, topaze, oeil-de-chat, co­rail est as­so­cié à une pla­nète et à des pou­voirs ma­giques. qui nous a sur­pris : ce croc d’élé­phant en or, pour main­te­nir la bride de l’animal. Le pa­chy­derme sa­cré s’ar­bore aus­si en boucles d’oreilles. Tous ces poi­gnards, dagues et épées, face aux­quelles celles de nos aca­dé­mi­ciens semblent bien ternes. Les textes ne disent pas vrai­ment qui, ou quoi, l’on tuait, à moins que ces poi­gnards en jade, ru­bis, dia­mants, éme­raudes et lame en acier in­crus­té d’or aient sur­tout eu un rôle dé­co­ra­tif. Telle épée du XVIIIe siècle en Inde, à l’acier trem­pé da­mas­qui­né d’or, un chef-d’oeuvre, porte une ins­crip­tion si­gni­fiant « la vic­toire vient d’Al­lah et le triomphe est proche ».

Des bagues d’ar­cher, da­tant du XVIIe siècle, ser­vaient à pro­té­ger le pouce du ci­saille­ment de la corde lorsque l’ar­cher ban­dait son arc. On com­prend vite que ces armes ser­vaient à l’ac­ti­vi­té la plus pri­sée des sou­ve­rains des Etats mu­sul­mans ou hindous de l’Inde : la chasse, sou­vent dan­ge­reuse. Des « armes fé­roces et somp­tueuses », comme il est dit dans le ca­ta­lo- gue, à tra­vers les­quelles les princes mo­ghols ri­va­li­saient aus­si entre eux en termes d’in­ven­tions es­thé­tiques et tech­niques, comme ces crosses de pis­to­let en têtes d’oi­seaux.

Man­teaux de ma­riées, bols, plats, cuillers, ai­grettes, col­liers, or­ne­ments de tur­bans, cet art de vivre s’in­cruste dans tous les do­maines. Les cours vou­laient aus­si im­pres­sion­ner les vi­si­teurs eu­ro­péens. Au dé­but du XXe siècle, Jacques Car­tier se rend sur place et s’ins­pire de cette tra­di­tion in­dienne dans ses créa­tions. Il oeuvre aus­si di­rec­te­ment pour les der­niers princes in­diens. La mai­son Car­tier et la bi­jou­te­rie occidentale, au­jourd’hui, se nour­rissent tou­jours des sou­ve­nirs de ces ma­ha­ra­ja- hs d’au­tre­fois, qui ap­pa­raissent sur des pein­tures d’époque dans l’ex­po­si­tion, équi­valent des por­traits de cour de Louis XV ou Louis XVI, comme leurs tré­sors ri­va­lisent avec les pa­rures de Ma­rie-An­toi­nette ou de l’im­pé­ra­trice Jo­sé­phine. L’in­dé­pen­dance de l’Inde, en 1947, a mis fin à ses fastes. Res­tent ces bi­joux, té­moins pré­cieux aus­si pour l’his­toire qu’ils ra­content.

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