LA SEN­SA­TION MA­CRON

Les deux can­di­dats qua­li­fiés, hier soir, pour le se­cond tour de la pré­si­den­tielle ne viennent ni des par­tis tra­di­tion­nels ni des pri­maires de la droite et de la gauche.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR DI­DIER MICOINE ET HEN­RI VERNET @Hen­riVer­net

LE VAIN­QUEUR

Avec 23,9 % des voix, Em­ma­nuel Ma­cron rem­porte le pre­mier tour. Grâce à de nom­breux ral­lie­ments, il de­vient le fa­vo­ri de l’élec­tion.

LA FI­NA­LISTE

Ma­rine Le Pen, avec 21,4 % des voix, ac­cède au se­cond tour. Quinze ans après son père, elle confirme l’an­crage du Front na­tio­nal en France.

LES PERDANTS

François Fillon (19,95 %), Jean-Luc Mé­len­chon (19,6 %) et Be­noît Ha­mon (6,4 %) sont éli­mi­nés, lais­sant les par­tis tra­di­tion­nels en ruine.

LE SUS­PENSE au­ra du­ré jus­qu’au bout. Et le ré­sul­tat est à la hau­teur : to­ta­le­ment in­édit sous la Ve Ré­pu­blique. Deux can­di­dats, hors des par­tis tra­di­tion­nels, s’af­fron­te­ront au 2nd tour. Les Fran­çais exi­geaient du chan­ge­ment, du re­nou­vel­le­ment : ils ont qua­li­fié Em­ma­nuel Ma­cron. Mais ils ont aus­si ex­pri­mé leur co­lère et leur dé­fiance en­vers les po­li­tiques, et ils l’ont fait en choi­sis­sant Ma­rine Le Pen. Sans que cette pré­sence de la can­di­date FN, an­non­cée par les son­dages, pro­voque l’im­mense émoi de 2002.

LA SEN­SA­TION MA­CRON

Du ja­mais-vu ! Qui connais­sait vrai­ment M. Ma­cron il y a un an en­core ? L’an­cien se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de l’Ely­sée, choyé par François Hol­lande, qui goû­tait « son hu­mour et sa vi­va­ci­té d’es­prit », pro­pul­sé mi­nistre de l’Eco­no­mie à la fin de l’été 2014, se re­trouve au­jourd’hui à 39 ans en po­si­tion d’être élu pré­sident de la Ré­pu­blique. De toutes pièces, à par­tir de rien, il a créé son mou­ve­ment En Marche !, né avec quelques clics sur In­ter­net ! Sus­ci­tant au dé­part l’iro­nie chez ses amis so­cia­listes — chef de l’Etat en tête — qui ne le pre­naient pas vrai­ment au sé­rieux. « Un scé­na­rio dont on nous ré­pé­tait qu’il était im­pos­sible », s’émer­veillait hier soir son fi­dèle sou­tien Gé­rard Col­lomb, le maire PS de Lyon. Comme pour pro­vo­quer, il re­fuse de jouer le jeu des par­tis et donc des pri­maires, ap­pli­quant au pied de la lettre le pré­cepte cher à de Gaulle — qu’il ci­te­ra d’ailleurs à tour de bras lors de la cam­pagne : une pré­si­den­tielle, c’est la « ren­contre d’un homme et d’un peuple ». Pa­ri pour l’ins­tant ga­gnant.

LE PEN, BIS RE­PE­TI­TA

Quinze ans après le « coup de ton­nerre » du 21 avril 2002 qui avait qua­li­fié pour la pre­mière fois l’ex­trême droite au 2nd tour de la pré­si­den­tielle, la fille de Jean-Ma­rie Le Pen ré­édite la per­for­mance. Certes, elle ne vire pas en tête, comme elle l’es­pé­rait pour bé­né­fi­cier d’une dy­na­mique per­met­tant d’en­vi­sa­ger une vic­toire le 7 mai. Mais en pour­cen­tage (21,4% contre 16,9% pour Jean-Ma­rie Le Pen en 2002) comme en nombre de voix, elle fait mieux que le pa­triarche fron­tiste. Avec plus de 7.6 mil­lions de voix, Ma­rine Le Pen dé­passe le re­cord his­to­rique de suf­frages du FN. Confir­mant l’im­plan­ta­tion crois­sante du Front na­tio­nal dans le pays : à chaque scru­tin, dé­sor­mais, le par­ti le­pé­niste s’im­pose comme la deuxième ou troi­sième force d’un pay­sage po­li­tique en plein bou­le­ver­se­ment.

LA DÉ­ROUTE FILLON

Et en­core une pre­mière his­to­rique : la droite est éli­mi­née du 2nd tour. La claque est d’au­tant plus sé­vère qu’à l’is­sue de la pri­maire ga­gnée haut la main par François Fillon fin no­vembre, cette pré­si­den­tielle sem­blait im­per­dable. Il paie au pre­mier chef ses propres tur­pi­tudes. Et son camp dé­jà ne lui fait pas de ca­deaux : « Ce n’est pas la droite qui a per­du, c’est Fillon », as­sène Eric Woerth, pour­tant co­or­don­na­teur de la cam­pagne du can­di­dat LR. Au-de­là du sort per­son­nel de Fillon — qui a as­su­mé la dé­faite et clai­re­ment ap­pe­lé à vo­ter Ma­cron —, c’est l’ave­nir même du grand par­ti de droite qui est en jeu.

LA DÉBÂCLE DE HA­MON… ET DU PS

Non seule­ment le so­cia­liste est éli­mi­né, mais son score est ter­rible : avec 6,4 % des voix, le vain­queur de la pri­maire de jan­vier est la­mi­né… et laisse un par­ti com­plè­te­ment écla­té.

Eli­mi­né même s’il a réus­si un bon score, Jean-Luc Mé­len­chon s’est mon­tré hier bien mau­vais per­dant. Il n’a pas eu la dé­cence d’ap­pe­ler à bar­rer la route au FN . A l’évi­dence, la re­com­po­si­tion de gauche a com­men­cé. Et sans doute pas comme l’avaient rê­vée Valls et Hol­lande !

D’ici là, il y au­ra le 2nd tour. Hier soir, per­sonne n’a fran­che­ment ap­pe­lé à consti­tuer un « front ré­pu­bli­cain » fa­çon 2002… mais il est ma­ni­fes­te­ment en marche.

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