Le Ve­ne­zue­la au bord du chaos

Après trois se­maines de ma­ni­fes­ta­tions et de ré­pres­sion, les op­po­sants au pré­sident Ma­du­ro veulent blo­quer les routes du pays. Ils ré­clament des élec­tions an­ti­ci­pées.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE -

“JE MARCHE SANS PEUR. NOUS N’AVONS RIEN À PERDRE, LE GOU­VER­NE­MENT NOUS A TOUT PRIS, TOUTE POS­SI­BI­LI­TÉ D’AVOIR

DIGNE.” UNE VIE JESSICA MUCHACHO, UNE PROTESTATAIRE ANTICHAVISTE

JUS­QU’OÙ LE VE­NE­ZUE­LA s’en­fon­ce­ra-t-il dans la crise ? Au­tre­fois en­vié pour ses im­menses ré­serves pé­tro­lières, ce pays d’Amé­rique la­tine est au­jourd’hui éco­no­mi­que­ment en ruine et, po­li­ti­que­ment, au bord de l’ex­plo­sion.

Ce week-end, plu­sieurs mil­liers de ma­ni­fes­tants, vê­tus de blanc, ont mar­ché en si­lence dans les rues de Ca­ra­cas, la ca­pi­tale, et d’ autres villes en hom­mage aux vic­times de la ré­pres­sion. Voi­là plus de trois se­maines que les ma­ni­fes­ta­tions ré­cla­mant des élec­tions an­ti­ci­pées se mul­ti­plient dans le pays. Des dé­fi­lés et contre-dé­fi­lés pro­vo­qués par la ten­ta­tive avor­tée, le 1er avril, de la Cour su­prême, aux ordres du pré­sident so­cia­liste Ni­co­las Ma­du­ro, de mu­se­ler le Par­le­ment, seule ins­ti­tu­tion à lais­ser s’ex­pri­mer l’op­po­si­tion. Bi­lan : entre huit et vingt morts, se­lon les sources, et des cen­taines d’ar­res­ta­tions.

D’après le Fo­rum pé­nal vé­né­zué­lien, une as­so­cia­tion d’avo­cats, près de 1 000 in­ter­pel­la­tions ont eu lieu à tra­vers le pays de­puis le dé­but des ma­ni­fes­ta­tions. L’ONG de dé­fense des droits de l’homme, Am­nes­ty In­ter­na­tio­nal, s’est in­quié­tée, de son cô­té, des condi­tions de dé­ten­tion de l’un des op­po­sants les plus connus, Leo­pol­do Lo­pez, main­te­nu à l’iso­le­ment dans une pri­son mi­li­taire. Pas de quoi pour au­tant faire taire l’op­po­si­tion.

CHÔ­MAGE, PÉNURIES ALI­MEN­TAIRES, INFLATION GALOPANTE

« Nous al­lons conti­nuer à des­cendre dans la rue. Ce n’est pas le mo­ment d’aban­don­ner, c’est le mo­ment de ré­sis­ter », a lan­cé à la foule l’un de ses di­ri­geants, Hen­rique Ca­priles, an­cien can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle. Par­mi les ha­bi­tants, épui­sés par le chô­mage, les pénuries ali­men­taires et de mé­di­ca­ments, ain­si que l’inflation galopante, une jeune protestataire antichaviste, Jessica Muchacho, 33 ans, confiait sa­me­di : « Je marche sans peur. Nous n’avons rien à perdre, le gou­ver­ne­ment nous a tout pris, toute pos­si­bi­li­té d’avoir une vie digne. » « Le gou­ver­ne­ment doit se re­ti­rer, il doit écou­ter le peuple, le peuple ne veut plus de com­mu­nisme ni de ré­vo­lu­tion, ni rien de ce qui nous a ame­né tant de souf­france », a té­moi­gné pour sa part Ro­si­bel Torres, une avo­cate ve­nue ma­ni­fes­ter.

D’ores et dé­jà, onze pays la­ti­no-amé­ri­cains et les EtatsU­nis ont plai­dé pour des élec­tions per­met­tant de sor­tir de la crise. L’Union eu­ro­péenne a condam­né la vio­lence. Sen­tant gran­dir le sou­tien in­ter­na­tio­nal à sa cause, l’op­po­si­tion semble bien dé­ci­dée à main­te­nir ses ac­tions, mal­gré la ré­pres­sion. Dès au­jourd’hui, elle ap­pelle à un « blo­cage na­tio­nal » des routes.

Ca­ra­cas (Ve­ne­zue­la), sa­me­di. Les ma­ni­fes­ta­tions, avec leur lot de ré­pres­sion vio­lente, conti­nuent à tra­vers tout le pays.

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