Be­noît Ha­mon as­sume l’hu­mi­lia­tion du PS

Le can­di­dat so­cia­liste, meur­tri par cette dé­faite, a ap­pe­lé dès hier, sans équi­voque, à vo­ter Ma­cron.

Le Parisien (Paris) - - PRÉSIDENTIELLE 2017 - AVA DJAMSHIDI

Le Par­ti so­cia­liste a réa­li­sé hier soir son pire score de­puis 1969 au pre­mier tour d’une pré­si­den­tielle. Se­lon les pre­miers ré­sul­tats, avec 6,4 %* des suf­frages ex­pri­més, Be­noît Ha­mon a même fait lar­ge­ment moins que Lio­nel Jos­pin en 2002 (16,18 %). Un score ac­cueilli par des cris de déses­poir à la Mu­tua­li­té, à Pa­ris (Ve), dans cette même salle où ses sup­por­teurs avaient cé­lé­bré sa vic­toire à la pri­maire de la gauche.

Le can­di­dat so­cia­liste a pris acte de cette gifle élec­to­rale un peu plus tôt, en­fer­mé avec sa garde rap­pro­chée dans une pièce du 5e étage. Concen­tré, Ha­mon y a pré­pa­ré sa dé­cla­ra­tion. L’an­cien fron­deur a-t-il hé­si­té à ap­pe­ler à vo­ter pour Em­ma­nuel Ma­cron ? « La ques­tion ne s’est pas po­sée, pas même un gramme de se­conde », cer­ti­fie un de ses proches.

Très vite après l’an­nonce de la qua­li­fi­ca­tion de Le Pen et de Ma­cron au se­cond tour, Be­noît Ha­mon prend la pa­role, grave. « J’ai échoué à dé­jouer le dé­sastre qui s’an­non­çait de­puis plu­sieurs mois. J’en as­sume plei­ne­ment la res­pon­sa­bi­li­té sans me dé­faus­ser sur les cir­cons­tances du quin­quen­nat ou les tra­hi­sons, en­tame-t-il, re­gard dé­la­vé. Cet échec est une pro­fonde meur­tris­sure, je me­sure la sanc­tion his­to­rique lé­gi­time que vous avez ex­pri­mée en­vers le Par­ti so­cia­liste. » Le can­di­dat ne masque pas sa dou­leur. Et évoque le se­cond tour. « Je fais une distinction claire et to­tale entre un ad­ver­saire po­li­tique et une en­ne­mie de la Ré­pu­blique, com­mence-t-il. J’ap­pelle à battre le plus puis­sam­ment pos­sible le Front na­tio­nal en vo­tant pour Em­ma­nuel Ma­cron même si ce­lui-ci n’ap­par­tient pas à la gauche. » Mais cette af­fiche n’en­chante guère son en­tou­rage. « Un duel entre un es­croc et une ra­ciste », se­lon les termes d’un de ses proches. « On ne va pas tor­tiller du po­po­tin, je mouille­rai la che­mise pour faire cam­pagne contre Le Pen », pro­met le dé­pu­té Jé­rôme Guedj.

Dans la salle, des jeunes so­cia­listes ont les larmes aux yeux. Comme Clé­mence, 24 ans, qui dis­tri­bue des dra­peauxeu­ro­péens,son­née.Au­mi­lieude la foule, une vieille dame a l’air per­du. « Je suis ef­frayée. Vous sa­vez, je suis née en 39… », mur­mure-t-elle. Une in­fir­mière à la re­traite se la­mente. Car- men Agui­lar ne sait pas pour qui vo­ter au se­cond tour. « J’ai peur que ma co­lère soit plus forte que ma rai­son », lâche-t-elle. Elle égrène tant de griefs : « François Hol­lande, res­pon­sable d’un quin­quen­nat ca­tas­tro­phique », « Ma­nuel Valls qui a poi­gnar­dé la gauche », « ces im­bé­ciles qui ont lais­sé en­trer le loup Ma­cron dans la ber­ge­rie », « ces dé­pu­tés op­por­tu­nistes qui l’ont ral­lié »… « On va ré­gler nos comptes au congrès en oc­tobre », jure-t-elle. Ha­mon a dé­jà pré­ve­nu les siens. « Je ne dé­ser­te­rai pas », pro­met-il en comp­tant pe­ser dans la ba­taille des lé­gis­la­tives de juin. Et après ? Ré­ponse d’un de ses proches : « On sort la pelle, la pioche, et on re­cons­truit. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.