« Je me suis bat­tu comme un dingue »

Re­tour sur le par­cours sin­gu­lier de Lar­bi Ben­bou­daoud, res­pon­sable de l’équipe de France fé­mi­nine qui a rem­por­té cinq mé­dailles in­di­vi­duelles aux Cham­pion­nats d’Eu­rope.

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - PAR GILLES TOURNOUX

À COUP SÛR, les ju­do­kates tri­co­lores n’y ont pas échap­pé. Lar­bi Ben­bou­daoud leur a ré­ci­té le cou­plet sur sa « culture de l’ins­tant » avant les Cham­pion­nats d’Eu­rope, ache­vés hier à Var­so­vie, en Po­logne, par l’épreuve par équipes rem­por­tée par les Bleues. « Ce n’est pas avant ou après qu’il faut être per­for­mante. Mais le jour J ! » as­sène le res­pon­sable de l’équipe de France fé­mi­nine de­puis cinq mois. Au­cune n’a aus­si in­té­rêt à se trou­ver des ex­cuses parce que « seule l’ath­lète écrit son his­toire ».

Lar­bi Ben­bou­daoud a construit la sienne il y a près de vingt ans. Le hui­tième d’une fa­mille d’ori­gine ka­byle de neuf en­fants de­vient double cham­pion d’Eu­rope des - 66 kg en 1999. Cette même an­née, c’est le titre mon­dial qui porte aux nues le na­tif de Du­gny (Seine-Saint-De­nis), où tout avait com­men­cé. Son his­toire au­rait en­suite pu avoir en­core plus d’éclat si les JO de Syd­ney lui avaient of­fert l’or plu­tôt que l’ar­gent au goût amer en 2000. Et n’al­lez sur­tout pas lui dire que Lu­cie Dé­cosse, qu’il a ac­com­pa­gnée comme en­traî­neur na­tio­nal jus­qu’au titre olym­pique douze ans plus tard à Londres, a per­mis d’ef­fa­cer sa frus­tra­tion. « Moi, je ne m’at­tri­bue pas les mé­dailles, je contri­bue seule­ment à les ob­te­nir. La mienne, que j’ai gar­dée à la mai­son, n’a d’ailleurs pas chan­gé de mé­tal », ré­torque Lar­bi Ben­bou­daoud.

Jeu­di, il a gui­dé Pris­cil­la Gne­to vers un pre­mier sacre eu­ro­péen en - 57 kg qui s’ajoute à l’ar­gent de Mar­gaux Pi­not (- 63 kg), au bronze de Ma­rieEve Ga­hié (- 70 kg) et Hé­lène Re­ce­vaux (- 57 kg). Mais à 43 ans, le fils de Ba­chir, son père qui tient tou­jours un bar-res­tau­rant à Dran­cy dans le 9-3, est mon­té en grade. En­traî­neur na­tio­nal de­puis 2006, il a été nom­mé à la tête de l’élite fé­mi­nine tri­co­lore en no­vembre der­nier, après la ré­élec­tion de Jean-Luc Rou­gé à la pré­si­dence de la Fé­dé­ra­tion.

Lar­bi Ben­bou­daoud est de­ve­nu ain­si l’un des rares Fran­çais d’ori­gine magh­ré­bine à oc­cu­per un poste à res­pon­sa­bi­li­té dans une struc­ture fé­dé­rale. « Je viens de ban­lieue, j’ai des ori­gines étran­gères mais j’y suis ar­ri­vé grâce à des va­leurs universelles. Pour être cham­pion, je me suis bou­gé le cul

(sic), bat­tu comme un dingue. Dans le sport, c’est la mé­ri­to­cra­tie qui pré­do­mine. Cer­tains ont be­soin de briller, moi, non. Je n’ai pas cou­ru après ce poste, je me ré­ga­le­rais au­tant au­près de jeunes. Je n’ai pas be­soin qu’on flatte mon ego », lâche ce

“JE VIENS DE BAN­LIEUE, J’AI DES ORI­GINES ÉTRAN­GÈRES MAIS J’Y SUIS AR­RI­VÉ GRÂCE À DES VA­LEURS UNIVERSELLES ”

père de deux gar­çons de 11 et 8 ans qui pra­tiquent… le hand­ball.

Sa tra­jec­toire n’est en tout cas pas sur­pre­nante. Ben­bou­daoud fait l’una­ni­mi­té chez les filles qu’il en­traîne de­puis 2009, après un pas­sage chez les gar­çons. Même si ce n’était pas ga­gné au dé­part. « Les an­ciennes gé­né­ra­tions avaient l’image de l’ath­lète qui ne les cal­cu­lait pas, ne vou­lait pas com­battre avec elles lors de séances mixtes. J’avais l’im­pres­sion de perdre mon temps, j’étais un peu égoïste », ad­met Lar­bi, en com­plète os­mose avec la nou­velle gé­né­ra­tion. Au point même d’être con­si­dé­ré comme le « grand frère ». « Les filles marchent plus à l’af­fect que les gar­çons, confie-t-il. Je suis le pre­mier à ri­go­ler avec elles car le haut ni­veau est dé­jà as­sez dur… Après, quand c’est le bou­lot… Je suis un peu une main de fer dans un gant de ve­lours. »

A la tête des Bleues de­puis no­vembre, Lar­bi Ben­bou­daoud a ap­pré­cié le fi­nal en apo­théose d’Emi­lie An­déol et de ses co­équi­pières, sa­crées par équipe hier à Var­so­vie.

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